Contrairement à ce que prétend Kris Peeters (CD&V), les luttes actuelles sont le meilleur rempart pour les salaires et l’unité

Photo Solidaire.

Le ministre de l’Emploi est sorti dans la presse pour que la lutte pour le pouvoir d’achat s’arrête. Se battre pour les salaires et contre la loi salariale de 1996 mettrait l’index en danger et ferait le jeu de ceux qui veulent diviser le pays. Pourtant, ces arguments ne tiennent pas la route. Voici pourquoi.

L’index serait-il mis en danger par ceux qui luttent pour des augmentations de salaire ? 

« Faire voler en éclats la loi de 1996 (qui fixe les augmentations maximales des salaires), cela rouvrirait la discussion sur (…) le mécanisme de l’indexation (automatique des salaires) et ça, c’est dangereux. Vous connaissez les revendications de la N-VA et de certaines organisations… », déclare Kris Peeters (Le Soir 11/2/2019).

Pourtant, rien n’est moins vrai. L’indexation automatique des salaires existe depuis bien plus longtemps que la loi de 1996 qui cadenasse les salaires. Pour le secteur privé, elle est négociée dans ce qu’on appelle les commissions paritaires sectorielles (le réunions qui réunissent patronat et syndicat par secteur) et fixée dans des conventions collectives.

Ce n’est pas « faire voler en éclat la loi de 1996 » qui menace l’indexation automatique des salaires, mais bien la volonté des politiciens traditionnels d’intervenir avec des lois dans les conflits salariaux. Et, plutôt que d’agiter l’épouvantail de la N-VA, le CD&V de Kris Peeters devrait parler un langage clair. Va-t-il oui ou non suivre Jan Jambon et la N-VA dans sa volonté d’interdire les mécanismes d’indexation automatique des salaires ? Voilà la vraie question à laquelle il doit répondre à quelques mois des élections. Le CD&V va-t-il faire de la défense de l’indexation automatique un vrai point de rupture ? Ou est-il prêt à participer à son démantèlement ?

Se battre pour des augmentations de salaires, la voie vers le confédéralisme ? 

« Un blocage total entre syndicats et patronat relancerait le débat sur tous ces instruments fédéraux et donnerait de sérieux arguments aux confédéralistes. Certains partis soutiennent que le niveau fédéral ne fonctionne plus, qu’il faut changer le système, ils n’attendent que ça… », explique Kris Peeters (Le Soir 11/2/2019). En clair, le ministre de l’Emploi estime que si le groupe des 10 (qui regroupe patronat et syndicats au niveau national et interprofessionnel) n’arrive pas à trouver un accord, cela donnera des arguments à la N-VA pour dire que rien ne fonctionne plus en Belgique et qu’il faut diviser plus le pays.

Pourtant, là encore, rien n’est moins vrai. Dans cette grève du 13 février, du Nord au Sud du pays, en passant par le centre, on parle la même langue : celle du monde du travail. La langue de ceux et de celles qui ont du mal à boucler les fins de mois. La langue de celles et ceux qui ont du mal à payer leurs factures. La langue de celles et ceux qui réclament plus de salaire et plus de pouvoir d’achat. Il y a une grande unité dans ce mouvement. Un grand ras-le-bol. La grève a été aussi forte dans tout le pays. Plutôt que de donner des arguments aux confédéralistes, la lutte pour le pouvoir d’achat donne des arguments à ceux qui défendent l’unité du monde du travail. Elle montre que la lutte commune est possible et qu’elle fonctionne bien.

Il est vrai que le groupe des 10 ne fonctionne pas. Mais, si c’est le cas, c’est justement à cause de la loi de 1996 qui empêche aux organisations syndicales de remplir une de leurs missions importantes : réunir les travailleurs pour revendiquer des augmentations de salaire. Si la loi de 1996 empêche toute véritable augmentation de salaire, il est normal qu’aucune négociation ne puisse fonctionner. On demande aux représentants des travailleurs de négocier le recul social. Ce n’est pas possible, pas tenable et, surtout, pas juste.

Les luttes actuelles sont le meilleur rempart pour les salaires et l’unité

Contrairement à ce que Kris Peeters veut faire croire, c’est l’absence de lutte qui pourrait mettre en danger l’indexation des salaires. Et, inversement, le mouvement actuel met la question du pouvoir d’achat au centre des débats politiques. Il oblige chaque parti à se positionner et, pour plusieurs d’entre eux, à se démasquer. L’inaction sociale permet aux partis de droite de détourner l’attention des gens sur de faux problèmes.

En plus, la lutte actuelle pour les salaires, mais aussi celle pour le climat, dévoilent justement toute l’absurdité du confédéralisme et de la division. Les problèmes de pouvoir d’achat ou le défis du climat ainsi que leurs solutions ne connaissent pas de frontière linguistique. Il s’agit de combats larges qui posent la question de savoir autour de quoi doit tourner notre société : les gens et la nature ou le profit ?


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