Pour la paix au Moyen-Orient : la voie de la diplomatie au lieu de la soumission aux États-Unis
Les pays européens, à l’exception de l’Espagne, sont complices de la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Ils ne condamnent pas cette guerre illégale, permettent l’utilisation des bases militaires sur le sol européen et autorisent l’utilisation de leur espace aérien pour celle-ci. Tout cela prolonge la guerre. Au contraire, pour arriver à la paix au Moyen-Orient, trois étapes sont indispensables : la condamnation totale de cette guerre, la fin de toute complicité avec les États-Unis et une offensive diplomatique, aux côtés de pays du Sud global, pour arriver à un cessez-le-feu.
1. L’Europe et la Belgique doivent condamner cette guerre illégale
Ce 1er avril, Donald Trump a déclaré que l’Iran sera frappé « extrêmement durement » pendant deux à trois semaines, pour « les ramener à l'âge de pierre auquel ils appartiennent ».1 Les États-Unis accroissent leur présence terrestre en Asie occidentale en déployant des milliers de marines supplémentaires. La région compte déjà environ 50 000 soldats américains répartis sur diverses bases dans les monarchies du Golfe et d’autres pays. L’option d’une invasion terrestre de l’Iran est ouvertement envisagée.
Quoi qu’on pense du régime iranien, la méfiance de l’Iran envers des négociations menées par les États-Unis est compréhensible. Ces derniers ont déjà attaqué et tué des dirigeants iraniens en juin et en février derniers en plein processus de négociations.
Les buts de la guerre des États-Unis sont en constante évolution : la destruction du programme de bombes nucléaires (non prouvé), le renversement du régime, la destruction des capacités balistiques de l’Iran, la réouverture du détroit d’Ormuz qui était ouvert avant le déclenchement de la guerre...
Et pendant ce temps, l’Union européenne et les pays européens, à l’exception de l’Espagne, ne condamnent pas la guerre israélo-américaine et ne font rien pour l’arrêter.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, et la cheffe de la diplomatie Kaja Kallas condamnent les frappes iraniennes, sans même mentionner l’attaque américaine. Certes, certains dirigeants européens ont publiquement dénoncé les frappes américaines contre l'Iran. Mais aucun n’a demandé l’arrêt immédiat des frappes américaines et israéliennes. Seul l’Espagne, qui a condamné clairement la guerre illégale, est ainsi considéré par l’Iran comme pays non hostile dans le conflit.
La première étape pour contribuer à la paix est de rejoindre les pays qui ont condamné cette guerre et ainsi isoler les États-Unis et Israël.
2. Pas de complicité de l’Europe dans cette guerre : interdiction de l’espace aérien aux bombardiers états-uniens et arrêt de l’utilisation de bases militaires en Europe pour la guerre
Pire, les pays européens soutiennent la guerre de Trump et Netanyahou dans la pratique.
Des bases militaires en Europe facilitent, en coulisses, l'une des opérations les plus complexes sur le plan logistique auxquelles l'armée américaine ait participé depuis des décennies, comme le révèle le Wall Street Journal.2 Des bombardiers, des drones et des navires américains ont été ravitaillés en carburant, armés et déployés depuis des bases situées au Royaume-Uni, en Allemagne, au Portugal, en Italie, en France et en Grèce.
La base aérienne américaine de Ramstein est la plaque tournante essentielle de l’ensemble de l’opération au Moyen-Orient, nœud central pour le commandement, les communications et la transmission de données (en particulier pour les opérations de drones et la coordination des frappes à longue portée). La base assure un pont aérien constant entre les États-Unis, l’Europe et le Golfe, acheminant du personnel, des munitions et du matériel vers la région du Golfe.
Des bombardiers B-1 ont été photographiés en train de charger des munitions et du carburant à la base RAF Fairford au Royaume-Uni. La base aérienne d’Aviano, en Italie, accueille des avions ravitailleurs, facilitant ainsi les missions de bombardement à longue portée contre l’Iran, selon des responsables. La France a autorisé des avions ravitailleurs américains à être basés sur sa base aérienne d’Istres-Le Tubé. La Roumanie a accepté d’accueillir des moyens logistiques et de renseignement américains. La base britannique à Chypre a été utilisée pour des vols de renseignements au-dessus de Gaza, et pourrait maintenant aider les Israéliens dans la guerre du Liban.
