Photo : Solidaire

Paul Magnette n’est pas content de la campagne du PTB pour la pension minimum à 1500 euros. « Si vous voulez demain la pension à 1 500 euros, il faut aller au gouvernement », déclare-t-il. Pourtant, les socialistes ont eu le ministre des Pensions entre 1988 et 2011, soit 23 ans. Résultat ? Nous avons les pensions les plus basses d’Europe occidentale. Le débat sur la stratégie pour gagner est lancé.

30 ans de collaboration PS aux politiques libérales ? « Aucune remise en question »

« Si vous voulez demain la pension à 1 500 euros, il faut aller au gouvernement. Faire des vidéos et des pétitions, ça ne fera pas avancer la cause d’un millimètre », explique Paul Magnette dans une interview qu'il a accordée aux journaux Le Soir et Sudpresse.

Rappelons que les socialistes ont été dans pratiquement tous les gouvernements de ces 30 dernières années. Ils ont même eu le ministre des Pensions entre 1988 et 2011, soit 23 ans. Résultat ? Nous avons les pensions les plus basses d’Europe occidentale. Ce résultat illustre à lui seul la critique fondamentale de la stratégie du PS : il tient des discours à gauche quand il est en campagne électorale, passe à droite quand il est au pouvoir et a « le coeur qui saigne » quand il est confronté au mouvement social. Sur les 30 ans de collaboration PS aux politiques libérales, Magnette n’a rien à dire. Pire, il confirme dans son interview le fait qu’il n’y aura aucune remise en cause.

C’est cette manière de faire la politique que le PTB n’accepte plus. Si nous voulons demain la pension à 1 500 euros, il faut au contraire des centaines de vidéos, des dizaines de milliers de gens soutenant la revendication, des multiples mobilisations sur le terrain… Il faut créer un rapport de force profond dans la société pour imposer nos priorités sociales à l’élite qui nous dirige.

C’est tout le sens de notre campagne pour la pension minimum à 1 500 euros. Nous avons été les premiers à lancer cette proposition il y a 2 ans, avant qu'elle soit reprise par quasi tous les partis. Nous voulons aujourd'hui récolter plus de 100 000 signatures pour déposer la première loi d’initiative citoyenne et imposer le débat qui n’a jamais pu se tenir au Parlement. Nous voyons déjà qu'en lançant cette idée et cette mobilisation, nous obligeons les autres à se positionner et nous mettons le point à l'agenda. Ce n'est évidemment qu'une première étape, qui devra être suivie de mobilisations plus larges et plus fortes sur le terrain. Redonner ainsi confiance au mouvement social et le rendre capable non seulement d’aller chercher la pension minimum à 1 500 euros net mais aussi d’autres conquêtes sociales et démocratiques dans le futur.

Magnette et les erreurs de l’histoire

Magnette poursuit : le PS « a permis le suffrage universel, la sécurité sociale, les services publics… La gauche communiste, elle, n’a rien changé à la vie des gens et des travailleurs. »

Le suffrage universel, la sécurité sociale ou les services publics, il s’agit justement de conquêtes que le mouvement social des travailleurs a arrachées au prix de longues luttes. Il les a obtenues en comptant sur ses propres forces : en s’organisant, en se conscientisant, en menant des actions (des grèves générales, des manifestations, des pétitions …) et en créant des rapports de forces favorables. Jamais aucun acquis social ou démocratique n’a été concédé sans luttes. Il a fallu beaucoup de pression, notamment celle exercée au niveau international par le mouvement communiste, pour contraindre la classe dominante à faire des concessions.

En revisitant l’histoire, Magnette crée l’illusion que nous pourrions avoir une politique de gauche sans les mobilisations et le rapport de force qui a pourtant permis de construire notre histoire sociale et démocratique. Il amène de plus le mouvement des travailleurs dans la résignation. Et c’est justement cette leçon de l’histoire que le PTB a en tête pour amener le mouvement des travailleurs à se mobiliser et à repartir à la reconquête sociale.

S’inspirer de Bernie Sanders ?

Dans cette même interview, Magnette dit s’inspirer des socialistes américains. Or, même Bernie Sanders remet en cause les politiques menées ces 30 dernières années par les sociaux-démocrates. Et il explique bien qu’il faudra absolument une mobilisation venue d’en bas pour faire changer les choses, sinon l’élire comme président ne changera rien. « Cette campagne n'a jamais porté uniquement sur l'élection d'un président des États-Unis, aussi importante soit-elle. Cette campagne visait à transformer l'Amérique, écrit-t-il dans son livre ‘Our Revolution: A Future to Believe In’. Il s'agissait de comprendre que le vrai changement n'a jamais lieu du haut vers le bas. Il se fait toujours de bas en haut. Cela se produit quand des gens ordinaires, par millions, sont prêts à se lever et à se battre pour la justice. »

Les déclarations de Paul Magnette sont donc bien intéressantes car elles montrent que, comme président du PS, il entend bien rester dans le même cadre étroit du socialisme-réaliste qui participe à la cogestion du capitalisme depuis des décennies en prétextant qu’il n’y a pas d’alternative. Rien ne pourra venir de là malheureusement. De notre côté, nous continuons à travailler pour construire une vraie alternative sur le terrain. En commençant par porter plus loin notre campagne pour la pension minimum à 1 500 euros net.  

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