Socialiste, antifasciste, antisioniste : qui est Hasan Piker, la bête noire de Trump et Francken ?
Impossible d’être passé à côté si vous avez suivi l’actualité ces derniers jours. Hasan Piker, le célèbre influenceur de gauche américain, est venu prendre la parole à ManiFiesta, et sa venue a suscité la polémique. Selon certains, Piker serait un dangereux extrémiste. Le ministre de la Défense Theo Francken a même appelé à lui interdire l’entrée sur le territoire et à utiliser le nouveau Code pénal pour s’en prendre à Piker et à ManiFiesta. Mais qui est vraiment Hasan Piker ?
Hasan Piker est le streamer de gauche et commentateur politique le plus populaire des États-Unis. Il est principalement actif sur Twitch, une plateforme de streaming surtout consacrée aux jeux vidéo. Piker y diffuse jusqu’à 10 heures de direct par jour. Tous les jours de la semaine, toute l’année. Il échange avec ses millions de jeunes followers sur la politique, les médias, le sport, le lifestyle, le fitness...
Ce qui rend Piker unique, c’est qu’il le fait avec un profil résolument de gauche. Piker se définit lui-même comme socialiste, marxiste et anti-impérialiste. Il affirme vouloir faire contrepoids à la domination de la droite sur les plateformes de streaming américaines. Et il le fait de cette manière provocatrice propre à la culture internet : avec des mèmes, des doubles sens et beaucoup de gros mots.
Hasan Piker fait pleinement partie d’une culture jeune sur internet, souvent méconnue et incompréhensible pour celles et ceux qui n’en font pas partie. « Il faut toujours s’amuser. Les gens cherchent quelqu’un qui a des convictions woke, mais qui n’a pas pour autant l’air d’un rabat-joie », expliquait Piker cette semaine dans De Standaard.
La peur de l’establishment
Ces derniers mois, Hasan Piker est devenu l’une des voix d’opposition à Trump et au trumpisme les plus connues parmi les jeunes. Il met sa popularité au service des campagnes de candidats de gauche des Democratic Socialists of America. Piker s’est par exemple fortement impliqué dans la campagne électorale de Zohran Mamdani, le maire de New York.
La popularité d’Hasan Piker a désormais semé la peur au sein de l’establishment. Piker convainc de jeunes Américains d’adhérer à un discours résolument de gauche, avec des résultats à la clé. Et cela inquiète.
Sous l’impulsion de Donald Trump, Piker est donc rapidement devenu l’« ennemi public numéro un » de la droite américaine. Jour après jour, les commentateurs de droite de Fox News l’attaquent à coups de demi-vérités et de mensonges purs et simples. Piker serait un partisan du terrorisme qui glorifierait le 11-Septembre. Il serait un dangereux extrémiste de gauche faisant l’apologie de la violence.
Mais quiconque écoute réellement Hasan Piker ne peut que constater qu’il s’agit d’un cadrage imposé par la droite pour tenter d’abattre un adversaire politique.
Cadrage
Une déclaration d’Hasan Piker datant de 2019 est souvent citée dans ce contexte : il avait alors affirmé que « l’Amérique méritait le 11-Septembre ». Il s’est ensuite excusé pour ces propos. Piker voulait expliquer que, par sa politique étrangère, les États-Unis avaient eux-mêmes créé le terreau ayant permis l’émergence de dangereux mouvements djihadistes.
« J’ai utilisé des termes imprécis en 2019 et je me suis immédiatement excusé d’avoir employé le mot “méritait” lorsque je parlais du contrecoup de la politique américaine. Évidemment, personne ne mérite d’être victime d’un attentat terroriste », explique Piker.
Les accusations d’antisémitisme relèvent elles aussi clairement de ce cadrage. En 2025, Hasan Piker a prononcé un discours à la prestigieuse université Yale, aux États-Unis. Il a commencé par une déclaration sur l’antisémitisme : « L’antisémitisme est le canari dans la mine du fascisme. C’est l’une des plus anciennes formes de racisme et il a causé d’immenses souffrances au peuple juif. Des pogroms à la Shoah, les Juifs ont toujours été pris pour cible par les puissants. »
Hasan Piker est en revanche un antisioniste convaincu. À ManiFiesta, il a été très clair à ce sujet : « Il est répugnant et dangereux que des gens comme Francken confondent délibérément antisémitisme et antisionisme et les utilisent l’un contre l’autre. » Piker est un critique convaincu de l’État israélien, du génocide à Gaza et du projet sioniste.
Le danger de la loi Quintin
Ce que veut Theo Francken, en réalité, c’est museler et criminaliser un adversaire politique. Francken sait que des gens comme Hasan Piker ne sont pas antisémites, mais, tel un Trump local, il tente de criminaliser toute forme de contradiction.
La tentative d’un ministre d’utiliser sa fonction et le nouveau Code pénal pour s’en prendre à un adversaire politique est dangereuse. Elle montre également ce que les organisations de la société civile et le PTB disent depuis des mois à propos de la nouvelle loi Quintin préparée par le gouvernement : l’objectif est de s’en prendre aux partis politiques, aux organisations sociales et aux militants parce que leurs opinions déplaisent au gouvernement. Tout démocrate devrait s’y opposer.
Les tentatives d’intimidation et de criminalisation de Francken ont toutefois manqué leur cible. Hasan Piker ne s’est pas laissé intimider. Il a inventé un nouveau surnom pour Theo Francken, « pissboy », et s’est tout simplement rendu à ManiFiesta, où il a pris la parole devant un public plein d’enthousiasme.
Celles et ceux qui veulent découvrir par eux-mêmes ce que Hasan Piker a vraiment à dire peuvent regarder ci-dessous l'entretien qu'il a eu à ManiFiesta avec Peter Mertens, devant les caméras de Studio Fakto. Un long échange sur la montée du socialisme aux États-Unis, le rôle de l’Europe et l’espoir.