Percée du parti d'extrême-droite AfD en Saxe-Anhalt : « C'est d’abord une lourde défaite pour les partis traditionnels »
Le parti d’extrême droite AfD réalise un score monstre dans le Land allemand de Saxe-Anhalt : plus de 44 %. Benjamin Pestieau, secrétaire général adjoint du PTB, réagit.
Texte de Benjamin Pestieau, secrétaire général adjoint du PTB
« Ce résultat est d’abord une lourde défaite pour les partis traditionnels. Le chancelier Friedrich Merz (CDU — l’équivalent des Engagés/CD&V en Belgique) est devenu encore plus impopulaire que son prédécesseur, le social-démocrate Olaf Scholz (SPD). À chaque apparition de Merz en campagne en Saxe-Anhalt, l’AfD semblait gagner quelques voix de plus.
Il faut dire que la politique menée ces dernières années par la CDU et le SPD a été désastreuse pour les travailleurs et travailleuses, la jeunesse et l’ensemble des classes populaires.
L’industrie allemande traverse une crise profonde : des milliers d’emplois industriels disparaissent chaque mois. Les services publics sont à bout de souffle : réseau ferroviaire en crise permanente, écoles délabrées, accueil de l’enfance insuffisant, difficultés croissantes dans les soins de santé. Le pouvoir d’achat de la classe travailleuse recule. Et dans les Länder plus pauvres, comme la Saxe-Anhalt, cette crise frappe encore plus durement. 89 % des électeurs de l’AfD en Saxe-Anhalt disent craindre que les prix augmentent au point de ne plus pouvoir payer leurs factures.
Et que font la CDU et le SPD face à cette situation ?
Au lieu d’investir massivement dans des services publics solides, dans la recherche et l’innovation, dans les soins ou dans le pouvoir d’achat, ils préparent le pays à la guerre et engloutissent des milliards supplémentaires dans la militarisation. Les actionnaires de Rheinmetall, le géant allemand de l’armement, s’enrichissent à une vitesse folle tandis qu’on prépare de nouvelles économies dans la sécurité sociale. Friedrich Merz a même remis sur la table l’idée de travailler jusqu’à 70 ans.
C’est dans ce contexte que l’AfD réalise aujourd’hui un score historique.
D'abord parce que les partis traditionnels n'offrent aucune issue à la crise. Ensuite parce que l'AfD a trouvé de nouveaux soutiens dans une partie du patronat allemand, qui y voit un allié pour baisser les impôts des ultra riches et pour casser encore plus vite les droits sociaux et la résistance sociale. Résultat : l'AfD est partout dans les médias. Depuis des mois, elle occupe l'essentiel du débat public. Die Linke, pourtant troisième force dans les sondages avant le scrutin, reste largement dans l'angle mort médiatique.
Mais l’AfD n’est pas une alternative sociale.
C’est un parti qui s’est opposé à l’augmentation du salaire minimum, qui veut affaiblir les syndicats dans les entreprises et limiter le droit de grève. Un parti qui veut davantage d’avantages fiscaux pour les super-riches et les grandes entreprises tout en poursuivant les économies dans la sécurité sociale.
C’est aussi un parti dont des dirigeants veulent que les Allemands « se libèrent d’un complexe de culpabilité lié à l’Holocauste », qui défend la séparation à l’école des enfants en situation de handicap ou issus de familles réfugiées, qui veut combattre l’enseignement antiraciste et arrêter les investissements dans les énergies renouvelables au nom de la lutte contre une prétendue « idéologie climatique mondialiste ».
Face aux politiques antisociales, antidémocratiques et militaristes des partis traditionnels, comme face au projet d’extrême droite de l’AfD, nous devons construire une véritable alternative de rupture.
Le statu quo, le train-train et les privilèges des partis traditionnels, le retour aux vieilles recettes politiques : tout cela ne peut pas constituer une réponse.
Mais l’Allemagne est aussi une source d’espoir.
Il y a ces écoliers et ces jeunes qui manifestent et font grève contre la militarisation parce qu’ils refusent l’avenir fait de guerre qu’on leur propose. Il y a les organisations syndicales qui se battent pour des augmentations de salaire, de bonnes conditions de travail et la défense de la sécurité sociale. Et il y a une gauche radicale, avec Die Linke, qui inspire de plus en plus de jeunes à travers le pays.
En Saxe-Anhalt, un jeune sur cinq a voté pour Die Linke. À Berlin, des élections auront lieu dans deux semaines et Die Linke est en tête dans les sondages.
Partout en Europe, des forces comme le PTB portent cette alternative de rupture. Elle peut et elle doit grandir.
Dans les urnes, bien sûr. Mais encore davantage là où se construit réellement le rapport de force : dans les entreprises, dans les écoles, dans les quartiers et dans les communes. »