À qui profite l'économie de guerre ? Ni à vous, ni à moi
Selon les estimations, le premier mois de la guerre contre l'Iran aurait coûté aux États-Unis entre 20 et 25 milliards de dollars1. Avec Israël et d'autres alliés dans la région, les États-Unis ont dépensé environ 26 milliards de dollars en munitions au cours des seize premiers jours de la guerre2. « Tuer les méchants, ça coûte cher », a déclaré Pete Hegseth, le ministre de la Guerre des États-Unis.
Ce que Hegseth ne dit pas, c'est qui paie la facture de cette guerre. Quand le commerce des armes prospère, le monde saigne. La militarisation enrichit une petite minorité, tandis que les coûts sont répercutés sur les sociétés du monde entier. La guerre contre l'Iran n'est que le chapitre le plus récent de cette histoire.
Qui tire profit de la guerre contre l'Iran ?
Parmi les principaux profiteurs de guerre figurent les deux plus grands fabricants d'armes au monde. Lockheed Martin, constructeur du F-35, et RTX, anciennement Raytheon. En 2024, ils ont réalisé ensemble un chiffre d'affaires de plus de 100 milliards de dollars3. Ces deux entreprises fabriquent les missiles de croisière utilisés par les États-Unis pour frapper des cibles iraniennes. Chaque attaque signifie pour eux de nouvelles commandes.
La société israélienne Elbit Systems profite elle aussi des conflits qui perdurent dans la région. En tant que principal fournisseur de l'armée israélienne, l'entreprise a vu le cours de son action tripler depuis le début du génocide à Gaza. En mars 2026, celle-ci a atteint un niveau record à la Bourse de Tel-Aviv.
Pour Elbit, les conflits à Gaza, en Iran et au Liban ne constituent pas seulement un moteur de croissance, mais aussi un laboratoire4. L'entreprise peut y déployer de nouveaux systèmes d'armes en conditions réelles, puis les vendre dans le monde entier en les présentant comme « battle tested », testés dans des conditions de combat réelles.
L’atmosphère est euphorique. « Au cours des dix prochaines années, la demande pour nos produits sera énorme », prédit Armin Papperger, PDG du géant allemand de l'armement Rheinmetall
Les entreprises européennes profitent elles aussi de cette situation. La société britannique BAE Systems fournit des composants pour drones et missiles à Lockheed Martin et Northrop Grumman, le troisième plus grand fabricant d'armement au monde. La société norvégienne Nammo et la société allemande Diehl fabriquent des composants pour les missiles de RTX5.
Dans le secteur le plus rentable du moment, l’atmosphère est euphorique. « Au cours des dix prochaines années, la demande pour nos produits sera énorme », prédit Armin Papperger, PDG du géant allemand de l'armement Rheinmetall. Le PDG de Northrop Grumman a même parlé de « la demande la plus forte que j'aie connue de toute ma carrière ».
Les dépenses militaires n'ont pas de limites
La première bombe larguée sur l'Iran n'a bien sûr pas marqué le début de la course aux armements actuelle. Les dépenses militaires augmentent fortement depuis des années, mais c'est surtout depuis l'invasion illégale de l'Ukraine par la Russie que les cours boursiers, les bénéfices et le chiffre d'affaires de l'industrie de l'armement ont explosé.
En 2026, le budget étasunien de la défense s'élevait à environ 900 milliards de dollars. Pour financer la guerre contre l'Iran, le Pentagone a demandé 200 milliards de dollars supplémentaires. Le président Trump a par ailleurs annoncé son intention d'augmenter encore les dépenses militaires au cours des prochaines années pour les porter à environ 1 500 milliards de dollars6.
L'Europe suit également cette voie. Entre 2016 et 2025, les dépenses militaires sur le continent ont doublé. L'année dernière, les pays européens membres de l'Otan ont dépensé au total 559 milliards de dollars pour la Défense. Par ailleurs, l'Union européenne souhaite mobiliser 800 milliards d'euros supplémentaires pour les investissements militaires dans le cadre du programme ReArm Europe Plan – Readiness 20307.
