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Le PTB choisit la santé des travailleurs : 4 solutions pour la réintégration des travailleurs en maladie de longue durée

Le gouvernement veut économiser 1,9 milliard sur le dos des travailleurs malades. Les responsables politiques traitent sans nuance de profiteurs et de « faux malades » les personnes en invalidité. Des allégations infondées qui ne résistent à aucune vérification factuelle. Mais ces discours détournent l’attention du vrai problème : les travailleurs sont épuisés et ils doivent travailler trop longtemps sous une pression insoutenable.

Mercredi 4 février 2026

Une femme à une table

Le gouvernement veut économiser 1,9 milliard sur le dos des travailleurs malades. Les responsables politiques traitent sans nuance de profiteurs les personnes en invalidité, affirmant qu’un quart d’entre elles ne seraient pas vraiment malades et qu’on pourrait ainsi économiser des milliards en éliminant ces « faux malades ». Des allégations infondées qui ne résistent à aucune vérification factuelle. Mais ces discours détournent l’attention du vrai problème : les travailleurs sont épuisés et ils doivent travailler trop longtemps sous une pression insoutenable. 

Aujourd’hui le gouvernement impose des réformes qui ne font qu’aggraver la précarité des travailleurs et menacent leur santé. Cette politique ne va faire qu’augmenter le nombre de travailleurs malades, pas de le diminuer. Nous nous rangeons du côté des travailleurs. C’est pourquoi nous proposons quatre solutions pour diminuer le nombre de travailleurs qui tombent malades à cause de leur travail, et des mesures concrètes pour une réelle réintégration des malades de longue durée sur le marché du travail.

1. 64 % des travailleurs malades ont plus de 50 ans : donnons-leur le droit à une fin de carrière digne

L’une des causes majeures de l’augmentation des maladies de longue durée est la destruction progressive de nos droits à la pension. Les réformes actuelles du gouvernement ne vont faire qu’aggraver la situation : il faudra désormais travailler jusqu’à 67 ans pour toutes et tous. Ceux qui ne pourront pas suivre ce rythme risquent de voir leur pension amputée de 25 % à cause du malus pension. Pour les travailleurs âgés, les alternatives se font de plus en plus rares : la prépension a été supprimée et l’accès aux aménagements de fin de carrière a été fortement restreint. Résultat : le groupe le plus touché par les maladies de longue durée est celui des 55 ans et plus – et ce n’est pas un hasard. 

Notre solution est de rétablir le droit à une pension à 65 ans pour tous, comme cela se fait déjà au Canada par exemple. Mais 65 ans reste trop tard pour certains corps de métiers. Nous proposons de rétablir le droit à la pension anticipée dès 60 ans après 40 ans de carrière, et pour celles et ceux qui ont exercé un métier pénible pendant 35 ans, la possibilité de partir plus tôt. Nous ne sommes pas égaux face à la mort. Les travailleurs et travailleuses des métiers pénibles vivent en moyenne 6 à 9 ans de moins. Ils doivent donc pouvoir prendre leur pension plus tôt. Enfin, mettre en place des aménagements de fin de carrière pour tous les travailleurs âgés de 55 ans et plus, afin que le travail reste tenable pour les travailleurs plus âgés.

2. Le travail est bon pour la santé à condition qu’il respecte les limites du corps humain  

La meilleure des préventions est un travail faisable et sain qui respecte les limites de notre corps et de notre santé mentale. Nous avons vu dans les dernières années une évolution inquiétante des conditions de travail : généralisation des flexi-jobs à plusieurs secteurs, intensification du travail et intégration de la notion de « polyvalence ». Cela veut dire que chaque travailleur doit pouvoir faire le métier de plusieurs travailleurs autrefois.  

Prenons un autre exemple, celui de Sanne, aide-soignante dans une maison de repos. Avant, elle s’occupait de dix résidents. Elle pouvait leur offrir des soins de qualité, prendre le temps de les écouter, de les rassurer. Elle avait même des pauses pour souffler, recharger ses batteries, et rentrait chez elle avec le sentiment d’avoir bien travaillé. Aujourd’hui, elle a 30 patients à charge. Son temps est minuté comme si elle était à l'armée : quelques minutes par résident, à peine de quoi leur sourire ou leur tenir la main. Elle n’a plus le temps de déjeuner correctement, et même ses pauses toilettes sont calculées à la seconde près.  

Un travail faisable, c’est tout d’abord un travail stable, un travail dans lequel vous avez suffisamment le temps, qui donne du sens et un sentiment d'accomplissement. Un travail qui permet de se projeter, d’organiser des moments de famille, des vacances. L’augmentation des contrats précaires ne fait qu’augmenter l’insécurité et le stress, causant plus de maladies comme les troubles anxieux ou la dépression.

Les premiers responsables d’un travail faisable sont les employeurs, qui doivent garantir à leurs salariés des conditions saines et supportables et être sanctionnés s’ils faillent à cette obligation. Pourtant, alors que les responsables politiques aiment comparer la Belgique à ses voisins, ils oublient un détail accablant : notre pays cumule les allocations les plus basses, la période de salaire garanti la plus courte, et les obligations les moins contraignantes pour les employeurs en matière de prévention et de réintégration, leur permettant trop souvent d’échapper à leurs responsabilités.

Si nous voulons éviter l’explosion du nombre de travailleurs malades, il est urgent d’investir dans la prévention, notamment via les CPPT, ces organes où patrons et syndicats siègent ensemble et pourraient élaborer des stratégies concrètes pour protéger la santé au travail. Finalement, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui sont les mieux placés pour connaître leur métier et éviter que les gens tombent malades à cause de leur travail. 

