Ianthe Ghaye, au centre.

Cet été, un grand scandale d'exploitation sociale de travailleurs étrangers a éclaté dans notre pays. Des dizaines dʼouvriers ont été reconnues comme victimes de traite dʼêtres humains sur un chantier du géant de la chimie Borealis, dans le port d'Anvers. L'aide que le gouvernement aurait dû apporter aux victimes ne s'est pas matérialisée pour la plupart d'entre elles. Les SolidariTeams du PTB se sont immédiatement portées à leur secours. Entretien avec Ianthe Ghaye, à la tête de cette initiative.

Depuis la mi-août, vous avez pris l'initiative avec tout un groupe de volontaires de venir en aide aux travailleurs exploités sur le chantier Borealis. Quelle était leur situation lorsque vous êtes allée à leur rencontre ?

Ianthe Ghaye. Ils se trouvaient dans une situation déplorable. Les travailleurs qualifiés étaient originaires du Bangladesh et de la Turquie. Cela faisait des semaines qu'ils n'avaient aucune source de revenus pour acheter de la nourriture et ils avaient besoin de soins médicaux. Ils n'allaient pas bien mentalement non plus. Ils ne recevaient aucun soutien et personne n'était à leur écoute. Ils se sont retrouvés en plein cauchemar, sans espoir. Leurs conditions de vie étaient insupportables. Dix-sept travailleurs que le gouvernement avait « oublié » de prendre en charge étaient hébergés dans un appartement insalubre loué par leur patron, la multinationale Irem. Ils vivaient entassés dans un bâtiment dépourvu de toute protection anti-incendie.

Quelles sont les principales activités que vous avez menées avec les SolidariTeams au cours des trois derniers mois ?

Ianthe Ghaye. Nous sommes immédiatement passés à l'action. Avec un réseau de bénévoles, nous avons préparé des colis alimentaires. Ceux-ci consistaient de fruits et légumes frais, de céréales, de viande et de poisson. Nous leur avons également fourni des médicaments, du matériel de nettoyage et du papier toilette. Chaque fois que nous leur rendions visite, nous prenions le temps de discuter avec eux. Ils nous parlaient de leur métier de monteur, de tuyauteur et de soudeur. Nous avons également organisé une soirée paella avec tous les travailleurs réunis. Cela a fait beaucoup de bien de se retrouver ensemble autour d'un repas chaud. Nous sommes aussi allés ensemble au festival de la solidarité ManiFiesta, à Ostende. Ils ont pu y rencontrer d'autres travailleurs de l'industrie chimique, avec lesquels ils ont pu partager leurs luttes.

La situation s'est-elle améliorée depuis ? Qu'ont-ils gagné à s'exprimer et à agir ?

Ianthe Ghaye. Quand ils sont arrivés en Belgique, ils ne connaissaient personne. Aujourd'hui, nous sommes devenus de vrais amis. Grâce au soutien et à l'aide des SolidariTeams, les travailleurs se sentent plus forts. Pendant plus d'un mois, ils ont fait campagne chaque semaine à Anvers et à Bruxelles pour faire valoir concrètement leurs droits en tant que victimes de traite dʼêtres humains. Nous avons vu beaucoup d'entre eux s'épanouir dans cette lutte. Ils ont pris la parole devant les caméras et ont parlé fièrement de leurs compétences professionnelles et de la façon dont ils construisaient déjà des usines dans le monde entier. Grâce à leurs actions, les travailleurs ont maintenant accès à un nouvel emploi et à une aide temporaire. Certains d'entre eux ont même déjà un emploi stable assorti d'un contrat en bonne et due forme.

Les choses ont-elles déjà fondamentalement changé du côté du gouvernement pour éviter d'autres scandales de ce genre ?

Ianthe Ghaye. Non, et ça me met en colère. Pendant trois mois, les volontaires de SolidariTeams ont travaillé sans relâche, mais entre-temps, le gouvernement a littéralement laissé la grande majorité de ces personnes dans le froid. Le gouvernement s'est gardé d'invoquer la responsabilité des multinationales qui s'enrichissent grâce à cette exploitation. Ainsi, l'entreprise Irem a pu continuer à intimider les travailleurs et faire pression sur leurs familles pour qu'elles gardent le silence. En attendant, n'oublions pas que Borealis est une multinationale chimique, un géant du secteur. La société a reçu du gouvernement flamand pas moins de six millions d'euros de subventions pour la construction de l'usine. L'entrepreneur principal, la firme Irem, avait déjà été mise en cause dans une affaire de trafic d'êtres humains.

Depuis des années, les syndicats insistent pour que l'on s'attaque sérieusement au dumping social. Pour que les gros requins, les donneurs d'ordre et les principaux entrepreneurs et prestataires de cette chaîne de sous-traitance soient tenus responsables. Mais au lieu de cela, l'on a vu aux cours de ces trois derniers mois les pouvoirs publics se rejeter la balle. Face à cette situation, le PTB a déposé une proposition de loi pour que cette responsabilité soit désormais inscrite dans la loi.

Vous avez renouvelé votre appel au soutien pour la fin de cette année. Pourquoi est-ce à ce point urgent ?

Ianthe Ghaye. Tant pour financer les colis alimentaires que nous avons livrés au cours de la période écoulée que pour l'avenir des SolidariTeams. Nous voulons que les équipes SolidariTeams puissent continuer à être prêtes lorsque des situations de ce genre se présentent et que le gouvernement n'assume pas ses responsabilités. Comme dans le cas de l'aide que nous avons apportée aux victimes des inondations l'année dernière. Chaque euro de soutien que vous pouvez apporter à ce projet sera donc d'une grande utilité.



Les SolidariTeams ont besoin de votre soutien. Vous pouvez effectuer un don par virement bancaire au compte BE17 7340 5689 1721 en indiquant « stop à l'exploitation sociale ». Un soutien chaleureux en cette fin d'année, dont tous les dons iront à l'organisation de la solidarité.