Marc Botenga : « Le peuple iranien doit avoir le droit de déterminer son propre avenir »
Depuis plusieurs semaines, l’Iran est traversé par une vague de manifestations. Face à la mobilisation, le gouvernement répond par le black-out d’internet et la répression. Selon Marc Botenga, ces protestations s’inscrivent dans une histoire plus longue de luttes sociales et politiques menées par le peuple iranien : « Une histoire que certains, en Europe comme aux États-Unis ou en Israël, prétendent faussement soutenir tout en aggravant, par leurs sanctions et leurs ingérences, la situation économique et sociale, mais aussi politique, du pays. »
Texte de Marc Botenga, député européen du PTB.
Dans de nombreuses villes, des manifestants iraniens continuent à descendre dans la rue. Les manifestations ont d’abord commencé pour protester contre la hausse du coût de la vie. Le gouvernement iranien a coupé internet, ce qui fait craindre une répression très, très dure. Des images diffusées, y compris par la télévision iranienne, montrent de nombreux sacs mortuaires alignés de victimes. Ces images font froid dans le dos. Mais en même temps, les mobilisations des dernières années, comme celle en 2022 après la mort de la jeune femme Mahsa Amini, ont prouvé que les mobilisations sociales peuvent aboutir à des résultats et faire bouger les lignes en Iran.
Les manifestations expriment une énorme frustration. Elles ont commencé fin décembre à cause de l'effondrement de la monnaie iranienne vis-à-vis du dollar, catastrophique pour le pouvoir d’achat, et des tentatives de réformes du gouvernement touchant à certains droits acquis. Les critiques sur la gestion économique du gouvernement et de la corruption sont nombreuses, mais cet effondrement a aussi tout à voir avec les sanctions occidentales, encore renforcées l’année passée. Ces sanctions ont frappé de plein fouet l’économie iranienne : budget gouvernemental réduit, inflation de plus de 40 %, perte de pouvoir d’achat, difficulté à trouver des médicaments de base. Ce sont les Iraniens qui en paient le prix. En plus, les attaques israéliennes et américaines de l’année passée ont découragé encore plus l’investissement.
Si, comme en 2017 et en 2019, les revendications étaient d’abord économiques, sur cette colère socio-économique s’est rapidement greffée une profonde frustration politique : contre la répression, de nombreux Iraniens veulent avoir davantage leur mot à dire dans les affaires du pays. Les mouvements de protestation sont hétérogènes. Il y a d’abord des mouvements syndicaux, puis des jeunes et de simples citoyens qui, courageusement, exigent un avenir viable.
Les gouvernements européens ont une responsabilité directe dans la crise économique et sociale en Iran.
Député au parlement européen
Mais la prétendue solidarité européenne avec les manifestants est hypocrite. D'abord, ce sont les pays européens qui ont réintroduit une série de sanctions criminelles l'année passée. En d'autres mots, les gouvernements européens ont une responsabilité directe dans la crise économique et sociale en Iran. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, et celle du Parlement européen, Roberta Metsola, ont envoyé un message au peuple iranien prétendant que « l’Europe a toujours été à vos côtés ». C’est faux. Quand, l’année passée, des frappes israéliennes tuaient des familles et enfants iraniens innocents, l’Union européenne ne s’y est pas opposée. L’Europe n’a pas sanctionné Israël pour ces tueries, ni même condamné les frappes d’Israël.
Pire encore, différentes forces essaient de manipuler les manifestations dans leurs propres intérêts. Trump a même menacé de bombarder l’Iran. « On peut s’opposer à un gouvernement, et quand même savoir que bombarder son peuple n’amènera pas la démocratie », a rétorqué la professeure américaine d’origine iranienne Narges Bajoghly. De son côté, le Mossad, le service secret israélien, a tweeté en persan : « Sortez dans la rue ensemble. Le moment est venu. Nous sommes avec vous. » Le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a confirmé que des agents israéliens sont sur le terrain en Iran. L’ancien patron de la CIA, Mike Pompeo, a souhaité une « bonne année à tous les Iraniens dans les rues, et aussi à tous les agents du Mossad qui marchent à leurs côtés. »
Évidemment, ce n’est pas de la solidarité de leur part, mais une ingérence directe, visant à dévier la lutte. En Syrie, au Liban, en Irak et ailleurs dans la région, Israël et les États-Unis ont montré qu’ils ne veulent nullement promouvoir la démocratie ou les droits humains, mais juste semer le chaos, la guerre civile, et affaiblir ou détruire des pays. Évidemment, comme il essaie au Venezuela, Trump voudrait également mettre la main sur le pétrole iranien et éviter que l’Iran n’approfondisse ses liens avec les pays émergents (BRICS). Ce qui gène Trump et l’impérialisme, c’est la souveraineté économique, commerciale, diplomatique, financière du Sud Global.
À travers leur histoire, les Iraniens ont prouvé pouvoir mener eux-mêmes leurs luttes. Plein respect et pleine confiance à eux. Comme l’écrit le parti iranien de gauche Toudeh : « La seule issue viable passe par l'affirmation de l'autonomie du peuple et de son droit à déterminer son propre avenir. » Si les dirigeants européens veulent les aider dans leur quotidien, il faut lever les sanctions qui leur compliquent la vie au quotidien et qui n’ont fait qu’empirer la position de la société civile.