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L'ultimatum de Trump à Cuba : sans reddition, pas de carburant !

Le dernier décret de Trump est une intensification de la politique étasunienne qui dure depuis six décennies et qui vise à étouffer et à étrangler l'économie cubaine pour forcer un changement de régime. Une analyse de Manolo De Los Santos pour le média progressiste People's Dispatch.

Mercredi 4 février 2026

Le peuple cubain le 1er mai sur la place de la Révolution.

Le peuple cubain le 1er mai sur la place de la Révolution.

Photo : Miguel Díaz-Canel / X

Traduction d'un article paru sur le média Peoples's Dispatch le 2 février 2026.

Cuba se trouve au bord d'une grave pénurie de carburant, une crise susceptible de paralyser son économie et d'infliger des souffrances plus grandes et plus profondes à ses 11 millions d'habitants. Il ne s'agit pas d'un hasard géographique ou d'un défaut de planification. Il s'agit du résultat direct et calculé des actions du gouvernement des États-Unis, dont la plus récente est le blocus des carburants annoncé par le décret de l'administration Trump.

Ce décret impose des tarifs à tout pays vendant du pétrole à Cuba. Il fait suite à un autre décret adopté par Trump en avril 2019. Celui-ci avait alors activé le titre III de la loi Helms-Burton, lequel mettait en place une politique visant à menacer les expéditeurs et les assureurs de pays tiers de sanctions secondaires dévastatrices s'ils livraient du pétrole aux ports cubains.

Pour comprendre la gravité de ce moment, il faut rejeter le récit dominant qui présente la crise actuelle de Cuba comme la conséquence de sa propre intransigeance ou de ses choix politiques. Une évaluation honnête révèle que ce blocus des carburants est la dernière tactique en date déployée par la première puissance mondiale dans le cadre d'une guerre de siège économique de 65 ans contre une petite île qui a osé revendiquer sa souveraineté. L'intervention de Trump au Venezuela ne fait que confirmer que cette escalade pourrait être le dangereux précurseur d'une attaque militaire contre un autre pays indépendant d'Amérique latine.

Une crise made in USA

Le blocus n'a jamais été une simple rupture des liens entre les États-Unis et Cuba. Comme l'écrivait en 1975 l'écrivain colombien et prix Nobel Gabriel García Márquez, il s'agissait d'une « tentative féroce de génocide orchestrée par un pouvoir presque sans limites, dont les tentacules apparaissent dans toutes les parties du monde ». Cette logique d'anéantissement a été formulée très tôt par les responsables étasuniens eux-mêmes. Dans un mémorandum daté du 6 avril 1960, Lester Mallory, secrétaire d'État adjoint pour les affaires interaméricaines, conseillait froidement : « La majorité des Cubains soutiennent Castro... Le seul moyen prévisible d'aliéner le soutien interne est le désenchantement et la désaffection fondés sur l'insatisfaction et les difficultés économiques. » Dès le départ, le blocus a été conçu pour briser le moral et forcer la reddition. Une stratégie de terreur économique déguisée en politique.

Pourtant, la conclusion tirée par des experts de l'ensemble du spectre politique étasunien, qui prévaut dans les médias, suggère souvent que la crise de Cuba est auto-infligée. Selon eux, la crise disparaîtrait si La Havane adoptait des « réformes majeures », privatisait son économie et se soumettait à ce qu'elle appelle des élections « libres et équitables » selon les conditions étasuniennes. Cet argument implique une ignorance volontaire de l'histoire et une suspension de la réalité matérielle. Il imagine un univers parallèle dans lequel l'objectif stratégique du gouvernement étasunien, à savoir le renversement du gouvernement cubain et le rétablissement d'un régime néocolonial souple, s'évapore simplement par la négociation. L'histoire n'offre pas de telles fantasmes.

