Communauté française : enfin un accord social en vue pour l’accueil de l’enfance et l’aide à la jeunesse

Le non-marchand a mené une semaine d'actions, comme ici à Namur, ce lundi 22 février.

Hier en première ligne, aujourd’hui personnel de seconde zone ? Pas question, disent depuis des mois les travailleurs de l’accueil de l’enfance, de l’aide à la jeunesse et du socio-culturel. Après une nouvelle semaine d’actions à travers le pays, le gouvernement de la Communauté française a enfin pris des engagements permettant une reconnaissance pour le personnel.

En première ligne durant les deux vagues de la crise, près de 17 000 puéricultrices, éducateurs, assistants sociaux, psychologues, logopèdes, animatrices… ont accueilli, rassuré, nos tout petits ou nos jeunes en difficulté, et leurs parents. Le stress, la peur, les larmes et les risques encourus n’ont pas mis un frein à leur dévouement et à leur sens du devoir. Ils et elles ont toutes et tous répondu à l’appel. Mais ils n’avaient encore reçu que des applaudissements, pas de prime ni d’augmentation. Le gouvernement de la Communauté française, responsable de ces secteurs, refusait jusqu’à présent d’entamer les discussions pour une revalorisation de leurs salaires et conditions de travail.

Le personnel du non marchand se donne corps et âme pour remplir ses missions. Personne ne choisit ces métiers pour l’argent, les salaires sont bien trop bas pour ça. La force de continuer, ils la puisent notamment auprès de la population qui offre de nombreux gestes de soutien et de gratitude. Mais le manque de reconnaissance du gouvernement laisse un goût amer. Après des années de budgets étriqués, après huit mois de crise sanitaire, plusieurs mois après les nombreuses déclarations et promesses, ils n’ont toujours pas reçu le moindre euro et n’ont senti aucun changement positif dans le travail quotidien. Pourtant, ils sont toujours au poste, toujours debout.

« Est-ce que le gouvernement se rend compte de la pénibilité ? »

Pendant toute cette semaine d’action, nous avons entendu des dizaines de témoignages. « Est-ce que le gouvernement se rend compte de la pénibilité du métier ? demandent des puéricultrices de la région namuroise. Préparer les espaces de jeux, se mettre à quatre pattes, se relever du tapis de jeu, soulever des enfants à longueur de journée, le dos en prend un coup. Le bruit de fond perpétuel avec les enfants qui pleurent, qui hurlent, qui chantent, qui jouent… tout cela est vraiment éprouvant.

Depuis le début de la crise sanitaire, il faut travailler avec le masque toute la journée. Le lien et la communication avec les enfants sont rendus difficiles et très contraignants. Et il faut de plus en plus faire face aux peurs des parents vis-à-vis de l’épidémie. Les nouvelles règles d’hygiène amènent beaucoup plus de travail pour les puéricultrices, les accueillantes et le personnel d’entretien. Il faut désinfecter et nettoyer beaucoup plus qu’avant. »

Un éducateur en service d’aide à la jeunesse (financé par la Communauté française) commence sa carrière avec 300 euros de moins par mois qu’un éducateur qui travaille dans un hôpital (financé par le fédéral). Il a 2 jours de congé en moins et 460 euros de moins en prime de fin d’année qu’un éducateur dans le secteur du handicap (financé par la région wallonne). Il n’a pas de supplément de salaire quand il travaille le samedi ou un jour férié, contrairement aux autres. Le secteur compte beaucoup de temps-partiels, surtout des femmes, avec des barèmes qui peuvent alors être proches de la pauvreté. Il est donc tout à fait légitime de réclamer l’alignement de leurs salaires sur ceux des secteurs fédéraux et régionaux.

Besoin de mains

Mais il n’y a pas que sur le plan des salaires que ça coince. Dans les crèches, par exemple, les normes d’encadrement pour les bébés sont impossibles. « Quand on est seule, que fait-on avec ceux qui ne mangent pas pendant qu’on nourrit un enfant ? » disent aussi les puéricultrices. Il faut donc aussi engager du personnel, pour que le service soit de qualité.

Contrairement à tous les autres niveaux de pouvoir, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles n’a pas prévu de prime. Contrairement à tous les autres niveaux de pouvoir, il n’avait pas prévu de budget significatif pour permettre une revalorisation salariale et des embauches supplémentaires dont le secteur a tant besoin. Il avait jusqu’ici mis seulement 8 millions sur la table. Ça représente 2,5 euros de plus par jour de travail. Le personnel estime qu’il faudrait 130 millions pour répondre à tous les besoins.

Grâce aux actions, notamment celles menées cette semaine par la CNE, le gouvernement a été obligé de rencontrer les organisations syndicales ce jeudi 25 février et de prendre des engagements. Il a promis d’entamer les négociations pour aboutir à un accord social en juin. La mobilisation a encore une fois montré toute son efficacité.

 


Alice Bernard est députée PTB au Parlement wallon et au Parlement de la Communauté française