3. La réintégration des travailleurs malades passe par un travail adapté 

Les employeurs ont trouvé une nouvelle échappatoire pour se soustraire à leurs obligations : refuser systématiquement de proposer un travail adapté aux salariés en réintégration après une maladie. Avec la réforme en vigueur, ils pourront désormais licencier pour « force majeure médicale » après seulement six mois d’absence et ce, sans indemnités. Une mesure non seulement injuste, mais aussi contre-productive : au lieu de favoriser la réintégration, elle pousse les travailleurs malades vers la précarité.

Prenons un exemple, le cas de Peter. Après une carrière chez Volvo, une hernie discale l’a contraint à un long arrêt maladie. Mais Peter veut retrouver son poste. Son médecin est formel : il peut reprendre le travail, à condition d’avoir un poste adapté, c'est-à-dire moins physique ou à temps réduit. La réponse de son employeur ? « C’est tout ou rien. Soit tu reprends ton ancien poste à 100 %, soit tu ne reviens pas. » Conséquence ? Peter est licencié pour force majeure médicale, sans indemnités. Il est jeté hors du marché du travail comme un kleenex qu’on a déjà trop utilisé.  

Ce même schéma se répète dans d’autres secteurs. Stefan, ouvrier d’usine, explique : « Avant, nous avions des postes de travail à la cantine de l’usine qui étaient plus légers et qui permettaient de réintégrer certains de nos collègues temporairement en cas de problèmes de dos ou autre. » Dans la SNCB il existait également des postes plus administratifs, mais avec l’informatisation et la volonté de toujours faire plus d’économies, ces postes ont tout simplement disparu.  

Ces cas ne sont pas isolés et sont confirmés par les chiffres : plus de 8 malades de longue durée sur 10 sont purement et simplement licenciés pour force majeure médicale, au lieu d’être accompagnés vers une réintégration progressive. Pourtant, la loi est claire : un employeur a l’obligation de proposer un travail adapté si le médecin du travail le demande

Pour briser ce cercle vicieux, il faut des mesures fortes : 

  1. Obliger les employeurs à respecter leurs obligations : s’ils refusent d’adapter un poste, ils doivent être sanctionnés. 

  2. Abolir les licenciements pour force majeure médicale : licencier un employé malade sans lui proposer de solution adaptée ne peut plus être une option. 

4. Un salaire garanti de deux mois pour réellement responsabiliser les employeurs

Comme dit plus haut, la Belgique détient un triste record : celui de la période de salaire garanti la plus courte d’Europe. Pendant ce temps, nos voisins – l’Allemagne, la France, les Pays-Bas – démontrent qu’une protection plus longue n’est pas seulement un filet de sécurité pour les travailleurs, mais aussi un levier puissant pour impliquer les employeurs dans la prévention et la réintégration. Aux Pays-Bas, par exemple, un employeur continue de verser le salaire de son employé malade pendant deux années entières. Chez nous ? À peine quatre semaines pour les employés, quatorze jours pour les ouvriers – un délai dérisoire, presque une moquerie face à la réalité des maladies de longue durée. 

Et les Pays-Bas ne s’arrêtent pas là. Là-bas, la négligence a un prix : si un employeur ne fait pas les efforts nécessaires pour réintégrer son salarié, la période de salaire garanti est automatiquement prolongée. Une logique simple, mais révolutionnaire : plus on protège, plus on responsabilise. Évidemment, aucun système n’est parfait. C’est pour cela que nous proposons l’instauration d’un salaire garanti à 100 % de deux mois pour tous les travailleurs malades. Et pour ceux dont l’employeur tournerait le dos à ses obligations en matière de prévention ou de réintégration, la période de salaire garanti serait alors prolongée. Parce qu’un système qui protège doit aussi être un système qui oblige à agir. 

Pour une réelle réintégration au travail, nous devons commencer par respecter ceux et celles qui font tourner le pays  

Pour que toutes les mesures fonctionnent dans la pratique, nous devons revaloriser le rôle des syndicats. Ils savent mieux que quiconque comment protéger les travailleurs contre la maladie, comment faciliter leur réintégration... Pour cela, ils doivent avoir davantage leur mot à dire sur toutes ces mesures au sein du CPPT. À l'heure actuelle, leurs propositions peuvent trop facilement être ignorées par les patrons ou la direction. 

Pourtant, là où il y a lutte, il y a espoir. Dans un grand hôpital, un délégué nous explique que les employés en arrêt maladie ont théoriquement la possibilité de postuler à des postes moins exigeants dans le cadre de leur réintégration. Mais dans les faits, c’était presque mission impossible, surtout pour les travailleurs âgés. Face à ce mur, les syndicats se sont mobilisés et ont obtenu que des postes adaptés soient finalement créés. 

Le gouvernement actuel ne cherche pas à résoudre la crise des travailleurs malades, il se contente de supprimer leurs allocations pour faire des économies. Mais le vrai problème, c’est l’explosion du nombre de malades du travail, une crise qu’il refuse d’affronter.

Au PTB, nous proposons des solutions concrètes pour briser cette spirale :

  1. Droit à la pension et au repos : parce qu’après des années de travail, chacun mérite de vivre dignement, sans être jeté dans la précarité.
  2. Un travail faisable et porteur de sens : des conditions qui préservent la santé, et non qui la détruisent.
  3. Une politique de réintégration ambitieuse : en responsabilisant d’abord les employeurs, pour qu’ils assument enfin leur rôle dans la protection des travailleurs.

La santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, c’est un droit.