Comment peut-on comparer le groupe de résistants français et les nazis qui les ont arrêtés et exécutés ?

Du député MR à la Fédération Wallonie-Bruxelles Fabian Culot à Bart De Wever, plusieurs politiciens traditionnels ont tenté de diaboliser la gauche radicale en l’assimilant à l’extrême droite. De nombreux intellectuels ont déjà eu l’occasion de démontrer à quel point cette comparaison est fausse.

Pierre Verjans, professeur et politologue à l’Université de Liège, expose : « Autant dans l’extrême droite vous trouvez les nostalgiques d’un régime qui voulait éliminer les peuples inférieurs, et des militants qui propagent cette vision d’exclusion ; autant à l’extrême gauche, ils sont dans le rejet du capitalisme, qui n’est quand même pas un groupe humain que je sache, mais une catégorie économico-sociale. (…) Fondamentalement, l’idéologie d’extrême droite est basée sur la peur et l’exclusion, alors que celle d’extrême gauche ou communiste appelle à la fraternité et l’égalité. (…) Les partis communistes, après avoir pris leur part dans la résistance à l’occupant, ont exercé le pouvoir, en Belgique, en France, après la Seconde Guerre mondiale, participant à la reconstruction, notamment par l’édification de la Sécurité sociale. Les PC n’ont jamais été frappés d’interdiction directe. Il n’y a pas de raison de les proscrire aujourd’hui ».

Carl Devos, professeur à l’Université de Gand, précise : « Le Vlaams Blok, précurseur du Belang, a été condamné pour racisme, et l’on peut s’interroger à son égard : ses idées violentes d’exclusion sont-elles acceptables en démocratie ? A l’autre bout de l’échiquier, le PTB agite la question sociale, dit vouloir redistribuer les richesses qui se trouvent dans les mains de quelques-uns. On pense ce que l’on veut de ce parti, de son message, de ses buts, mais on n’est pas dans le même registre que l’extrême droite... Selon moi, le Vlaams Belang et le PTB : ce sont deux entités politiques différentes ».

L’idéologie marxiste défend l’égalité, l’idéologie d’extrême-droite prône l’inégalité et le racisme

Les communistes ont été partout parmi les résistants les plus actifs contre le fascisme

Les communistes ont été partout parmi les résistants les plus actifs contre le fascisme. Ici en Belgique avec les partisans et le dirigeant communiste Julien Lahaut. En France, le PCF a été appelé après la guerre « le parti des fusillés ». Des historiens estiment que sur les 4 520 personnes qui ont été fusillées en France pendant la guerre, il y avait au moins 70 % de communistes.1

L’URSS a été le pays qui a de loin payé le plus lourd tribut dans la guerre contre le nazisme. En Grèce, en Espagne ou au Portugal, les communistes étaient aux avant-postes de la lutte contre les régimes des colonels, de Franco ou de Salazar. On ne peut pas en dire autant des élites libérales européennes. Mettre sur le même pied les fascistes et les résistants qui sont tombés sous leurs balles, mettre sur le même pied ceux qui ont caché des enfants juifs pour les protéger des nazis et ceux qui les ont livrés à la Gestapo, c'est insulter la mémoire de tous ceux et toutes celles qui se sont battus et sont morts dans la lutte contre le fascisme.

Comment peut on comparer l’idéologie marxiste qui défend l’égalité et l’idéologie d’extrême-droite qui est entièrement construite à partir de l’idée d’inégalité, d’untermensch (de la thèse qu'il existe des « sous-hommes »)? Elle est basée sur l’idée de la suprématie blanche qui a justifié le colonialisme, l’apartheid et la ségrégation raciale aux USA jusque dans les années 1960. Alors que le marxisme a été au contraire un instrument dont se sont saisis non seulement les travailleurs dans la lutte contre l’exploitation pour revendiquer et conquérir leurs droits, mais aussi les peuples du tiers-monde dans leur lutte pour se libérer du joug colonial.

Assumer l'histoire

Depuis le 19e siècle, ce sont ceux qui se revendiquaient du marxisme qui ont été une force essentielle dans la lutte pour toutes les avancées sociales et démocratiques qu’a connues notre pays comme la journée des 8h, la sécurité sociale, le droit de vote, le droit à l’avortement. Ainsi, le combat pour le droit à l’avortement a été incarné notamment par un médecin communiste, le docteur Willy Peers. Est-ce que le MR va maintenant dire que Willy Peers était à mettre sur le même pied qu’un fasciste ?

Le PTB est un parti marxiste qui regarde l'histoire de façon critique, sans jeter le bébé avec l'eau du bain.

Le PTB s’inscrit dans cette lignée de pensée : il est un parti marxiste qui regarde l'histoire de façon critique.

Sur le bilan des pays socialistes, nous disons clairement « il existait d’important problèmes en URSS, non seulement de bureaucratie, et également d’abus de pouvoir, de stagnation économique et d’intervention criminelle à l’égard d’opposants véritables ou présumés du régime » (Congrès de la Solidarité, 2015, p. 144). De la même manière que Monsieur Culot ne se fait pas le défenseur du dictateur libéral Augusto Pinochet ou du fasciste libéral Bolsonaro qui vient de se faire élire au Brésil, nous ne sommes pas des défenseurs aveugles de l'URSS ou de n'importe quel autre pays qui s'est construit avec une ambition proclamée d'appliquer le marxisme.

