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Qui dit argent pour la guerre, dit aussi corruption et conflit d'intérêts

À l’automne 2025, la VRT a enquêté sur des images, envoyées à la presse par le ministre de la Défense Theo Francken lui-même, présentées comme des drones survolant des sites stratégiques. Conclusion : aucune preuve ne confirme qu’il s’agissait de drones, encore moins de drones russes. Il s'agissait en réalité d'un hélicoptère de police. Un contrat de plusieurs millions a pourtant été attribué à des chefs d'entreprise proches du ministre Francken suite à la panique qu'avaient suscité ces images. Cette affaire n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une tendance plus générale où l'interaction entre la politique, les hauts responsables de l'armée et l'industrie de l'armement débouche rapidement sur un conflit d'intérêts.

Mardi 2 juin 2026

Er liggen eurobiljetten, stapels munten en een plastieken miniatuurtank en -gevechtsvliegtuig op tafel.

Dans un article publié dans Humo, l'expert Andrew Feinstein cite une étude qui montre que « le commerce international des armes est responsable de 40 % de la corruption dans le monde ». D’après le ministère étasunien des Finances, ce chiffre serait même sous-estimé : « Leur étude établit un lien entre pas moins de 53 % de tous les cas de corruption dans le monde et l'industrie de l'armement. »

Alors que les pays européens s'arment à un rythme effréné et débloquent des milliards pour leurs dépenses militaires, les marchands d'armes flairent l'argent. Ils voient en Theo Francken un allié. En tant que ministre de la Défense, il est également chargé du Commerce extérieur. « Il ne constitue pas une exception : on voit ce lien entre la défense et le commerce un peu partout », explique Andrew Feinstein. « Dans un monde où la grande majorité des pays occidentaux estime qu’un réarmement est inévitable, cette connexion est effrayante. »

Il suffit de considérer quelques-uns des scandales récents liés à des achats militaires pour comprendre que cet avertissement doit être pris au sérieux. Sans contrôle démocratique ni séparation claire entre les intérêts politiques et économiques, les détournements de fonds publics dans le cadre des contrats de défense ne feront que s'intensifier.

Affaire n° 1. De négociateur de l’armée à lobbyiste de l'industrie de l'armement : véhicules blindés et portes tournantes politiques

En 2018, le gouvernement belge, sous la houlette de Steven Vandeput (N-VA), alors ministre de la Défense, a commandé 442 véhicules blindés en France : 382 Griffons et 60 Jaguars. Le prix initial s'élevait à 1,58 milliard d'euros. Quelques années plus tard, la Cour des comptes a estimé que ce montant pourrait atteindre 14,7 milliards d'euros, soit près de dix fois plus que prévu. Pourtant, Theo Francken souhaite acquérir prochainement 1 000 à 1 500 véhicules blindés supplémentaires.

Le média d'investigation indépendant Apache a qualifié ce dossier de « chronique annoncée de la politique de la porte tournante entre l'armée et l'industrie de la défense ». Le lieutenant-colonel Pascal Acket, alors en fonction, avait négocié le contrat au nom du ministère belge de la Défense. Il est ensuite devenu président de l’organisme de coordination de l'industrie de la défense Belgian Security & Defense Industry et a fondé Rover Consultants. En tant que consultant, il aide désormais des entreprises à décrocher des contrats d'armement qu'il avait négociés pour le compte du ministère de la Défense. C'est un exemple typique de la politique de la porte tournante entre les secteurs public et privé.

Affaire n° 2. Des milliards pour un constructeur naval suspect

La liste de courses de Theo Francken comprend également une troisième frégate. Coût : 1,27 milliard d'euros. Un tel navire de guerre n'est pas destiné à la défense des côtes belges, mais à des missions militaires dans des eaux lointaines, par exemple en mer Rouge. En 2018, la Belgique avait déjà commandé deux frégates au constructeur naval néerlandais Damen Shipyards, mais la construction et la livraison de ces navires de guerre ont pris plusieurs années de retard.

