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Ce vendredi 11 décembre, la commission parlementaire chargée d’évaluer la manière dont l’épidémie a été gérée dans notre pays, s’est réunie pour un bilan à mi-parcours. Après avoir entendu des dizaines d’experts et de témoins clés, le PTB tire les leçons politiques de ce qu’il s’est produit et veut revoir les priorités pour la suite des travaux.

« Divers experts et parties prenantes ont souligné que l’éparpillement des compétences en matière de santé constituait un obstacle majeur à une lutte efficace contre l’épidémie de coronavirus dans notre pays », déclare Sofie Merckx, députée du PTB et médecin généraliste. « Le système belge a échoué. La plupart de ces 14 000 morts auraient pu être évités », telle est l’analyse du rédacteur en chef de la prestigieuse revue médicale The Lancet Richard Horton. L’infectiologue Erika Vlieghe rapporte elle aussi des discussions interminables au sein des organes consultatifs : « Il y avait beaucoup trop de discussions sans fin. J’ai coupé une fois mon ordinateur en pleine réunion, je ne pouvais plus fonctionner comme cela. Alors que des drames se déroulaient dans les hôpitaux et les maisons de repos, on passait des heures en réunion. »

« Dans notre pays, tout le monde est compétent, mais personne n’est responsable », résume Sofie Merckx. Le microbiologiste Emmanuel André met le doigt là où ça fait mal : « Séparer le préventif (entre les mains des Régions) et le curatif (entre celles du fédéral), c’est une erreur extrêmement importante, qui a fait que nous n’étions pas assez préparés à une crise de cette ampleur. »

« Il est parfaitement clair que les soins préventifs et curatifs doivent redevenir une compétence centrale. Nous appelons à une refédéralisation complète de l’ensemble du système de santé. Le fédéralisme concurrentiel n’est pas en mesure de faire face à un virus qui ne connaît pas de frontières linguistiques. Cette conclusion s’applique également à de nombreux autres domaines des soins de santé », insiste Sofie Merckx.

« Nous étions démunis »

« Les experts ont confirmé ce que tout le monde supposait : notre pays était et est loin d’être prêt à faire face à une pandémie. Le personnel soignant a dû aller au front sans plan et sans équipement de protection », déplore Sofie Merckx. « Nous étions démunis. Le financement d’un plan de lutte contre la pandémie était plus qu’insuffisant », a souligné Erika Vlieghe. Pour Sofie Merckx, le fait que des économies aient été réalisées sur les masques résume la politique d’austérité de ces dernières années : « Non seulement, on n’a pas investi dans la préparation, mais les services du ministère de la Santé qui devaient tenir la barre pendant la crise étaient tellement sous-financés qu’ils n’y sont pas parvenus. Le service Urgences se compose d’une seule personne. Et, de manière générale, la prévention est gravement négligée car investir dans ce domaine n’est pas immédiatement rentable. La crise du coronavirus a pourtant montré que chaque euro que nous investissons dans la prévention rapporte deux fois plus. Nous devons investir dans un système de santé publique solide, qui fait la part belle à la prévention. »

Les dirigeants politiques doivent être auditionnés maintenant

« Après 4 mois d’audition, on ne sait toujours rien sur les responsabilités concernant la gestion des masques (port et stocks), la stratégie de testing, le suivi des contacts, etc. et aucun responsable politique n’a encore été auditionné », déclare l’expert de la commission, Yves Coppieters, dans son rapport d’évaluation.  « Le PTB estime aussi qu’il est grand temps que l’ex-ministre de la Santé Maggie De Block soit auditionnée. Plusieurs experts ont critiqué son absence pendant la crise. Elle a une grande responsabilité dans la destruction du stock de masques et dans le fait qu’il n’ait pas été renouvelé dans un souci d’économies. Mais l’ensemble du gouvernement a joué un rôle dans ce choix de faire de l’austérité, raison pour laquelle nous voulons aussi entendre l’ancienne Première ministre Sophie Wilmès, qui était ministre du Budget dans le gouvernement précédent. Enfin, nous voulons aussi entendre les ex-ministres Philippe De Backer et Jan Jambon », conclut Sofie Merckx.

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