Notre Congrès du renouveau de 2008 a affirmé que nous ne voulions pas prendre comme modèle les expériences de communisme mises en place par le passé, que nous ne voulions pas appliquer en Belgique des prétendues recettes toutes faites et que nous défendions un marxisme moderne, contemporain et émancipateur. Nous ne jetons néanmoins pas le bébé avec l'eau du bain. Dans ce processus pour aller vers une société qui mettrait fin à l’exploitation de l’homme par l’homme, nous voulons étudier les expériences historiques de tentatives de construire une autre forme de société que le capitalisme. Au contraire de ce que Monsieur Culot veut empêcher, face aux défis sociaux, environnementaux et économiques de demain, nous voulons regarder objectivement ce qui est à apprendre, reprendre ou rejeter des expériences passées

Donner plus de place à l’étude de l’histoire à l’école

Conservateurs catholiques et libéraux ont empêché pendant des dizaines d'années qu'on légifère sur le travail des enfants.

Le PTB est pour de laisser plus de place à l‘étude de l'histoire dans les écoles. En donnant, par exemple, du temps pour rappeler le rôle joué par les ministres conservateurs catholiques et libéraux pour empêcher pendant des dizaines d'années qu'on légifère sur le travail des enfants. La Belgique a été un des derniers États de l’Europe industrielle à le faire. Notamment à cause de l'opposition des conservateurs catholiques et libéraux qui prétextaient « qu’il serait ruineux pour l’industrie, attentatoire aux droits du père de famille, plus intéressé à la conservation de son enfant, plus apte à juger de ses forces que quiconque ». Les cours d'histoire pourraient aussi, par exemple, expliquer que ce sont ces mêmes libéraux et conservateurs catholiques qui se sont opposés à la scolarité obligatoire au nom de l'indispensable travail des enfants. Rappelons par exemple que Théodore Verhaegen, libéral notoire et co-fondateur de l’Université de Bruxelles, taxait l’obligation scolaire de théorie « dangereuse et illibérale » qui conduira « tout droit au communisme et au socialisme ».2

Dans le même sens, on pourrait envisager d'expliquer à l'école l'œuvre des principaux idéologues libéraux contemporains, comme celle de Friedrich Hayek. Celui-ci parlait en termes élogieux du sanguinaire général chilien Pinochet, qui après avoir renversé le gouvernement légitime de Salvador Allende en 1973, a été responsable de la mort de milliers d'opposants à la dictature.3 Hayek écrivait ainsi en 1981 qu’ « une dictature peut être un système nécessaire pour une période transitoire. Parfois il est nécessaire pour un pays d’avoir, pour un temps, une forme ou une autre de pouvoir dictatorial. […] Personnellement je préfère un dictateur libéral plutôt qu’un gouvernement démocratique manquant de libéralisme. Mon impression personnelle est que […] au Chili par exemple, nous assisterons à la transition d’un gouvernement dictatorial vers un gouvernement libéral. »

L’histoire des méfaits du capitalisme

Enfin, pour comprendre le monde aujourd'hui, il est tout aussi essentiel d’étudier les méfaits du capitalisme. La traite des esclaves a été à la base de l’accumulation des richesses de plusieurs nations occidentales. Selon les estimations, on évoque que ce sont 11 millions à 12,5 millions d’êtres humains qui ont été déportés pour être réduits en esclavage.4 La plupart des historiens s’accordent pour dire que la Première Guerre mondiale dont nous venons de commémorer la fin a essentiellement été une entreprise de partage des colonies entre nations capitalistes. Cette guerre a provoqué plus de 18 millions de morts. La colonisation elle-même a été la conséquence de la volonté de piller les matières premières et la force de travail des pays colonisés. Elle a été, dans la plupart des cas synonyme de tortures, de déportations, d’appauvrissement généralisé de peuples entiers et de génocides. Sans l’étude de cette colonisation (et en particulier en Belgique celle du Congo), il n’est pas possible de comprendre l’accumulation de richesses à la base du développement de l’économie des pays européens comme la Belgique.

Tentative d'imposer la police libérale de la pensée à l'école : le MR mis en échec

Le député MR Fabian Culot avait introduit une proposition de résolution « visant à accroître la sensibilisation aux dangers des extrémismes et des populismes et plus particulièrement à ceux de l’extrême gauche » en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a été rejetée en commission ce mardi 13 novembre, grâce à l'opposition du PTB, du PS et du cdH.

Pour le député PTB, Frédéric Gillot, il y avait bien des raisons de rejeter la proposition. « En premier lieu, je veux soutenir les pédagogues et les enseignants qui élaborent les programmes scolaires. Je suis surpris que Mr Culot mette ainsi en doute leur objectivité et leur professionnalisme, explique-t-il. Ensuite, Mr Culot ne semble pas savoir que l'extrême droite est l'idéologie de l'exclusion, du racisme, de la discrimination et du combat des puissants contre les peuples alors que la gauche radicale est basée sur la solidarité, l'égalité et le partage des richesses. L'objectif du MR est évident: diaboliser la gauche pour banaliser l'extrême droite qui ne dérange pas l'allié NVA du MR. Une question se pose. Est-ce que le MR serait en train de préparer de nouvelles alliances? A-t-il besoin pour ça d'un nouvel écran de fumée? Cette proposition de résolution est une insulte à tous ceux qui s'occupent de notre enseignement mais aussi une insulte aux résistants comme le communiste sérésien Julien Lahaut, Mr Culot doit connaître, qui se sont battus contre le nazisme, le fascisme et pour la sauvegarde de nos droits. »

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1Jean-Pierre Besse et Thomas Pouty, dans Les Fusillés, répression et exécutions pendant l'Occupation 1940-1944 (éd. l'Atelier),

2 Élites, patronat, travail des enfants et obligation scolaire en Belgique avant 1914 Éliane Gubin https://books.openedition.org/pup/7396?lang=fr

3 Entretien avec le quotidien chilien El Mercurio, 12 avril 1981, d’après la documentation de Institut Hayek.

4 http://www.slavevoyages.org/assessment/estimates


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