Aujourd’hui, un procès est en cours aux Pays-Bas contre cette entreprise, qui est notamment accusée de faux en écriture, blanchiment d'argent et corruption. Damen Shipyards aurait versé des pots-de-vin à des intermédiaires afin de corrompre des fonctionnaires chargés de statuer sur des contrats de défense.

En Roumanie aussi, le constructeur naval est sous le feu des accusations. L'État roumain accuse Damen Shipyards d'avoir détourné illégalement 55 millions d'euros d'une entreprise publique roumaine vers ses propres filiales. En conséquence, un chantier naval roumain aurait fait faillite et des milliers d'ouvriers se seraient retrouvés au chômage technique.

Affaire n° 3. L’Otan n’est pas épargnée

En octobre 2025, plusieurs médias, dont Knack et Le Soir, ont révélé que plusieurs enquêtes pour corruption étaient en cours concernant l'Agence Otan de soutien et d'acquisition (NSPA), le service d'achat commun des États membres de l'Otan. En 2025, cette agence gérait des contrats d'une valeur d'environ 10 milliards d'euros.

Un ancien employé de la NSPA aurait créé une société de consultance après son départ et transmis des informations confidentielles à des entreprises d'armement qui souhaitaient décrocher des contrats de l'Otan. Deux autres enquêtes visant des employés du service des achats ont été soudainement suspendues par le ministère étasunien de la Justice à l'été 2025. Selon plusieurs sources, des ingérences politiques auraient joué un rôle dans cette affaire.

« Nous allons dépenser des milliards en bombes et en grenades. Il est donc essentiel que l'argent des contribuables soit dépensé à bon escient. Si l'agence centrale de l'Otan chargée de tous ces achats se retrouve au cœur de la tempête, c'est particulièrement fâcheux pour l'Otan », déclare le journaliste d'investigation Kristof Clerix, qui a participé à l'enquête.

Les gagnants de la course à l'armement

Selon le rédacteur en chef de l’hebdomadaire flamand Knack, nous devons également rester vigilants en Belgique, maintenant que le ministre Theo Francken est autorisé à dépenser tout cet argent : « Pour les dix prochaines années, on parle d'un chèque en blanc d'un montant de pas moins de 139 milliards d'euros, dont 34 milliards sont destinés à de nouvelles acquisitions. Cela signifie que nous voulons dépenser énormément d'argent à très court terme. Si les contrôles ne sont pas efficaces, ça va forcément mal tourner. »

Au sein de l'Otan, en Belgique, aux Pays-Bas ou en France, le même problème se pose invariablement. Qu'il s'agisse de drones, de véhicules blindés ou de frégates, partout, les pouvoirs publics, l'armée et les entreprises du secteur de la défense sont de plus en plus étroitement liés. Certains chefs d'entreprise entretiennent des relations personnelles avec des responsables politiques. D'autres paient pour obtenir des connaissances internes ou des informations confidentielles, parfois même au moyen de pots-de-vin.

Trop souvent, cet entre-soi mène à des coûts exorbitants qui sont financés par l'argent des contribuables. C'est surtout un petit cercle de consultants et d'actionnaires qui en profite. Pour le reste de la société, cette nouvelle course à l’armement n'augure rien de bon.

Un système qui détourne des milliards destinés à la sécurité sociale, aux pensions et aux services publics pour les faire atterrir dans les poches des fabricants d'armes n'a pas d'avenir. 

Alors rejoignez-nous le 14 juin dans les rues de Bruxelles pour la manifestation européenne « Welfare not Warfare / Pour la justice sociale, pas la guerre ».

Nous ne paierons pas le prix de leurs guerres

Le 14 juin, on marche contre la guerre et pour la justice sociale

Nous ne paierons pas le prix de leurs guerres. Le dimanche 14 juin a lieu la marche européenne « Welfare, not warfare » : pour la justice sociale, pas la guerre.

On y va ensemble ?

Nous organisons des départs collectifs en train ou en car à travers le pays. Check les départs près de chez toi.