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Pas touche à notre système de santé : 6 raisons pour lesquelles les coupes de l’Arizona sont une mauvaise idée

Après la crise du covid, on entendait partout la même promesse : nous ne ferons plus jamais d'économies sur notre système de santé. Tout le monde a pu constater de ses propres yeux à quel point l'accès aux soins était important. Six ans plus tard, cette promesse semble déjà être passée à la trappe et le gouvernement prévoit de lourdes coupes dans la santé. Pourquoi c’est une mauvaise idée et quelles sont les alternatives ?

Jeudi 8 octobre 2026

Un médecin de Médecine Pour le Peuple en consultation avec une patiente

par Marthe Eckeman

Dans sa quête de 10 milliards d'euros d'économies supplémentaires, le gouvernement Arizona n'hésite pas à prévoir des coupes dans le secteur de la santé. Quand c'est d'austérité qu'il s'agit, les idées ne manquent pas : 

  • multiplication par deux du ticket modérateur (la part que vous payez de votre poche chez le médecin généraliste)
  • réduction du nombre de personnes bénéficiant d'une intervention majorée, laquelle permet de consulter un médecin à moindre coût ;
  • mise en place, dans le secteur de la santé, d'une franchise, comme ce qui se fait dans le secteur de l’assurance automobile. Vous devrez dès lors prendre en charge vous-même les premières centaines d'euros de frais de santé
  • réduire encore plus la norme de croissance. C’est le pourcentage d'augmentation du budget des soins de santé autorisé annuellement hors index. Les besoins en soins augmentent, mais comme la norme de croissance est trop faible, les moyens disponibles sont insuffisants d’année en année. Une nouvelle réduction ne ferait qu’accentuer l’écart entre l’augmentation des besoins en soins et le budget disponible. 

Nous constatons un fil conducteur commun à toutes ces propositions : une attaque contre les travailleurs et travailleuses et les personnes malades, ainsi qu’une menace pour l’accessibilité de nos soins de santé.

Six raisons pour lesquelles les économies proposées par l'Arizona sont une mauvaise idée

1. Parce qu'en Belgique, nous payons déjà beaucoup pour les soins de santé

Avant même d'entrer chez le médecin, nous avons déjà payé nos soins. Et ce, par le biais de la sécurité sociale. Nous y contribuons toutes et tous via des cotisations sociales prélevées sur notre salaire. 

Mais en plus, en Belgique, nous payons également une grande partie des soins directement de notre poche. Il suffit de jeter un coup d’œil au graphique ci-dessous. Nous prenons en charge pas moins de 26,4 % de l'ensemble des frais de santé (SPF Sécurité sociale, 2026), par le biais de contributions personnelles et d'assurances facultatives telles que les assurances hospitalisation. Ce pourcentage est supérieur à la moyenne européenne (19,5 %) et bien plus élevé que ce que paient les patients dans nos pays voisins. En Allemagne, les patients prennent en charge 14,1 % des frais de leur poche. En France, ce chiffre atteint 15,6 %. 

Cela s'explique avant tout par le fait que de nombreux soins ne sont pas pris en charge par l'assurance maladie obligatoire. Lunettes, appareil dentaire ou prothèse auditive : vous les payez de votre poche. 

De plus, vous devez vous acquitter d'une quote-part ou « ticket modérateur » auprès de votre médecin, sans compter que certains médecins demandent des suppléments d'honoraires. Ces suppléments coûtent vite très cher. Ainsi, l'Agence InterMutualiste a recensé, en 2024, 100 000 séjours hospitaliers pour lesquels le patient a déboursé plus de 3 000 euros (AIM, 2026). Du fait que les coûts sont si élevés, de plus en plus de personnes souscrivent une assurance hospitalisation coûteuse. 

Il existe des mécanismes de protection contre les coûts élevés, mais ils sont insuffisants. Il existe par exemple un dispositif nommé « maximum à facturer » (MàF) : dès que vous avez payé un certain montant de tickets modérateurs, votre mutualité vous rembourse automatiquement tous les tickets modérateurs supplémentaires. 

Mais que peut-on constater ? Sur les 2,3 milliards d'euros que les patients ont déboursé pour des tickets modérateurs en 2024, seuls 340 millions d'euros ont été couverts par le maximum à facturer (INAMI, 2026). De plus, le MàF ne couvre pas les suppléments d'honoraires, alors que ceux-ci pèsent lourdement dans le montant total facturé au patient. 

