Nous ne laissons pas tomber la Palestine
Les dirigeants politiques européens ne demanderaient sans doute pas mieux que nous nous taisions sur la Palestine, mais la situation sur place ne nous laisse pas le choix : nous devons continuer à réclamer une action.
Vous l'avez peut-être remarqué aussi pendant ces vacances : le monde ne laisse pas tomber la Palestine. En reprenant le travail après le congé, une collègue raconte avoir croisé, en haute montagne, un randonneur portant un keffieh palestinien. Quelqu'un d'autre a parlé des drapeaux palestiniens dans les quartiers populaires de Rome. Une autre collègue est quant à elle tombée, dans un tout petit village, sur une collecte de fonds pour Gaza.
Les dirigeants politiques européens ne demanderaient sans doute pas mieux que nous nous taisions sur la Palestine, mais la situation sur place ne nous laisse pas le choix : nous devons continuer à réclamer une action.
À Gaza, l'armée d'occupation israélienne a continué à repousser la population sur environ un tiers du territoire. La chaleur estivale a rendu invivables les vastes camps de tentes et les quartiers surpeuplés. La situation sanitaire est catastrophique.
La situation humanitaire se dégrade à vue d'œil. La moitié de la population dépend de l'aide alimentaire. Pour préparer à manger, trois quarts des ménages doivent brûler des déchets. Un ménage sur cinq ne prend qu'un seul repas par jour. Résultat : la malnutrition augmente. Un enfant sur huit de moins de six ans souffre d'un retard de croissance, symptôme d'une malnutrition prolongée qui entraîne souvent des problèmes de santé irréversibles plus tard dans la vie.
Un plan de paix qui n'en est pas un
Que reste-t-il alors du soi-disant plan de paix de Trump ? Vous vous souvenez, ce fameux « Board of Peace », le « Conseil de la paix », censé apporter la paix à Gaza et transformer la région en un paradis méditerranéen ?
On n'en voit pas la moindre trace. Cela n'a rien d'étonnant, car le président américain Trump et le premier ministre israélien Netanyahou n'en ont rien à faire de la paix. Encore moins du bien-être des Palestiniens. De plus : Israël ne se soucie pas des accords internationaux et peut compter sur le soutien des États-Unis et de l'Europe pour cela.
Cela s'est encore vérifié le mois dernier, lorsque Trump a annoncé que le Hamas acceptait un plan de désarmement. Grâce à la médiation des pays arabes, le « Board of Peace » de Trump et le Hamas se sont effectivement mis d'accord sur un nouveau plan en 15 points, dans lequel le mouvement de résistance faisait d'importantes concessions.
Un problème toutefois : Israël n'en veut pas. Il a continué à bombarder Gaza. Entre-temps, Netanyahou a fait savoir qu'ils ne respecteraient pas le plan. Pour Trump, cela ne change rien. Il a eu son petit moment dans la presse mondiale. Et à Gaza même, c'est toujours l'enfer sur terre.
Trump et Netanyahou isolés
Cette nouvelle trahison envers les Palestiniens n'est cependant pas sans conséquences. Dans un entretien récent avec la radiotélévision publique allemande, le Dr Mustafa Barghouti explique que cela met aussi Trump dans une position délicate. « La question est maintenant de savoir ce que Trump va faire, déclare le dirigeant politique de gauche palestinien, car Netanyahou tourne en fait le dos à Trump et à tous les pays qui ont soutenu ce processus. » Trump devrait maintenant réprimander Netanyahou pour préserver sa crédibilité. Le Dr Barghouti ne pense cependant pas que cela se produira, ce qui ne fera qu'entamer davantage la réputation de Trump.
En raison de ce qui se passe en Palestine, mais aussi des guerres au Liban, en Syrie et en Iran, Trump et Netanyahou se retrouvent de plus en plus isolés. Les pays arabes perdent patience avec eux. Les États-Unis et Israël se montrent imprévisibles et surtout peu fiables. Peuvent-ils encore compter sur eux pour leur sécurité ?
Certains pays de la région explorent prudemment d'autres modèles de sécurité. La surprise a été grande lorsque la Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan ont conclu, au début de ce mois, un pacte militaire. Le pays disposant de la deuxième plus grande armée de l'Otan, une puissance pétrolière et une puissance nucléaire qui s'associent en matière de politique de sécurité, ce n'est pas rien. Reste à voir la solidité de cet accord, mais cela montre que toute la région est en mouvement et que Trump et Netanyahou ne contrôlent pas tout.
Des amendes communales, mais pas de sanctions
En Cisjordanie également, autre partie de la Palestine occupée, la situation continue de se dégrader. Selon les Nations Unies, le nombre d'attaques contre des Palestiniens par des colons israéliens atteint des niveaux inédits. Encouragés par des dirigeants politiques israéliens qui multiplient les colonies illégales, en moyenne 190 attaques sont menées chaque mois par des colons. Depuis le début de l'année, au moins 77 Palestiniens ont été tués, dont 18 enfants.
Et cela s'ajoute à la violence israélienne à Gaza. L'UNICEF a annoncé début août qu'Israël y avait tué un enfant chaque jour depuis le début du cessez-le-feu en octobre dernier. Tuer un enfant chaque jour pendant un cessez-le-feu ? On s'attendrait à ce que nos dirigeants politiques crient au scandale !
Il n'en est rien. À Anvers, la municipalité inflige des amendes SAC (sanctions administratives communales) aux manifestants contre le génocide. Et près d'un an après que notre gouvernement a annoncé une interdiction d'importation pour les produits issus des territoires palestiniens occupés... notre gouvernement a de nouveau annoncé cette même interdiction d'importation pour les produits issus de (certains) territoires palestiniens occupés. Il est déjà clair que cela ne mènera à rien. Notre gouvernement fait tout pour empêcher des sanctions contre Israël.
Un combat à volet local et international
Ainsi, nous n'avancerons évidemment pas. Au contraire, c'est le monde à l'envers. Nos dirigeants politiques refusent de mettre le moindre bâton dans les roues d'Israël, mais s'en prennent à nous, qui voulons arrêter l'horreur. Nous ne laisserons pas faire cela.
Malgré tout, le Dr Mustafa Barghouti se montre plein d'espoir. « On peut vraiment parler d'une troisième intifada », a-t-il déclaré dans un entretien, « et je l'appellerais l'Intifada Sumud. » Il fait ainsi référence aux deux précédentes « intifadas », ou soulèvements, qui ont uni la société palestinienne dans la résistance à l'occupation à la fin du siècle dernier et dans les premières années de celui-ci. Par le mot « sumud » (persévérance), il souhaite quant à lui souligner l'importance de la patience et de la résilience. Selon le Dr Barghouti, le peuple palestinien est déterminé à ne pas se laisser chasser, ni de Gaza, ni de Jérusalem, ni de Cisjordanie, ni des territoires qui constituent aujourd'hui Israël.
Bien que l'essence de ce soulèvement réside dans la résistance des Palestiniens sur leur propre terre, le Dr Barghouti voit converger deux éléments importants dans cette lutte : « D'une part, la persévérance des gens sur le terrain, et d'autre part, la campagne mondiale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions. »