L’Élitisation de l’enseignement que veulent imposer MR-Engagés, ça veut dire quoi ?
Ces dernières semaines, le mouvement de contestation dans les écoles n’a fait que grandir. Les enseignants, les élèves, les parents, les directions, et même toutes les professions impliquées dans les écoles, se mobilisent pour lutter contre les mesures de la ministre Glatigny, de la ministre-présidente Degryse et de leur gouvernement MR-Engagés. L’un des enjeux de ce qu’il se passe, c’est « l’élitisation » de l’école : la Belgique a déjà l’un des systèmes scolaires les plus inégalitaires du monde et les réformes actuelles vont encore aggraver le problème. On vous explique pourquoi.
1. Ça veut dire quoi « le système scolaire belge est inégalitaire » ?
Dans un monde idéal (en tout cas dans le nôtre), l’école devrait être le lieu où tout le monde a sa chance. Peu importe où l’on naît, peu importe la famille dans laquelle on grandit, peu importe son origine, sa religion… l’école devrait être le lieu qui permet à tous d’arriver là où il veut et le plus loin possible. Mais la Belgique n’est pas (du tout) ce monde idéal. Elle en est même très loin.
En effet, c’est en Belgique que la réussite scolaire est la plus corrélée à l’origine socio-économique des élèves. Ça veut dire que si vous grandissez dans une famille défavorisée, vos chances de réussite scolaire sont bien moindres que celles des enfants des familles favorisées. Bizarre, non ? Si l’école était vraiment celle de notre monde idéal, on ne verrait pas d’écart entre les élèves de ces familles.
Pour donner quelques exemples, les chercheurs en sciences de l’éducation évaluent que l’écart de niveau entre les élèves de 15 ans qui ont les meilleurs résultats et ceux qui ont les moins bons résultats équivaut à trois années scolaires. Soulignons que les élèves ayant les meilleurs résultats sont issus des familles les plus aisées tandis que les autres viennent des familles les plus précaires.
Autre exemple : ces mêmes chercheurs estiment que les enfants dont les parents sont ouvriers ont dix fois moins de chance d’accéder aux études supérieures. La Belgique est championne des inégalités1.
On pourrait s’attendre à ce que celles et ceux qui dirigent le système éducatif s’attaquent en premier lieu à ces inégalités de réussite entre les enfants des plus riches et les enfants de la classe travailleuse. C’est malheureusement tout l’inverse, ils aggravent le problème.
2. En quoi les réformes actuelles vont accentuer ces inégalités ?
Ceux qui ont des difficultés aujourd’hui auront encore plus de difficultés demain. Comment ? Voici quelques exemples :
L’une des mesures phares du gouvernement MR-Engagés est l’augmentation de 10 % de la charge de travail des enseignants (sans aucune compensation salariale). Et alors ? Qu’est-ce que ça change pour les élèves ? C’est assez simple : cette seule augmentation va entraîner une perte d’au moins 1 500 enseignants, d'après les organisations syndicales. Les ministres ont beau prétendre sur tous les plateaux télés et dans toutes les interviews qu’il n’y aura pas d’impact sur l’emploi, c’est faux. L’une de leur circulaire le dit d’ailleurs très clairement2.
S’il y a autant d’élèves pour moins de profs, qui auront alors plus de travail, cela signifie que les classes seront plus remplies et que ces profs auront moins de temps à consacrer à chaque élève. Donc ceux qui ont le plus besoin d’aide en auront moins. Lorsqu’on est fils ou fille de ministre, si besoin d’aide il y a, les parents paieront un prof particulier. Les enfants de la classe travailleuse n’ont pas ce luxe.
L’autre grande mesure qui fait beaucoup parler d’elle, c’est le minerval à 1200 euros. Avant, il était à 835 euros dans les universités et de quelques centaines d’euros dans les hautes écoles. Demain, ce sera 1194 euros partout. Le gouvernement a beau se défendre en disant qu’il y aura des paliers, des boursiers… S’il prend cette mesure, c’est bien pour faire des économies.
Donc demain, les familles paieront plus cher pour les études supérieures de leurs enfants. Et, évidemment, cela impactera bien plus fortement les familles défavorisées. Certains s’endetteront peut-être pour payer leurs études, la part d’étudiants obligés de jobber, réduisant ainsi leurs chances de réussite, augmentera. Et certains ne pourront malheureusement plus accéder aux études supérieures. Bref, il s’agit bel et bien d’une autre attaque contre les enfants des familles populaires.
