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Sommet de l’Otan à Ankara : pourquoi les 4 objectifs de l’Arizona sont un danger pour la paix et pour la sécurité sociale ?

Les 7 et 8 juillet se tient à Ankara, en Turquie, le sommet annuel de l'Otan. Le gouvernement Arizona a validé les quatre objectifs du sommet pour la Belgique lors du conseil des ministres du 20 juin1. Il l'a fait sans vote au parlement, au moment même où le soutien de la population à l'augmentation des dépenses militaires s’effrite.

Le PTB s'oppose à ces quatre orientations politiques. Parce que les plans de militarisation de Bart De Wever et Theo Francken sont une déclaration de guerre à notre sécurité sociale. Parce qu'ils n'apporteront ni sécurité ni paix dans le monde. Parce que les partis de l'Arizona imposent ces décisions sans légitimité démocratique.

Samedi 4 juillet 2026

Theo Francken serre la main de son homologue, le ministre américain de la Guerre Pete Hegseth.

Theo Francken serre la main de son homologue, le ministre américain de la Guerre Pete Hegseth.

BELGA

Objectif 1 : « Préserver l’unité de l’Alliance et montrer l’engagement pour les 5% de La Haye »

À l'approche du sommet de l'Otan de l'année dernière à La Haye, Donald Trump a exigé que les États membres de l'Otan portent leurs dépenses militaires à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB), c'est-à-dire l'ensemble des richesses produites dans un pays.

« La norme des 5 % est complètement folle », a déclaré Bart De Wever. « 5 % pour la défense, c'est de l'hystérie collective », a déclaré Georges-Louis Bouchez, président du MR. « La norme de l'Otan de 5 % est ridicule », a déclaré Conner Rousseau, président de Vooruit. Finalement, ils se sont tous inclinés devant la norme absurde imposée par Trump.

5 % du PIB belge représenterait aujourd'hui 33,2 milliards d'euros. Ce montant se décompose en deux parties. 1,5 % peut être couvert par des dépenses dites « liées à la défense ». Les 3,5 % restants, soit 23,3 milliards au PIB actuel, doivent aller à des dépenses militaires « dures ».

À Ankara, le gouvernement Arizona confirmera son soutien à ces 5 %.

Jusqu’à maintenant le gouvernement a prétendu que c’était un objectif lointain pour 2035. Et que le budget actuel serait maintenu à 2 % jusqu’en 2033. Pourtant, la pression pour l’augmenter rapidement est bien là. Le général Frederik Vansina, chef des armées, déclare ce 3 juillet :

« Lors du sommet de l'Otan à Ankara, la question sera de savoir comment l'Europe veut concrétiser cette Otan 3.0. L'année dernière à La Haye, tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Otan ont promis de consacrer 5 % à la Défense (dont 3,5 % de dépenses militaires strictes et 1,5 % de résilience générale, NDLR). La Belgique est actuellement à 2 %. Une chose est sûre : nos dépenses militaires actuelles de 2 % du PIB ne suffiront pas. Et ce n'est pas pour faire plaisir aux États-Unis. La pression vient aussi de nos pays voisins comme les Pays-Bas, qui se dirigent déjà vers 3,5 %. » (HLN, 3 juillet)

3,5 %, c’est 10 milliards d’euros en plus pour le budget militaire, autant d’argent en moins ailleurs, à aller chercher dans nos poches, nos pensions, notre santé... Alors que déjà aujourd’hui, le gouvernement parle d’aller chercher cette année 7 milliards en plus dans nos poches.

Frederik Vansina précise : « Les Américains veulent que nous, Européens, prenions nous-mêmes en charge la défense de notre continent, car les Américains se tournent de plus en plus vers le Pacifique et vers la Chine. » Donc, on devrait dépenser plus pour permettre aux États-Unis de faire la guerre en Chine, ce qui jetterait le monde dans le chaos complet, cent fois plus qu’avec la guerre contre l’Iran.

Objectif 2 : « Assumer le partage et le transfert de l'effort de défense et rendre l’Alliance plus forte et plus efficace »

C’est interessant de se poser la question : tous ces milliards réclamés par Trump pour l'Otan, à quoi vont-ils servir ? À quoi sert réellement l'Otan ?

Qui mieux que son secrétaire général, Mark Rutte, pour répondre à cette question ? Lui est très clair lorsqu’il affirme : « L'Otan est une plateforme permettant aux États-Unis de projeter leur puissance dans le monde. »

C'est d'ailleurs ce qu'il a encore confirmé ce mercredi 1er juillet dans le Financial Times2, en citant quelque 5 000 vols militaires américains effectués depuis des bases européennes afin de soutenir la guerre illégale menée contre l'Iran.

Pour certains, tous ces milliards doivent servir à ce que l'Europe puisse militairement sortir de l'ombre des États-Unis. Non pas pour défendre son propre territoire, mais pour se transformer en une puissance impériale à part entière.

Nous avons donc demandé au ministre : pouvons-nous voir votre liste de courses ? Vous avez 34 milliards à dépenser, montrez-nous ce que vous achetez. Nous avons obtenu cette liste, et nous l'avons vérifiée. Ils ne commandent pas de matériel pour défendre la Belgique. Cela ne figurait pas sur la liste. Ils commandent des drones tueurs, des F-35, des frégates, toutes sortes de matériel pour intervenir au Congo, au Sahel.

Ils ne construisent pas une « défense » en Europe. Ils construisent une nouvelle armée impérialiste avec notre argent. Et nous devons dire non : l'impérialisme européen n'est pas la réponse à l'impérialisme américain.

