Réforme des pensions : ce qu'il faut retenir des auditions des spécialistes au parlement
Le débat sur la réforme des pensions fait rage depuis des mois dans la société, mais le 23 mars, c’est une partie de cette société qui s’est invitée au parlement : les deux grands syndicats, les experts du Bureau du Plan et trois professeurs — Ria Janvier, Pierre Devolder et Jean Hindriks — ont été entendus. Kim De Witte, spécialiste pensions et député PTB, revient sur les principaux éléments qui sont ressortis de ces auditions.
Une chose est apparue avec une clarté douloureuse : le gouvernement est SEUL. Pas un seul expert, pas un seul professeur et pas un seul syndicat ne soutient la réforme actuellement sur la table. Sur trois points, en revanche, tous les participants étaient d’accord :
- Ce n’est pas un plan pour garder les pensions finançables. C’est un plan pour verser moins de pensions. Ce n’est pas la même chose. L’objectif n’est PAS de renforcer le lien entre le « travail » et la « pension », mais bien de faire des économies, y compris sur le dos de celles et ceux qui travaillent plus longtemps. Selon le Comité d’Étude sur le Vieillissement, les jeunes perdront en moyenne dix % de pension. Celles et ceux qui ne peuvent pas travailler plus longtemps perdront encore davantage.
- Le Bureau du Plan publiera en avril une analyse d’impact de la réforme des pensions : quel sera l’impact sur les femmes, sur les personnes qui ont commencé à travailler tôt, sur le risque de pauvreté chez les personnes âgées ? Tout le monde trouve évident qu’il faut attendre cette analyse avant de voter la loi. Mais non : les partis de l’Arizona veulent déjà soumettre la loi au vote en commission des Affaires sociales le 1er avril 2026.
- Le gouvernement se focalise sur la hausse des dépenses, mais reste muet sur la baisse des recettes. Rien que cette année, la sécurité sociale perd pas moins de 11,5 milliards d’euros de cotisations sociales à cause de toutes sortes de réductions et d’exonérations accordées aux entreprises. Et le gouvernement veut encore y ajouter 1,5 milliard de cadeaux pour les grandes entreprises. Il crée lui-même le caractère prétendument impayable de nos pensions. Résultat : bientôt, ils voudront relever l’âge de la pension à 70 ans.
Le professeur Pierre Devolder réagit à la réforme des pensions de l’Arizona lors de l’audition en commission des Affaires sociales. Cinq enseignements intéressants :
- Ceux qui parlent du caractère finançable ou non des pensions ne parlent jamais des recettes. Il y a de plus en plus de prestations de travail, mais de moins en moins de cotisations sociales. C’est problématique.
- Un critère important du malus, c’est l’âge — 67 ans. C’est injuste. « Un professeur comme moi peut travailler jusqu’à 67 ans, mais n’attendez pas la même chose d’un ouvrier du bâtiment. »
- Nous ne sommes pas égaux face à la mort. Le malus ne tient pas compte des différences d’espérance de vie entre les pauvres et les riches, ni entre les métiers pénibles et les métiers moins pénibles.
- Le gouvernement parle de « réformer », mais en réalité, il s’agit simplement de mesures d’économie qui réduisent la pension légale.
- Le système de pensions belge est déjà très complexe, mais ce que le gouvernement y ajoute va encore un cran plus loin. Il risque de devenir incompréhensible pour toute personne qui n’est pas experte.
Des réponses éclairantes ont été apportées par la professeure Ria Janvier sur la réforme des pensions en commission des Affaires sociales. Voici quatre points que je retiens des débats :
- Harmonisation ? Il n’est pas question d’harmonisation, selon Ria Janvier. Ce qu’ils appellent « harmonisation », c’est en réalité le démantèlement du régime de pension des fonctionnaires pour l’abaisser au niveau de celui des salariés. Le système n’en devient ni plus juste ni plus clair.
- Le trophée du 60-42 ? C’est une coquille vide. Dans la pratique, la pension à 60 ans après 42 années travaillées pour les métiers pénibles est inaccessible : la première année ne compte pas, et il ne faut jamais avoir été malade de longue durée ni au chômage pendant toute sa carrière. En d’autres termes : celles et ceux qui veulent atteindre cette pension doivent travailler sans relâche pendant 42 ans d’affilée. La professeure Janvier pose à juste titre la question : combien de personnes pourront réellement en bénéficier ?
Discrimination du travail à temps partiel. Il y a une pénalisation de fait des femmes, comme l’indique le Conseil d’État. Mais il y a aussi une pénalisation juridique, intégrée dans le projet de loi lui-même. Une personne qui travaille à temps partiel se verra infliger beaucoup plus vite un malus pension : la personne A travaille 44 ans à temps plein et obtient une pension complète sans malus ; la personne B travaille 44 ans à mi-temps, ne reçoit que la moitié de la pension de la personne A et subit en plus un malus.
Or, la réglementation européenne interdit l’inégalité de traitement fondée sur le travail à temps partiel. Une personne qui travaille à temps partiel doit obtenir proportionnellement autant de droits qu’une personne qui travaille à temps plein. Le malus pension veut rompre avec cette logique et pénaliser les travailleurs à temps partiel. C’est contraire à la réglementation européenne.
- Les politiques doivent être menées sur la base de chiffres et de faits, pas sur la base d’intuitions. La professeure Janvier souligne qu’il est absurde de débattre de cette réforme sans données claires. L’analyse d’impact de la réforme ne sera disponible qu’à la mi-avril. Pourquoi ne pas attendre jusque là avant de forcer le vote ?