Autre mesure : le gouvernement a décidé de s’attaquer au principe de la gratuité scolaire (des fournitures scolaires, pour être précis). Ces dernières années, un mécanisme avait été mis en place pour que chaque enfant reçoive le matériel scolaire nécessaire à sa scolarité. Enfin une avancée ! Qui fut de courte durée, puisque les ministres Degryse et Glatigny ont décidé de diminuer ces budgets de moitié.
Dans les faits, les écoles doivent maintenant se débrouiller avec moins d’argent pour offrir le matériel scolaire à tous ceux qui pourraient en avoir besoin. Les écoles accueillant un public plus précaire n’arriveront plus à offrir le matériel nécessaire à tous les enfants qui en ont besoin. Là encore, les plus fragiles sont attaqués, leur chance de réussir à l’école est réduite.
Un dernier exemple d’attaque. Il existait un décret qui avait pour but d’offrir un repas chaud aux enfants des écoles les plus défavorisées. 21 millions d’euros. 3,70 euros par repas. Ce décret est supprimé par le gouvernement MR-Engagés, remplacé par une augmentation du budget de l’encadrement différencié (qui peut donc servir à autre chose qu’aux repas). Conséquence : les 3,70 euros par repas deviennent 0,43 euros. Dans les faits, les écoles ne pourront plus offrir de repas chaud, parfois le seul de la journée pour certains, aux enfants qui en ont le plus besoin. Comment travailler avec le ventre vide ? Comment apprendre quand un besoin aussi primaire n’est pas satisfait ? Encore une fois, ce sont les plus fragiles qui paient les réformes du MR et des Engagés.
3. Pourquoi font-ils ça et que peut-on y faire ?
Ceux qui décident aujourd’hui n’agissent pas ainsi par ignorance. Ni parce qu’il n’y aurait pas d’alternative. « Il n’y a plus d’argent », « on n’a pas le choix », les entend-on clamer partout. À nouveau, c’est faux.
Certes la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles est préoccupante3. Personne ne dit le contraire. Par contre, dire que la seule façon de résoudre cette situation consiste à retirer de la bouche des enfants les plus pauvres le seul repas chaud de leur journée, ça c’est faux. C’est bien le choix qu’ils font, mais on pourrait en faire d’autres, comme l’ont démontré un groupe d’économistes dans un contre-rapport sur la dette de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Ils agissent ainsi parce que, pour eux, il est plus important d’augmenter les salaires des « top managers » que d’améliorer les chances de toutes et tous à l’école. Pour eux, il est plus important de trouver 34 milliards pour l’armement que de permettre à nos enfants de manger à leur faim. S’ils agissent ainsi, c’est parce qu’ils n’ont pas comme objectif l’intérêt général. « L’élitisation », c’est aussi ça. Ils agissent ainsi parce que leurs enfants ne dépendent pas de l’aide que peut leur apporter l’école. Ils agissent ainsi parce que leur vision de l’école, c’est celle où « chacun reste à sa place », où les enfants de la classe travailleuse n’ont pas besoin d’aller longtemps à l’école et d’apprendre à comprendre le monde pour agir dessus, mais bien à en sortir le plus vite possible pour aller servir le marché du travail. Leurs choix sont idéologiques. Leurs choix sont politiques.
Nous ne défendons pas le statu quo. Nous voulons une école qui réduise les inégalités au lieu de les renforcer.
Que faire alors ? Continuer à se battre. On le voit ces dernières semaines, la pression du mouvement les fait douter, leur fait peur. On a vu le président des Engagés jouer la victime, en disant que c’était dur pour eux, mais qu’ils avaient le « courage » de faire les réformes nécessaires. On a vu quelques membres des Engagés déclarer publiquement qu’ils ne pouvaient pas soutenir ces mesures, certains allant même jusqu’à démissionner de leur fonction.
Tout ça, c’est grâce à vous : profs, élèves, parents et tous les autres mobilisés dans la rue à crier votre mécontentement. C’est le moment de ne pas lâcher. Le combat n’est pas fini. Courage et force à toutes celles et tous ceux qui se battent contre ces réformes.
- Nico Hirtt & Bernard Delvaux, Facteurs de ségrégation et d'inégalités des chances dans les systèmes éducatifs belges, Cahiers du GIRSEF n°107
- Circulaire 9708, fiche 2, point 4.1. https://gallilex.cfwb.be/sites/default/files/circulaires/2026-04/53208_0001.pdf
- Nous nous positionnons clairement pour un refinancement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par le fédéral. Mais nous reviendrons sur cet aspect dans un prochain article.