Photo Solidaire

La ministre De Block poursuit sa chasse aux malades de longue durée. Elle veut désormais déterminer « de manière scientifique » la durée d'une incapacité de travail suite par exemple à un burn-out. C'est non seulement insensé au plan médical, mais cela n'apporte par ailleurs aucune solution au nombre élevé de malades de longue durée.

« La ministre De Block veut une directive sur le coût de l'incapacité de travail dans le cas de huit maladies », titrait le journal Het Laatste Nieuws. La ministre de la Santé Maggie De Block (Open VLD) a constaté que les médecins prescrivaient des durées d'incapacité très différentes pour des maladies et affections comme le cancer du sein, le burn-out ou les douleurs lombaires, et elle a décidé d'élaborer des directives à ce propos. C'est non seulement inacceptable au plan médical – chaque patient doit avoir le temps de se rétablir à son propre rythme – mais, en outre, son initiative illustre une fois de plus à quel point sa politique et celle de ce gouvernement sont antisociales. D'abord, leurs mesures rendent de plus en plus de gens malades ; ensuite, ils forcent les malades de longue durée à reprendre rapidement le travail. 

LA question : pourquoi y a-t-il brusquement 400 000 malades de longue durée ?

Il n'y a jamais eu autant de malades de longue durée en Belgique. Aujourd'hui, leur nombre s'élève à 400 000. Dans un rapport de 2007 sur l'absentéisme, Securex désignait deux causes principales à l'incapacité de travail de longue durée : il y a de plus en plus de travailleurs de plus de 55 ans, et la santé mentale et physique des travailleurs régresse. Au terme d'une longue carrière, les gens sont tout simplement au bout du rouleau mais, vu le relèvement de l'âge de la pension et la suppression des aménagement fin de carrière, ils sont obligés de continuer à travailler. La pression au travail ne cesse d'augmenter et on accorde de moins en moins d'attention à une charge gérable. Les emplois flexibles sont de plus en plus la norme. On attend des travailleurs qu'ils soient disponibles à tout moment et qu'ils acceptent d'être hyper-flexibles. Combiner son travail et sa vie familiale devient un tour de force pour de plus en plus de personnes. Le nombre de  burn-outs explose, y compris chez les jeunes.

De Block stigmatise les malades de longue durée et les médecins

Ces dernières années, le gouvernement n'a cependant rien fait pour remédier à ces causes. La ministre De Block pointe au contraire un doigt accusateur sur les travailleurs malades, comme s'ils étaient les responsables de leur maladie, et non leur travail. Ils sont contraints d'effectuer un parcours de réintégration, sous la menace de perdre une partie de leur indemnité. Pour la ministre, ils doivent à tout prix reprendre le travail. La nouvelle mesure entre donc dans ce cadre : établir des durées fixes d'incapacité pour chaque maladie –  et sanctionner les malades (soupçonnés d'office d'être des profiteurs) qui ont besoin de plus de temps pour se rétablir.

Les médecins dont le premier devoir est d'accompagner les patients dans leur rétablissement sont eux aussi attaqués par cette mesure. Ils risquent de se faire taper sur les doigts s'ils « permettent trop rapidement – et trop longtemps – aux gens de rester chez eux ». Or prétendre que la « recherche scientifique » peut, pour chaque maladie, déterminer la durée d'incapacité de travail nécessaire au rétablissement d'un patient est faire preuve d'une vision tout à fait limitée et dépassée de la santé et de son fonctionnement.

Il n'y a pas deux malades les mêmes

Cela fait des années et des années que tant la formation médicale que la littérature scientifique mettent l’accent sur le modèle bio-psychosocial, modèle qui prend en compte l'interaction entre les facteurs médicaux, psychosociaux et sociétaux. Des soins optimaux aux patients requièrent la prise en compte de tous ces facteurs. Il n'y a pas deux patients les mêmes. Chacun vit dans son propre contexte et connaîtra donc également un tout autre processus de rétablissement.

Un exemple. Charlotte et Anne consultent toutes deux leur médecin pour un burn-out. Charlotte a 39 ans et son conjoint la soutient. À son travail, ils sont disposés à apporter des adaptations afin de réduire la pression à son poste. Un an plus tard, Charlotte retourne travailler. Anne a 60 ans et est chez elle depuis trois ans. Elle est isolée et s'occupe en outre de son mère atteinte de démence sénile qui est en maison de repos. Au travail, ils trouvent qu'Anne exagère et qu'elle doit tout simplement pouvoir reprendre le travail comme auparavant. « Travail adapté ? Cela n'existe pas, ici ! », lui a dit son patron.

