Il nous reste douze ans avant que le réchauffement climatique devienne totalement incontrôlable. (Photo Greenpeace Pologne)

Les résultats des négociations menées dans la ville polonaise de Katowice sont maigres et décevants. Les choses auraient probablement été différentes si les quatre pays exportateurs de pétrole que sont l’Arabie saoudite, le Koweït, la Russie et les États-Unis ne les avaient pas sabotées, avec le soutien d’autres États au régime de droite comme les Philippines et le Brésil. La Belgique, prise en otage par une Flandre dominée par la N-VA, doit elle aussi plaider coupable.

La bonne nouvelle, c’est que cette conférence est finalement parvenue, au bout de trois ans, à trouver un accord sur les modalités d’exécution de l’accord de Paris signé en décembre 2015. Des règles ont notamment été fixées concernant la transparence des rapports sur les chiffres relatifs aux émissions afin d’assurer une juste comparaison. Cette petite avancée a pu être réalisée grâce au rapprochement politique entre la Chine et l’Union européenne.

Dégradation du climat : la situation est grave

Faire davantage d’efforts pour réellement lutter contre la dégradation du climat est indispensable. En 2015, les scientifiques du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont été chargés d’évaluer les conséquences d’un réchauffement planétaire limité à 1,5 °C au lieu de 2 °C comme cela avait été proposé à Copenhague en 2009. Le rapport du GIEC estime qu’il n’existe aucune limite sûre. Les conséquences de l’actuel réchauffement planétaire de 1 °C (en Belgique, le réchauffement s’élève en réalité à 2 voire 3 °C) sont déjà suffisamment graves : phénomènes météorologiques extrêmes, écosystèmes, agriculture et biodiversité menacés. Selon le rapport, il y aurait un monde de différence entre rester sous la limite des 1,5 °C et rester sous la limite des 2 °C. Mais les mesures climatiques promises devraient être multipliées par cinq. Il nous reste douze ans avant que la situation ne devienne totalement incontrôlable.

Le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele a déclaré lors de la conférence :  « Aujourd’hui encore on ne fait pas assez d’efforts pour opérer un revirement radical en matière de politique climatique et pour réduire de façon drastique les émissions dues à la combustion d’énergie fossile comme le charbon, le pétrole et le gaz. C’est ce que les scientifiques ne cessent de répéter. Or face à l’urgence, les mesures qui sont prises restent insuffisantes, comme l’a d’ailleurs récemment démontré le rapport spécial du GIEC sur le réchauffement de 1,5 °C. Si on continue à ce rythme, le réchauffement climatique va totalement transformer notre planète. Et nul ne peut dire avec précision quand tout cela va s’arrêter. »

Lors de ses dernières conférences, Jean-Pascal van Ypersele a surtout insisté sur le fait que ce sont les États-Unis qui, dans le rapport des Nations unies, ont refusé toute référence aux objectifs sociaux et au développement durable.

La discussion sur l’approbation ou non de ce rapport a bloqué les négociations pendant plus d’une semaine. La majorité des États, soutenus par les syndicats et les mouvements sociaux, ont favorablement accueilli le rapport et appelé à redoubler d’efforts. Mais, pour les États-Unis et les autres États dirigés par un régime de droite, il fallait se contenter de « prendre note » dudit rapport. Le cynisme et la soif de profit des plus riches apparaissent ici pleinement. Au final, la version définitive applaudit le fait que le rapport a été publié à temps et en recommande la lecture.

La Belgique coresponsable

Suite au rapport spécial du GIEC sur le réchauffement de 1,5 °C, l’Union européenne a augmenté son objectif en matière de réduction des émissions de CO2 qui passe de 80 à 95% vers une neutralité climatique totale en 2050. C’est pour cette raison que les objectifs intermédiaires d’efficacité énergétique et la proportion d’énergies renouvelables à l’horizon 2030 ont également été revus à la hausse. La Belgique et la Tchéquie ont voté contre. Heureusement, cela n’a pas été suffisant pour entraîner un blocage.

Les pays voisins de la Belgique – Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg, Royaume-Uni et France – ont appelé à réduire les émissions européennes de 55% d’ici 2030. Une fois de plus, la Belgique a refusé de signer, et ce sous la pression des forces de droite, et en particulier la N-VA au gouvernement flamand, sous prétexte que cela engendrerait des coûts trop élevés pour notre industrie. Ce que dément le Belge Jos Delbeke, commissaire européen au Climat et à l’Énergie, qui a récemment confirmé devant un public d’ingénieurs que l’industrie belge et l'industrie européenne étaient en mesure d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Justice sociale

Les syndicats plaident eux aussi pour une économie zéro carbone. Au début de la conférence, ils ont, avec les syndicats polonais, appelé à soutenir la « Solidarity and Just Transition Silesia Declaration ». Les mesures écologiques doivent être sociales et les mesures sociales doivent être écoresponsables.

Comme l’a souligné l’activiste climatique belge Nathalie Eggermont : « Au travers du débat climatique, la lutte contre les inégalités se profile tel un fil rouge ». Inégalités entre pays riches et pays pauvres du Sud, mais aussi inégalités au sein même des pays riches. Il n’y a rien de plus logique à ce que ce soient les épaules les plus fortes qui portent les charges les plus lourdes. Le mouvement des Gilets jaunes a également mis en lumière la nature inéquitable de l’actuelle politique fiscale. Alors que la planification de mesures structurelles dans le cadre de la politique climatique belge laisse à désirer, on se concentre surtout sur les écotaxes et le prix du carbone, le but étant de se dégager de toute responsabilité et d’affaiblir le soutien de la population à une politique climatique ferme.

À nous de redescendre dans la rue et à obliger le gouvernement belge à faire de nouveaux choix stratégiques. La lutte pour le climat, c’est aussi une lutte de classes.

Rendez-vous le 27 janvier pour la prochaine grande marche pour le climat.

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Greta Thunberg, 15 ans : « Le changement arrive, que vous le vouliez ou non »

Le discours le plus marquant de la COP24 aura sans douté été celui de Greta Thunberg. Cette écolière suédoise de 15 ans a pris la parole au nom de l’organisation Climate Justice Now et a secoué son auditoire avec un « J’accuse » qui appelle à un changement radical. Extraits.

« (…) Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner énormément d'argent. Notre biosphère est sacrifiée pour que les riches des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Ce sont les souffrances du plus grand nombre qui paient pour le luxe du plus petit nombre.

En 2078, je célébrerai mon 75e anniversaire. Si j'ai des enfants, ils passeront peut-être cette journée avec moi. Peut-être qu'ils me poseront des questions sur vous. Ils demanderont peut-être pourquoi vous n'avez rien fait quand il était encore temps d'agir. Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout, et pourtant vous volez leur avenir sous leurs yeux.

Tant que vous ne commencez pas à vous concentrer sur ce qui doit être fait, plutôt que sur ce qui est politiquement possible, il n'y a aucun espoir. Nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme une crise. Nous devons maintenir les combustibles fossiles dans le sol et nous devons mettre l'accent sur l'équité. Et, si les solutions au sein du système sont si impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même.

Nous ne sommes pas venus ici pour supplier les dirigeants du monde de s'en soucier. Vous nous avez ignorés dans le passé, et vous continuerez à nous ignorer. Nous sommes à court d’excuses et à court de temps. Nous sommes venus ici pour vous faire savoir que le changement arrive, que vous le vouliez ou non. Le vrai pouvoir appartient au peuple. Je vous remercie. »


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