Les cours des actions s'envolent
Les grands gagnants de cette hausse des dépenses publiques sont les principaux acteurs du marché. En 2024, le chiffre d'affaires des cent plus grandes entreprises d'armement au monde a atteint 585 milliards de dollars8. Près de la moitié de ce montant est revenu à des entreprises américaines. C'est l'Europe qui a connu la plus forte croissance : les ventes des 26 plus grandes entreprises d'armement européennes ont augmenté de 13 %, pour atteindre 151 milliards de dollars.
À la bourse aussi, les attentes ne cessent de croître. L'indice étasunien de la défense a progressé de plus de 150 % entre 2020 et 2025. À lui seul, l'indice européen de la défense a progressé de 57 % en 20259.
Avec Israël et d'autres alliés dans la région, les États-Unis ont tiré 11 294 munitions au cours des seize premiers jours de leur guerre contre l'Iran, pour un coût d'environ 26 milliards de dollars – soit plus que le budget annuel total de la défense de la Belgique
Rheinmetall en est un exemple bien connu. Le groupe d'armement allemand, spécialisé dans les chars, l'artillerie et les munitions, a vu son cours en bourse grimper de 154 % en 2025. Début 2026, le cours de l'action avait progressé de près de 190 % par rapport à l'année précédente10. Rheinmetall prévoit un chiffre d'affaires de 50 milliards d'euros pour ses actionnaires en 2030.
Une industrie civile en déclin
La croissance spectaculaire du secteur de la défense contraste fortement avec la situation des autres secteurs industriels.
Alors que la production d'armes et de munitions a augmenté de 31 %, la production industrielle dans la zone euro a reculé de 1,2 % en glissement annuel en janvier 2026, selon Eurostat. L'industrie de la chimie a même reculé de 6,6 %.
Cette contradiction est particulièrement flagrante en Allemagne. Alors que l'industrie automobile allemande se contracte et que des usines ferment leurs portes, les usines d'armement tournent à plein régime11. En 2023, Rheinmetall a intégré le DAX-40, l'indice des plus grandes entreprises allemandes cotées en bourse, où elle a remplacé une entreprise du secteur de la santé12.
La fabrication d'armes ne peut pas sauver l'industrie et l'économie européennes. Contrairement aux investissements dans les infrastructures, la santé, l'éducation et les énergies vertes, les dépenses militaires ne génèrent pratiquement aucune croissance ou emplois. À long terme, la militarisation a même un effet négatif sur la croissance économique13.
C'est le contribuable qui paie la facture de la machine de guerre
Quiconque se soucie de l'industrie européenne ne peut soutenir cette guerre. En emboîtant le pas à Trump et à Netanyahu, les dirigeants européens précipitent encore davantage notre économie vers le gouffre. C'est ce qui ressort également d'un rapport récent du Fonds monétaire international (FMI)14.
Même dans le scénario le plus optimiste, où le un conflit avec l'Iran reste limité, la croissance économique dans la zone euro ralentit, passant de 1,4 % en 2025 à 1,1 % en 2026. Dans le même temps, l'inflation atteint 2,6 %. Dans un scénario plus grave, on risque une récession mondiale, associée à une inflation de près de 6 %.
Le rapport du FMI montre, d'un point de vue historique, comment une forte augmentation des dépenses de défense entraîne une hausse considérable de la dette publique. Cela s'est toujours fait au détriment de la santé, de l'enseignement et de la sécurité sociale.
Lorsque les dépenses militaires augmentent, c'est la classe travailleuse qui en fait les frais. Les décideurs politiques ne s'en cachent pas non plus. « La sécurité sociale coûte trop cher », affirme Theo Francken15.
Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, l'exprime ainsi : « En moyenne, les pays européens consacrent jusqu’à un quart de leur revenu national aux retraites, aux soins de santé et à la sécurité sociale, alors qu’une fraction seulement de ce montant suffirait à renforcer considérablement notre défense16. »
Mettre un terme à la militarisation de notre société
Selon Theo Francken, la défense, c’est du business17. Pour se développer, l'industrie de l'armement dépend de la guerre et des conflits. Plus la menace est grande, plus le marché est vaste. C'est un secteur qui prospère lorsque le monde souffre. Les responsables politiques, les chefs militaires et les actionnaires construisent une machine de guerre et, pour ce faire, démantèlent notre sécurité sociale, notre système de santé et nos services publics.
Après la Première Guerre mondiale, cette économie de guerre privée a été remise fondamentalement en question. Dans le traité qui a donné naissance à la Société des Nations, les États signataires ont reconnu que la production d'armes et de munitions par des entreprises privées soulevait de « graves objections ».
En 1921, une commission de la Société des Nations a publié un rapport accablant sur l'industrie de l'armement. Selon ce rapport, les fabricants d'armes auraient attisé la peur de la guerre, encouragé la course aux armements, corrompu des fonctionnaires, diffusé des informations trompeuses, manipulé l'opinion publique et monté les pays les uns contre les autres afin d'accroître leurs profits18.
Plus d'un siècle plus tard, cet avertissement semble étonnamment d'actualité. Rendez-vous donc le 14 juin à Bruxelles, à la marche européenne « Pour la sécurité sociale, pas la guerre ». Car notre avenir réside dans le progrès social, la solidarité internationale et la paix ; pas dans une nouvelle course aux armements.
Le 14 juin, on marche contre la guerre et pour la justice sociale
Nous ne paierons pas le prix de leurs guerres. Le dimanche 14 juin a lieu la marche européenne « Welfare, not warfare » : pour la justice sociale, pas la guerre.
On y va ensemble ?
Nous organisons des départs collectifs en train ou en car à travers le pays. Check les départs près de chez toi.
- Steven Kosiak. 2026. Iran War Costs: What We Know and Where We Might Be Headed. Quincy Institute for Responsible Statecraft. 7 avril. https://quincyinst.org/research/iran-war-costs-what-we-know-and-where-we-might-be-headed/
- Macdonald Amoah, Morgan D. Bazilian and Lieutenant Colonel Jahara Matisek. 2026. ‘Over 11,000 Munitions in 16 Days of the Iran War: “Command of the Reload” Governs Endurance’. 26 mars. Royal United Services Institute, https://www.rusi.org/explore-our-research/publications/commentary/over-11000-munitions-16-days-iran-war-command-reload-governs-endurance
SIPRI. 2025. The SIPRI Top 100 Arms-Producing and Military Services Companies, 2024. www.sipri.org. Chaque année, le Sipri publie le classement des 100 plus grandes entreprises d'armement au monde. Pour les entreprises actives dans l'industrie civile et militaire, le Sipri calcule la part du chiffre d'affaires réalisée dans le secteur de l'armement afin de déterminer leur classement. Le classement dans le top 100 mentionné dans la suite de cet article est toujours basé sur cette source. Sauf indication contraire, les chiffres relatifs au chiffre d'affaires des entreprises mentionnés dans la suite de cet article sont tirés des données du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri).
