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Solidarité avec Cuba : « La santé n’est pas un privilège, mais un droit »

Médecine pour le Peuple (MPLP) s’est associée à la polyclinique Manuel Fajardo, à La Havane. Dans les années à venir, le réseau des maisons médicales veut travailler avec cette polyclinique afin d'apprendre de leurs visions de la santé et de lui apporter son soutien en ces temps de crise. Explications de deux médecins de MPLP.

Vendredi 30 janvier 2026

Une délégation de Médecine pour le Peuple en visite de solidarité à Cuba.

Par Nicolas Pierre et Sofie Blancke

Deux de nos médecins ont participé au voyage de solidarité d’octobre dernier : Sofie Blancke (médecin à Deurne) et Tim Joye (président de MPLP et médecin à Hoboken). « Nous avons été accueillis par une équipe de médecins, d’infirmiers et de travailleurs sociaux dont l’enthousiasme et le dévouement nous ont immédiatement frappés », commence Tim.

La Dr Luisa María Téllez García, jeune directrice de la polyclinique, nous a présenté avec fierté le système de santé cubain. Elle nous expliquait que leur système est fondé sur la prévention, pas sur la guérison. Qu’ils veulent que les gens restent en bonne santé plutôt que d’attendre qu’ils viennent les voir une fois malades. Il est impressionnant de voir comment Cuba, malgré des moyens limités, a bâti un système gratuit, universel et préventif.

Tim ajoute : « En classant la population en quatre groupes de risque et en organisant des visites régulières à domicile, l’équipe du Dr Lopez détecte précocement les petits problèmes et évite qu’ils ne deviennent graves. Cette approche nous rappelle que la santé ne se réduit ni aux hôpitaux ni aux médicaments : elle concerne d’abord les personnes et les communautés. »

Pénuries causées par le blocus

La situation actuelle est toutefois éprouvante. La polyclinique est propre et bien tenue, mais les pénuries se font sentir : seuls quelques appareils d’échographie fonctionnent encore, la salle de rééducation est spacieuse et soignée, mais les équipements et les tables d’examen sont usés, et la pharmacie est presque vide. « Nous nous sentons impuissants : nous manquons depuis des mois de médicaments antihypertenseurs et d’antibiotiques », confie une infirmière.

La façon dont le système cubain organise la prévention jusque dans chaque village, visite les gens dans leur habitation et prend en compte le contexte de vie de chacun est pour nous une leçon précieuse. Plus largement, nous sommes impressionnés par le niveau scientifique des chercheurs cubains, capables de développer des vaccins de haute technologie et de gérer les épidémies (comme le Covid-19, mais aussi d’autres fréquentes dans la région) et les catastrophes naturelles.

Ces dernières années, la situation économique de l’île s’est durcie, ce qui rend notre projet de solidarité d’autant plus important. Depuis la Révolution de 1959, les États-Unis imposent un blocus économique à Cuba, avec l’objectif déclaré d’y « provoquer la faim et le désespoir » pour pousser la population à se soulever contre le nouveau gouvernement socialiste.

Priorité à la santé et à l’éducation

Six décennies plus tard, Cuba reste socialiste, donnant la priorité à la santé et à l’éducation, avec des résultats impressionnants malgré la pauvreté et le manque de ressources : alphabétisation, espérance de vie, participation des femmes à la vie politique… Une politique orientée vers les besoins du peuple qui force le respect.

Mais la situation s’est aggravée ces dernières années, principalement avec le renforcement des sanctions sous l’administration Trump, partiellement assouplies auparavant sous Barack Obama, puis en grande partie maintenues par la suite. Les États-Unis bloquent la plupart des transferts d’argent vers l’île, dissuadent le tourisme par des restrictions de visa, et interdisent aux navires ayant transité par Cuba d’accoster pendant des périodes prolongées. Pire encore, l’île ne peut presque plus rien acheter à l’extérieur : Washington maintient des sanctions contre les entreprises, y compris européennes, qui oseraient commercer avec Cuba.

Cette guerre économique a des conséquences lourdes : la mortalité périnatale (mortalité qui arrive autour de la naissance, jusqu’à 7 jours après) a presque doublé depuis 2020, 70 % des médicaments sont hors d’accès à cause des pénuries, et il manque du matériel opératoire ou des couveuses pour les nouveau-nés. Fin octobre, un ouragan a fait plus d’une centaine de morts dans la région et détruit des milliards d’infrastructures. Habitués à ces catastrophes et dotés d’un système de prévention efficace, les Cubains n’ont heureusement compté aucune perte humaine. L’économie a également souffert de l’effondrement du tourisme — vital pour l’île — qui n’a pas redémarré depuis la fin de la pandémie en raison du durcissement des sanctions.

Heureusement, des partenariats avec d’autres pays, notamment du Sud, laissent entrevoir des solutions : projets de parcs solaires avec la Chine, développement agricole avec le Vietnam, et de nombreux accords avec le Brésil, le Mexique, etc.

Partage avec d’autres pays du Sud

Malgré les pénuries, il règne une atmosphère d’espoir à la polyclinique. La santé publique cubaine reste pour Médecine pour le Peuple un exemple de ce qu’il est possible d’accomplir avec une vision forte, du dévouement et de la solidarité. Le pays partage son expertise avec d’autres nations du Sud global, et les médecins cubains interviennent dans le monde entier lors de crises. Cette solidarité n’est pas seulement un choix : c’est une nécessité — et une inspiration.

« Notre visite n’a pas été qu’une expérience d’apprentissage », conclut Tim. « C’est aussi un appel à l’action. Avec MPLP, nous soutenons des projets pour améliorer l'accès à la contraception, nous faisons des dons de médicaments et nous échangeons des connaissances. Comme le disait un médecin cubain : ‘’La santé n’est pas un privilège, mais un droit.’’ Et nous défendons ces droits ensemble. »

Aidons à faire face à la pénurie de contraceptifs

Depuis l’année dernière, le quartier de la polyclinique Manuel Fajardo connaît une pénurie de contraceptifs. Les statistiques sanitaires montrent une augmentation du nombre de grossesses chez les adolescentes. C’est pourquoi ils nous ont demandé de l’aide. MPLP souhaite collecter des fonds au cours des prochains mois pour les aider ! Vous pouvez également contribuer. 
Faites un don en mentionnant « Manuel Fajardo » sur BE40 8939 4407 1763.