L'augmentation du ticket modérateur obligera les gens à contribuer encore plus qu'aujourd'hui. Cela sape le principe sur lequel repose notre sécurité sociale, qui garantit que nous contribuons en fonction de nos moyens et que nous recevons en fonction de nos besoins. D’un ministre socialiste, nous attendons qu’il protège en toutes circonstances les principes de notre sécurité sociale et l’accessibilité des soins de santé, plutôt que de les attaquer.

2. Rendre les soins de santé plus coûteux revient à long terme plus cher à la société

Quand on augmente le coût des soins, les patients reportent leur consultation. Les petits maux s'aggravent alors et les gens se retrouvent à l'hôpital ou aux urgences pour y subir des traitements plus coûteux. C'est mauvais pour la santé, mais aussi pour le budget. C'est également ce qu'a relevé l'INAMI lui-même dans un rapport (INAMI, 2026). À long terme, une augmentation du ticket modérateur ne permet de réaliser aucune économie. 

Ce constat avait déjà été fait lorsque le gouvernement Arizona avait augmenté le prix de certains médicaments, notamment les statines, les antiacides et les médicaments contre le diabète. Les cardiologues ont tiré la sonnette d'alarme et ont averti, dans une lettre ouverte, que cela pourrait entraîner des dépenses importantes, des hospitalisations et une augmentation du nombre de malades chroniques (Lettre ouverte, 2025).

3. On n’est pas tous égaux face à la maladie 

Les ouvriers sont presque deux fois plus souvent malades que les employés (sdworx). Le diabète est deux fois plus fréquent dans les quartiers les plus pauvres (CM, 2026). Une personne titulaire d’un diplôme vit de 10 à 13,5 ans de plus en bonne santé qu’une personne sans diplôme (Sciensano, 2022).

La maladie ne nous touche pas tous de la même manière. Il n'est donc pas juste d'aggraver encore cette inégalité en pénalisant financièrement les patients malades. Répercuter les coûts des soins sur les patients va à l'encontre du principe même de la sécurité sociale. Celle-ci se fonde sur la solidarité : les jeunes aident les personnes âgées, les gens en bonne santé aident les malades. En augmentant le ticket modérateur, on répercute les coûts sur les malades. Ce n'est pas juste. Être malade, c'est déjà assez pénible comme ça. 

4. Personne ne va chez le médecin pour le plaisir

En augmentant le ticket modérateur, on augmente le seuil d’accès aux soins. Ce sont surtout les personnes qui connaissent déjà des difficultés financières qui auront plus tendance à reporter une consultation chez le médecin. En Flandre, 26 % de la population a reporté des soins de santé l’année passée parce qu'elle n'en avait pas les moyens (Solidaris, 2024). En Wallonie, ce chiffre atteint même 41 % ( Solidaris, 2024). Ce que les partis de l'Arizona se gardent toutefois de mentionner, c'est que la sous-consommation de soins constitue déjà aujourd'hui un problème majeur. 

Rendre les soins plus coûteux pour le patient ne résoudra pas le problème de la surconsommation. Le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) est très clair à ce sujet : « Les frais à charge de l’utilisateur ne sont pas un bon instrument pour inciter les gens à utiliser les ressources plus efficacement et peuvent avoir des effets négatifs sur l’équité et l’efficience. » 

D'ailleurs, nous savons ce qui fonctionne vraiment. Des études montrent que les centres médicaux de quartier, comme ceux de Médecine Pour le Peuple, contribuent à réduire les inégalités d'accès aux soins (CM, 2026). Les patients peuvent en effet s'y rendre gratuitement. 

5. Notre système de santé n'est pas plus coûteux que celui des pays voisins

Actuellement, environ 45 milliards d'euros sont consacrés chaque année aux soins de santé. C'est avec cet argent que nous payons nos médecins, nos infirmiers, une séance chez le kinésithérapeute ou une visite médicale. Chaque année, ce budget augmente de quelques points de pourcentage hors index, sous l'effet de ce que l'on nomme la norme de croissance. Qui est d'ailleurs nécessaire, car en raison du vieillissement de la population, nous avons besoin de davantage de soins.

En 2024, 11 % de notre PIB était consacré aux soins de santé (OCDE, 2025). La France (11,5 %) et l'Allemagne (12,3 %) consacrent une part plus importante de leur économie aux soins de santé. Aux États-Unis, où les gens doivent se tourner vers des assureurs privés et des organisations caritatives, ce chiffre atteint tout de même 17,2 % du PIB. Et pourtant, beaucoup de personnes n'y reçoivent pas les soins dont elles ont besoin.