M. Francken confirme de jour en jour qu'il n'est pas le ministre de la défense du territoire belge, mais bien le ministre de la guerre. Il achète des armes, et dans l’avenir, il veut faire la guerre en Afrique.

Theo Francken le confirme dans un tweet de ce 2 juillet parlant de l’achat de nouveaux avions Cessna SkyCourrier : « Notre armée est petite, mais elle dispose d’une capacité opérationnelle d’une grande valeur pour l’ensemble de l’alliance Otan : une expérience pratique unique, une connaissance du terrain et des contacts politiques en Afrique centrale. Cette région est à la fois immense et inhospitalière. C’est un terrain taillé sur mesure pour le SkyCourier. L’avion peut décoller depuis de courtes pistes rudimentaires tout en parcourant de très longues distances. Il permettra à nos forces spéciales (SOF) d’opérer loin de leur base et de frapper partout. Et pas seulement en Afrique, mais aussi bien au-delà. »3

Vous avez bien lu : « frapper partout, pas seulement en Afrique, mais aussi bien au-delà. »

Objectif 3 : « Démontrer l'engagement de la Belgique à accélérer la construction d’une industrie de défense »

Le gouvernement affirme vouloir développer une industrie de la défense. Mais où est donc le plan pour sauver l’industrie civile de la chimie, de la sidérurgie et de l’automobile ? Des secteurs civils essentiels, aujourd’hui en déclin, notamment à cause des prix élevés de l’énergie. À cause, entre autres, de la guerre contre l’Iran, soutenu par Monsieur Francken.

Ni l’Arizona ni les gouvernements régionaux n’ont de projet positif et durable pour notre industrie et pour les travailleurs qui la font tourner et qui sont à l’origine de notre prospérité.

Car militariser notre industrie, où cela nous mène-t-il ? Soit ces armes sont utilisées, ce qui signifie la guerre et donc une crise. Soit elles ne le sont pas, ce qui entraîne une surproduction, une absence de rentabilité et, là aussi, une crise.

Nos gouvernements le savent pourtant : de nombreuses études ici et à l’étranger montrent que les dépenses militaires créent moins de croissance économique que les investissements dans la santé, l’enseignement ou les infrastructures4.

Objectif 4 : « Confirmer le soutien de la Belgique à l’Ukraine »

Au lieu de plaider pour une solution négociée et enfin envoyer des négociateurs européens à Kiev et Moscou, notre gouvernement continue à s’aligner sur les va-t-en-guerre qui pensent infliger une défaite totale à la Russie.

Le général Frederik Vansina déclare : « La Russie perd environ 30 000 soldats par mois en Ukraine. Morts, blessés, disparus. Les Ukrainiens veulent porter ce chiffre à 50 000. »

La Belgique devrait continuer à armer l'Ukraine pour garantir que 20 000 soldats russes meurent ou soient blessés en plus par mois. Quel cynisme.

Dans le journal De Standaard, le journaliste Ruben Mooijman confirme : « Plus l'Occident livre d'armes, plus la guerre se prolonge, et plus il y a de morts, de blessés, de destructions et de souffrance humaine. »

« Le seul qui en profite, c'est le complexe militaro-industriel. Nous devons aller vers la diplomatie, mais il y a des forces, tant ici qu'en Russie, qui veulent continuer à alimenter ce conflit », a déclaré notre secrétaire général Peter Mertens dans une interview au même journal. « Ce sont des forces économiques issues du complexe militaro-industriel qui poussent vers le militarisme et le conflit. Il faut vendre des armes, et elles ne peuvent pas rester stockées dans un silo ou une grange. Les fils d’agriculteurs et de bouchers, les fils d'ouvriers, sont les victimes de tout cela. Il faut que ça cesse, car celui qui pense pouvoir vaincre militairement Moscou ne vit pas à l'ère nucléaire, avec des armes atomiques des deux côtés du conflit. C'est de la folie de croire qu'on peut vaincre militairement une puissance nucléaire. Moscou ne sera pas vaincue. Bruxelles non plus, d'ailleurs. »5

Notre alternative : paix et justice sociale

« Il est naïf de croire qu’une Europe militarisée, crispée et surarmée nous rapprochera de la paix », rappelle Peter Mertens. « L’Europe s’arme à outrance, non seulement pour bâtir sa défense, mais surtout pour pouvoir intervenir aux quatre coins du globe. Des frégates en mer Rouge, des blindés au Sahel et une présence militaire autour des routes d’approvisionnement en matières premières n’ont que peu à voir avec la défense du territoire et tout à voir avec les intérêts des grandes multinationales.

On ne devient pas plus sûr en menaçant sans cesse son voisin. Cela mène à un dilemme de sécurité : ce qu’un camp qualifie de défensif est perçu comme offensif par l’autre, et ainsi tout le monde continue de s’armer. L’issue est prévisible : au lieu de garantir la sécurité, la situation ne fait que s’envenimer.

Nous avons besoin d’une sécurité commune, où la sûreté de l’un ne se fait pas au détriment de celle de l’autre. Qui veut la paix doit préparer la paix. Cela implique la diplomatie, le désarmement, la coopération internationale, le respect du droit international et des structures de sécurité où même les adversaires peuvent se parler.

Ce n’est pas de la naïveté, mais le seul réalisme qui porte ses fruits. L’immense majorité des conflits finit de toute façon par se régler autour d’une table. »6