Et en Belgique ? Interrogé par le député du PTB Nabil Boukili, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a défendu ce mercredi 1er avril l’utilisation de notre espace aérien par les États-Unis, « afin de ne pas contrarier nos alliés ». Le ministre de la Défense Theo Francken n’a pas pu exclure que du matériel militaire états-unien transite via notre pays vers la zone de guerre.
Le MR, la N-VA et les Engagés poussent dans l’Arizona pour l’envoi d’une aide militaire « défensive » dans les pays du Golfe. Or, envoyer des armes anti-drones et des chasseurs de mine voudraient dire s’engager dans la spirale de la guerre.
La Belgique, comme d’autres pays européens, devrait suivre l’exemple de l’Espagne et fermer son espace aérien aux avions américains et israéliens impliqués dans des attaques contre l’Iran. Elle ne devrait en aucun cas être impliquée dans cette guerre illégale : ni en envoyant des armes ou des troupes, ni en soutenant militairement ou logistiquement les États-Unis et Israël dans leurs attaques, ni en laissant transiter du matériel états-unien, ni en laissant utiliser des bases militaires sur notre territoire dans cette guerre.3
3. Le Sud global choisit la voie de la diplomatie, l’Europe doit suivre cet exemple
Aujourd’hui c’est d’abord le Sud global qui souffre de la guerre avec une grave crise économique (pénurie de carburants, baisse de pouvoir d‘achat...). C’est le Pakistan, l’Égypte et la Turquie qui ont pris l’initiative des pourparlers indirects entre Iran et États-Unis. Entretemps, aucune initiative européenne n’a été prise.
La Chine joue aussi un rôle très actif sur le plan diplomatique : elle entretient des bonnes relations avec l’Iran mais aussi les autres pays de l’Asie de l’Ouest comme le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats Arabes unis.4
Parmi les pays du Golfe, le Qatar défend la désescalade, partant de la réalité que le pays devra vivre avec l'Iran comme voisin. Il appelle à envisager différemment la sécurité collective dans la région. « L’Iran est là depuis des millénaires, a expliqué Majed Al Ansari, porte-parole du ministre qatari des Affaires étrangères. Personne ne partira. L’anéantissement total n’est pas une option. Nous vivrons côte à côte. Nous serons voisins et trouverons des moyens de coexister. »5. Même si les bombes iraniennes tombent sur le Qatar, les Qataris utilisent des mots qu’aucun dirigeant européen n’a utilisé sur l’Iran.
Ce mardi 31 mars, le Pakistan et la Chine ont lancé une initiative de paix en cinq points6 :
Cessation immédiate des hostilités pour empêcher l’extension du conflit. L’aide humanitaire doit être autorisée dans toutes les zones touchées par la guerre.
Début des négociations de paix dès que possible avec comme points de départ :
- la souveraineté, l’intégrité territoriale, l’indépendance nationale et la sécurité de l’Iran et des États du Golfe doivent être préservées ;- le dialogue et la diplomatie sont les seules options viables pour résoudre les conflits.
Sécurité des cibles non militaires avec appel aux parties au conflit à cesser immédiatement les attaques contre les civils et les cibles non militaires et à cesser de cibler les infrastructures essentielles, y compris les installations énergétiques, de dessalement, électriques.
Sécurité des voies maritimes avec appel à protéger la sécurité des navires et des équipages bloqués dans le détroit d’Ormuz.
Primauté de la Charte des Nations Unies avec appel à renforcer conjointement la primauté de l’ONU et soutenir la conclusion d’un accord visant à établir un cadre de paix global et à réaliser une paix durable, fondé sur les buts et principes de la Charte des Nations Unies et du droit international.
L’Union européenne devrait s’inspirer de ces prises de position du Sud global pour une offensive diplomatique indépendante s’affranchissant des États-Unis.
1 https://www.rtbf.be/article/direct-guerre-au-moyen-orient-donald-trump-tente-de-se-justifier-le-petrole-repart-a-la-hausse-11704090
2 https://www.wsj.com/world/europe/europe-is-quietly-playing-a-crucial-role-in-the-iran-war-aad34a00
3 En savoir plus : https://www.ptb.be/actualites/fermons-lespace-aerien-belge-aux-avions-militaires-participant-la-guerre-americano
4 https://www.globaltimes.cn/page/202603/1357421.shtml
5 https://x.com/AdameMedia/status/2036856358629175771?s=20
6 https://www.wsj.com/livecoverage/iran-war-news-updates/card/china-pakistan-propose-5-point-initiative-for-peace-call-for-immediate-halt-to-hostilities-AMxeSbOMSJ8jMwNNSwXM