6. Notre personnel soignant a un besoin urgent d'investissements

Aujourd’hui, le personnel des soins est à bout. La profession est en sous-effectif, la charge de travail augmente et on exige de plus en plus de flexibilité de la part de celles et ceux qui restent en poste. Une récente enquête de l'ACV-Puls révèle qu'un professionnel de la santé sur trois effectue des heures supplémentaires de façon hebdomadaire. 

Le gouvernement doit investir dès maintenant dans des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail, par le biais d'un véritable accord social. Cet accord a été promis au personnel soignant, mais il ne sera mis en place qu'en 2028, et son budget reste incertain. Par-dessus le marché, le gouvernement prévoit de financer une partie du budget par le biais d'une augmentation de la contribution personnelle des patients lors de leurs visites chez le médecin. C’est du jamais vu.

Si le gouvernement réduit les dépenses dans le secteur de la santé, le personnel des soins en ressentira immédiatement les conséquences. Ils devront faire encore plus avec moins. Et il ne restera guère de budget pour l'accord social. Les professionnels de la santé entendent de belles paroles sur la reconnaissance de leur travail, mais ils ne reçoivent aucun investissement concret susceptible d'alléger leur charge de travail et d'améliorer leurs conditions de travail.

Trois alternatives

Les coupes budgétaires de l'Arizona dans le secteur de la santé sont une attaque contre nos soins de santé et notre sécurité sociale. Elles vont nous coûter très cher à toutes et à tous. Alors comment pouvons-nous mieux organiser les soins de santé ? Le PTB propose trois alternatives : 

1/ Payer un prix juste pour les médicaments

Les dépenses annuelles de l'assurance maladie en matière de médicaments connaissent une hausse vertigineuse. En 2014, l'assurance maladie a dépensé un peu plus de 4 milliards d'euros en médicaments. En 2025, ces dépenses brutes s'élevaient déjà à 8,9 milliards d'euros. Et selon les projections du Bureau du plan, elles s'élèveront à 14,4 milliards d'euros en 2035 (Bureau fédéral du plan, 2026). 

Ce sont surtout les médicaments innovants qui font grimper les dépenses. Les laboratoires pharmaceutiques fixent souvent le prix le plus élevé possible pour ces médicaments, car ils savent que nous sommes prêts à dépenser sans compter pour notre santé. Selon une étude de Public Eye, les marges bénéficiaires sur certains médicaments contre le cancer peuvent atteindre pas moins de 40 % à 90 % ! 

Nous devons nous attaquer à cette surenchère sur les prix. C'est possible grâce au calculateur de prix juste, qui permet de fixer le prix en fonction des coûts réels et d'une marge bénéficiaire juste. Selon Solidaris, cela permettrait de dégager 1 milliard d'euros chaque année. De l'argent qu'il vaut mieux investir dans des soins accessibles plutôt que de le laisser partir vers les actionnaires.

2/ En finir avec le système de rémunération à la prestation 

Aujourd'hui, les médecins sont rémunérés en fonction des prestations qu'ils fournissent, et nos hôpitaux sont profondément dans le rouge. Il en résulte une pression constante pour multiplier les examens, les consultations et les interventions chirurgicales. On décourage le fait de prendre du temps pour son patient. Il faut également se demander si un examen ou une opération est vraiment nécessaire. Cela conduit à une surconsommation. 

Il faut mettre fin au système de rémunération à la prestation. Pour un financement plus global des hôpitaux et du travail des médecins, il existe d'autres solutions : dans les hôpitaux universitaires, par exemple, un système de salaire fixe est en place. Faisons-en une règle. 

3/ Investir dans la prévention 

Alors que d'autres pays consacrent en moyenne 3,4 % de leur budget de santé à la prévention, ce chiffre atteint seulement 1,8 % en Belgique (OCDE, 2025). Pourtant, nous savons que la prévention porte ses fruits : des études internationales estiment que chaque euro investi dans la prévention est rentabilisé jusqu’à 14 fois (De Tijd, 2025). 

Nous devons investir dans la prévention et rapprocher les soins de la population. Cela passe également par le développement d'un système de soins de première ligne solide, dans lequel les professionnels de santé se concentrent non seulement sur la guérison, mais aussi sur la prévention des maladies. Il est également possible d'investir dans la prévention par le biais de centres de prévention locaux, où les professionnels de la santé connaissent bien le quartier et peuvent détecter et traiter les problèmes à un stade précoce.