- https://stopelbit.be/html/research.html et Human Rights Council, 2025. From economy of occupation to economy of genocide. Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967, Francesca Albanese. https://www.ohchr.org/sites/default/files/documents/hrbodies/hrcouncil/sessions-regular/session59/advance-version/a-hrc-59-23-aev.pdf
- Direction générale de l’armement. Calepin des entreprises internationales de défense. Édition 2026. Ministère des armées. https://armement.defense.gouv.fr/sites/default/files/2026-01/Calepin%20des%20entreprises%202026%20Version%20fran%C3%A7aise_0.pdf
- Quincy Institute. 2026. Iran War Costs: What We Know and Where We Might Be Headed. 7 avril. https://quincyinst.org/research/iran-war-costs-what-we-know-and-where-we-might-be-headed/ et Kime, Patricia. 2026. ‘Trump’s VA Budget Request Tops $488 Billion for Fiscal 2027’. Defense News, 7 avril. https://www.defensenews.com/news/pentagon-congress/2026/04/07/trumps-va-budget-request-tops-488-billion-for-fiscal-2027/
- Commission européenne, Livre blanc sur la défense européenne et le plan ReArm Europe – Readiness 2030 https://defence-industry-space.ec.europa.eu/eu-defence-industry/white-paper-european-defence-readiness-2030_en
- https://www.sipri.org/media/press-release/2025/sipri-top-100-arms-producers-see-combined-revenues-surge-states-rush-modernize-and-expand-arsenals
- Defense News. 2026. ‘US Defense Stocks See No Iran War Lift after Early Surge’. Defense News, 2 avril. https://www.defensenews.com/news/your-military/2026/04/02/us-defense-stocks-see-no-iran-war-lift-after-early-surge/, Craig Coben. 2026. ‘European defence is so hot right now’. Alphaville. Financial Times, 29 janvier. https://www.ft.com/content/a6202c6d-6f67-4001-ab54-8858a78bbff9, et www.google.finance.com
- Defense News. 2026. ‘US Defense Stocks See No Iran War Lift after Early Surge’. Defense News, 2 avril. https://www.defensenews.com/news/your-military/2026/04/02/us-defense-stocks-see-no-iran-war-lift-after-early-surge/, Craig Coben. 2026. ‘European defence is so hot right now’. Alphaville. Financial Times, 29 janvier. https://www.ft.com/content/a6202c6d-6f67-4001-ab54-8858a78bbff9, et www.google.finance.com
- Valentina Romei. 2026. ‘European manufacturing misery? Some sectors have never had it so good’. Alphaville. Financial Times, 19 mars. https://www.ft.com/content/a892277b-e419-4543-bea8-04cfdd052856?syn-25a6b1a6=1
- Valentina Romei. 2026. ‘European manufacturing misery? Some sectors have never had it so good’. Financial Times, 19 mars. https://www.ft.com/content/a892277b-e419-4543-bea8-04cfdd052856?syn-25a6b1a6=1 ; Raphael Minder et Emily Herbert. 2026. ‘Shares in Czech ammunition group surge 31% on stock market debut’. Financial Times, 23 janvier. https://www.ft.com/content/9796dc0a-6d51-4ce4-b67a-0c63ca3adf8e?syn-25a6b1a6=1 ; Schmid Fred. 2024. ‘Die “Zeitenwende” und der Militär-Industrie-Komplexrt 140’. https://www.isw-muenchen.de/broschueren/reports/220-report-140
- Benjamin Pestieau et Max Vancauwenberge, 2025. Pourquoi militariser l’économie européenne ne va pas sauver notre industrie, magazine Lava, été. https://lavamedia.be/fr/pourquoi-militariser-leconomie-europeenne-ne-va-pas-sauver-notre-industrie/
- International Monetary Fund. ‘World Economic Outlook, April 2026: Global Economy in the Shadow of War’. n|f1;t|oc;https://www.imf.org/en/publications/weo/issues/2026/04/14/world-economic-outlook-april-2026
- https://www.demorgen.be/nieuws/theo-francken-de-derde-wereldoorlog-is-al-bezig-maar-trump-kan-hem-stoppen~bf62e14d/
- https://www.nato.int/en/news-and-events/events/transcripts/2025/01/13/remarks
- https://x.com/FranckenTheo/status/1911321660981969231
- Heirman, Mark. 1978. Wapens groeien niet aan bomen: ontwapenen om te overleven. Reinaert.