La médecine à la De Block n'est pas une bonne médecine

N'examiner que la maladie – comme De Block le fait, non seulement avec cette nouvelle directive, mais aussi avec les mesures déjà existantes concernant la réintégration – n'a rien d'une bonne médecine. Les médecins traitent des patients, des êtres humains, et non des schémas de maladie. Une bonne médecine est centrée sur le patient. Mais est-elle encore possible ?

L’idée de pouvoir et de devoir uniformiser la durée de la maladie pour chaque patient est absurde et irréaliste. Une fois encore, cela met toute la pression et toute la responsabilité sur le travailleur malade. Guérir doit se faire durant une période préétablie. Si cela ne marche pas, alors, c'est de la faute du travailleur malade qui ne fait suffisamment d'efforts et qui ne veut pas retourner au travail. Pourtant, mettre sous pression les gens qui sont trop malades pour reprendre rapidement le travail a un effet contraire et fait précisément en sorte qu'ils rechutent et aillent plus mal encore. « Voilà des années que je n'en peux plus à cause de mon dos, explique Luc, ouvrier dans la construction. La première fois que je suis tombé malade à cause de cela, je me suis fait faire une infiltration par le médecin de façon à pouvoir reprendre le travail. Deux mois plus tard, j'étais de nouveau à bout. Et alors, il a fallu plus d'un an avant que je puisse retourner travailler. » Sarah, une mère célibataire qui travaille dans un magasin, raconte comment, après une opération à l'estomac, elle est retournée bien trop rapidement au travail par crainte d'être licenciée : « Il a bien fallu, car le patron pouvait me licencier et je suis seule pour m'occuper de mon fils. Je ne pouvais pas encore très bien m'en tirer au travail et cela a provoqué des frictions. Aujourd’hui, voilà des mois que je suis à la maison avec des problèmes psychiques. Mon patron menace de me licencier. »  

Où est-il question de la responsabilité de l'employeur ?

La ministre n'évoque pas la moindre responsabilité des employeurs. Elle lance des directives sur la réintégration et sur la durée de l'incapacité de travail et prévoit des sanctions pour les travailleurs qui « ne veulent pas se montrer coopérants ». Mais où restent les directives concernant un travail adapté ? Où restent les directives pour un travail sain et supportable ? Où restent les sanctions pour les employeurs qui ne veulent pas « se montrer coopérants » ? 

Affirmer que les travailleurs sont responsables de leur maladie est un raisonnement pervers. C'est à l'employeur qu'il incombe de faire en sorte que le travailleur puisse effectuer son travail en restant en bonne santé et qu'il puisse aussi quitter son emploi en étant toujours en bonne santé. Si un travailleur tombe malgré tout malade, il est dans ce cas de la responsabilité de l'employeur de lui proposer un travail adapté à la mesure des capacités du travailleur même.

Une approche holistique sur mesure

Une reprise réussie du travail doit cadrer avec une approche holistique sur mesure qui, pour chaque patient, est différente. Reprendre le travail est une décision que le travailleur doit toujours prendre lui-même, en concertation avec une équipe multidisciplinaire qui l'accompagne dans sa démarche et quand le travailleur est prêt à cela. L'employeur a pour tâche et pour obligation de faciliter la reprise du travail en adaptant – selon les besoins du travailleur – le poste de travail temporairement ou définitivement.

Dans la question des malades de longue durée, la politique de la ministre escamote le fond du problème : les causes de la maladie de longue durée. Les mesures politiques antisociales du gouvernement et la permanente soif de profit nuisent à la santé des travailleurs. Ceux-ci sont coincés dans une carrière de plus en plus longue et pénible tant au plan physique que mental. Il n'y a quasiment plus d'espace pour souffler et, de plus en plus, les gens « vivent pour travailler ».

Pour un travail vivable

Pour le PTB, il faut un changement fondamental et tout mettre en œuvre pour que les emplois deviennent réellement vivables et respectent un bon équilibre entre temps de travail et vie familiale ; et il faut que la réintégration après une incapacité de travail s'effectue sur base volontaire et à la mesure de l'état de santé du travailleur, et que l'employeur assume ses responsabilités dans ce processus.


Soyez le premier à commenter

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.

Nous avons besoin de votre soutien