Depuis 1959, les États-Unis mènent une campagne acharnée pour briser Cuba. Celle-ci est documentée dans des milliers de pages déclassifiées. Cette campagne inclut l'invasion de la Baie des Cochons, des centaines de tentatives d’assassinat, dûment documentées, contre Fidel Castro et d'autres dirigeants cubains, la campagne de sabotage et de terrorisme de l'opération Mangouste, l'introduction d'agents pathogènes mortels qui ont décimé la population porcine de l'île et la guerre biologique qui a affligé son peuple de la dengue hémorragique en 1981, tuant 101 enfants. Comme l'a déclaré le président cubain Miguel Díaz-Canel devant les Nations unies : « Pendant plus de six décennies, nous avons été victimes d'un blocus économique, commercial et financier. Le système de sanctions unilatérales le plus injuste, le plus sévère et le plus long jamais appliqué à un pays. » Le blocus, dont le gouvernement cubain estime qu'il a coûté plus de 1 300 milliards de dollars et d'innombrables vies en raison des médicaments et des équipements qui leur ont été refusés, n'est pas une politique passive. Il s'agit, selon les termes de l'intellectuel cubain Fernando Martínez Heredia, d'une « forme de guerre permanente de basse intensité ».

Suite à la dissolution de l'Union soviétique en 1991, Washington a intensifié son assaut par le biais de la loi Torricelli (1992), de la loi Helms-Burton (1996) et d'une série de mesures annoncées par George W. Bush en 2004, qui ont toutes resserré l'étau autour de l'économie cubaine. Même pendant les périodes d'accalmie symbolique, comme sous Barack Obama, l'objectif sous-jacent est resté inchangé. L'action d’Obama, notamment sa visite à La Havane en 2016, a été perçue par certains comme une tentative de « changer » Cuba par le biais de contacts au niveau local. Pourtant, ironie du sort, de nombreux visiteurs étasuniens se rendant à Cuba en masse pour la première fois sont rentrés chez eux transformés, plaidant non pas pour un changement de régime, mais pour la fin du blocus et l'établissement de relations plus étroites.

Cette ouverture éphémère s'est rapidement inversée sous Donald Trump, qui a imposé 243 nouvelles sanctions contre Cuba, restreignant impitoyablement les envois de fonds, les voyages et les échanges. Sous Joe Biden, les sanctions ont été maintenues dans toute leur brutalité, perpétuant ce que García Márquez a décrit comme un état de siège permanent : « La menace d'invasions armées, le sabotage systématique, les provocations constantes étaient pour les Cubains une source de tension et une ponction sur l'énergie humaine bien plus grave que le blocus commercial ».

Le siège de Trump

Le blocus des carburants mis en place par l'administration Trump représente une escalade sans précédent de cette guerre. En tirant parti de la portée mondiale du système financier étasunien pour terroriser les pays tiers et les entreprises étrangères, les États-Unis ont effectivement militarisé le marché mondial contre un petit pays en développement. L'objectif est explicite : provoquer l'effondrement par une punition collective. Lorsque Trump a déclaré que les Cubains « viendraient probablement voir [les États-Unis] et voudraient conclure un accord », il a révélé l'illusion impériale fondamentale qui guide la politique étasunienne défaillante depuis plus de six décennies. C'est la croyance qu'une pression insupportable forcera à la reddition.

Cette politique est défendue par Marco Rubio et d'autres membres de la mafia cubaine réactionnaire de Miami, dont la vision de l'avenir de Cuba est inextricablement liée à un passé néocolonial. Ce passé est essentiel pour comprendre la confrontation actuelle. Le « projet MAGA », qui vise à faire reculer les droits sociaux et civils aux États-Unis, a un corollaire en matière de politique étrangère : le rétablissement de la domination néocoloniale étasunienne sur l'Amérique latine. Pour Cuba, cela signifie un retour à l'époque d'avant 1959, lorsque l'île était une enclave de la mafia étasunienne qui contrôlait les casinos et les réseaux de prostitution et des entreprises étasuniennes qui pillaient ses ressources naturelles sous un régime de ségrégation raciale, d'analphabétisme et d'immenses inégalités.

Le blocus des carburants est la plus forte expression de la guerre économique menée par les États-Unis contre Cuba, l'énergie étant l'élément vital de toute économie moderne. Sans carburant, les transports s'arrêtent, le bruit des générateurs s’éteint, la production agricole et la distribution cessent.

Comme l'a observé García Márquez lors de sa visite sur l'île, « une chose était irremplaçable dans cette situation : le pétrole ». Il a rappelé qu'à l'époque, les navires soviétiques parcouraient 12 000 kilomètres pour s'assurer que « l'activité à Cuba ne soit pas interrompue une seule minute ». Aujourd'hui, cette ligne de vie, qui dépendait fortement des importations de carburant en provenance de Russie, du Mexique et du Venezuela, est directement attaquée. Le 29 janvier 2026, le gouvernement Trump a transformé une longue campagne de pression en un instrument contondant d'étouffement. Par un décret, il a utilisé le système des tarifs étasuniens comme une arme contre tout pays qui oserait vendre du pétrole à Cuba. Il ne s'agit plus d'isoler ou de contenir le peuple cubain du reste de l'hémisphère ; il s'agit d'une stratégie délibérée d'asphyxie économique totale. Une démarche aussi agressive est inédite depuis la guerre froide.

Cuba ne capitule pas

L'escalade de Trump est la pierre angulaire de la « doctrine Donroe » de son administration, une renaissance au 21e siècle de la doctrine Monroe de 1823, selon laquelle l'ensemble de l'Amérique latine et des Caraïbes est la propriété des États-Unis. Suite à l'attaque illégale du 3 janvier 2026 contre le Venezuela, Trump a déclaré clairement : « La domination étasunienne dans l'hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question. » Selon cette doctrine, toute nation qui choisit une voie indépendante, en particulier une nation qui organise son économie autour des besoins humains, comme le système de santé cubain de renommée mondiale, est considérée comme une « urgence nationale ».

Le refus des dirigeants cubains de capituler n'est donc pas, comme le prétendent les critiques, motivé par le dogmatisme ou la volonté de s’élever en martyre. Il s'appuie sur une compréhension claire des objectifs du gouvernement étasunien et des siècles de lutte anticoloniale. L'abandon des principes pour un soulagement temporaire n'apporterait ni la paix ni la prospérité, il inviterait à un renversement complet de la souveraineté cubaine. C'est pourquoi, malgré l'immensité des coûts, Cuba n'a jamais cédé au blocus. C'est également la raison pour laquelle Cuba a toujours exprimé sa volonté de négocier sur un pied d'égalité, mais jamais de négocier son existence.

Les conséquences humaines du blocus des carburants sont dévastatrices. Les hôpitaux rationnent l'électricité, ce qui compromet les soins médicaux. Les familles attendent pendant des heures des transports publics sporadiques. Les coupures d'électricité de 20 heures ou plus deviennent une épreuve quotidienne. Pourtant, même dans cette crise fabriquée par les États-Unis, la résilience du peuple cubain est évidente.

Pour les citoyens des États-Unis, la compréhension de cette situation nécessite de rompre avec l'extrême violence de leur propre gouvernement à l'égard de Cuba. Le blocus des carburants n'est pas un « désaccord politique ». Il s'agit d'un acte de terrorisme économique visant à provoquer la faim, la souffrance et l'instabilité jusqu'à ce qu'à l’abdication d’un gouvernement souverain. La fermeté de Cuba, contre vents et marées, reste un puissant témoignage du fait que même l'empire le plus puissant ne peut éteindre le désir de dignité et d'autodétermination.

Manolo De Los Santos est directeur exécutif du People's Forum et chercheur pour Tricontinental : Institute for Social Research. Il publie régulièrement dans Monthly Review, Peoples Dispatch, CounterPunch, La Jornada et d'autres médias progressistes. Il a coédité, plus récemment, Viviremos: Venezuela vs. Hybrid War (LeftWord, 2020), Comrade of the Revolution: Selected Speeches of Fidel Castro (LeftWord, 2021), et Our Own Path to Socialism: Selected Speeches of Hugo Chávez (LeftWord, 2023).