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La transaction pénale : une porte de sortie pour Didier Reynders ?

ING est soupçonnée de complicité de blanchiment d’argent. Pendant des années, le ténor du MR Didier Reynders a effectué des dépôts suspects sur son compte chez ING, sans que la banque ne les signale.

ING, elle, ne devra déjà plus répondre devant la justice. Grâce à la transaction pénale élargie, la banque a évité de nouvelles poursuites en échange de 1,6 million d’euros. Didier Reynders fera-t-il bientôt la même chose ?

Quand on en a les moyens, on peut échapper à son procès. Cela porte un nom : la justice de classe.

Vendredi 8 mai 2026

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Le scandale Reynders

Début décembre 2024, la presse révélait l’existence d’une enquête visant Didier Reynders, ancien ministre et commissaire européen du Mouvement Réformateur (MR), soupçonné d’avoir potentiellement blanchi d’importantes sommes d’argent. En novembre 2025, il a officiellement été inculpé dans ce dossier.

Pendant des années, Didier Reynders aurait acheté des e-tickets de la Loterie nationale avec de l’argent liquide. Les gains auraient ensuite été versés sur un compte chez ING. Il avait également effectué auparavant d’importants dépôts en espèces auprès de cette même banque. Au total, il s’agit de plus de 1 000 dépôts, pour un montant supérieur à un million d’euros.

Les banques ont l’obligation de signaler ce type de transactions suspectes, en particulier lorsqu’il s’agit de responsables politiques comme Didier Reynders. Pourtant, ING n’a jamais signalé ces opérations. Une enquête judiciaire a donc également été ouverte contre la banque. ING a-t-elle été complice de possibles opérations de blanchiment dans l’affaire Reynders ?

La loi de transaction pénale

Nous n’aurons probablement jamais de réponse à cette question. Cette semaine, il a en effet été annoncé qu’ING avait conclu une transaction pénale avec le parquet de Bruxelles. La banque a payé 1,6 million d’euros et ne sera plus poursuivie.

Oui, c’est possible : on peut racheter son procès grâce à une transaction pénale. Le principe est simple : on paie une somme d’argent et, en échange, les poursuites sont abandonnées. Il n’y a pas de comparution devant un tribunal, pas de procès public, pas d’éventuelle reconnaissance de culpabilité ni de condamnation.

En 2011, le système a été élargi avec ce qu’on appelle la « transaction pénale élargie ». Depuis lors, les suspects peuvent également conclure ce type d’accord pour des infractions financières et fiscales, comme le blanchiment d’argent. Un système taillé sur mesure pour la criminalité en col blanc.

Didier Reynders a lui-même été l’un des principaux artisans de cette loi[1]. À l’époque déjà, il apparaissait clairement que cette réforme était écrite sur mesure pour les amis fortunés de Reynders dans le monde des affaires. Aujourd’hui, Didier Reynders pourrait lui-même en bénéficier.

Une justice de classe

Racheter son procès de cette manière a évidemment un prix élevé. Entre 2019 et 2022, une transaction pénale élargie coûtait en moyenne 817 000 euros[2].

Pour les hauts responsables politiques, les grandes banques ou les hommes d’affaires riches, cela peut constituer une porte de sortie intéressante lorsqu’un procès les menace. Pour la grande majorité de la population, c’est évidemment inaccessible.

« En théorie, c’est accessible à tout le monde. Mais dans les faits, celui qui n’en a pas les moyens n’y aura pas accès », résume Mona Giacometti, professeure de droit pénal à l’ULB[3].

C’est ça, la justice de classe. Tout le monde n’a pas le même accès à la justice pour faire valoir ses droits. Et l’application des peines varie aussi selon les moyens financiers et le pouvoir dont on dispose.

Comme l’écrit Dorian de Meeûs, éditorialiste à La Libre[4] : « Le risque est celui d’une justice à deux vitesses : rapide, discrète et transactionnelle pour les élites ; longue, exposée et implacable pour les autres. »

Une analyse partagée par l’avocat et ancien procureur du Roi de Bruxelles Jean-Marc Meilleur. Sur la RTBF, il déclarait : « Je comprends qu’on parle de justice de classe. Je pense que le problème de base de la transaction pénale est qu’elle oublie, par un principe de réalisme, un principe fondamental de notre justice, c’est que les débats sont publics. C’est que vous et moi, comme citoyens, avons le droit d’être informés et de suivre ce qui se passe devant les tribunaux pour comprendre ce qu’il s’est passé. »[5]

Un faible prix à payer pour ING

Ces déclarations touchent au cœur du problème. Ceux qui disposent de moyens suffisants peuvent blanchir leur conscience loin du regard des citoyens et de la presse, à l’abri d’un procès public. Pas de transparence, pas de comptes à rendre, pas de réponses.

ING ne sera donc plus poursuivie. La banque ne sera jamais condamnée pour sa complicité présumée dans des opérations de blanchiment. Et nous ne saurons peut-être jamais, en tant que société, si ING était réellement coupable. Une chose est sûre : la banque s’en sort extrêmement bien.

Comme l’écrivait l’éditorial du journal économique L’Echo[6] : « 1,6 million d'euros, quand on a réalisé un bénéfice avant impôts de 865 millions d’euros en 2025, cela ressemble plus à ces quelques pièces de monnaie qui prennent la poussière dans un vide-poche qu'à un tribut de guerre mettant l'entreprise en péril. »

Une transaction pénale pour Reynders ?

Il serait inacceptable que Didier Reynders suive le même chemin qu’ING.

Didier Reynders n’est pas un citoyen ordinaire. Il a été ministre sans interruption pendant vingt ans. Pendant douze ans, il a été ministre des Finances et donc responsable du secteur bancaire. Il est ensuite devenu commissaire européen à la Justice.

Aujourd’hui, il est soupçonné de malversations financières précisément durant cette période. Il s’agit donc de soupçons de détournement d’argent public. La victime, c’est l’ensemble de la société. Les citoyens ont dès lors d’autant plus droit à un procès public où toutes les questions pourront recevoir une réponse.

S’agit-il d’argent provenant de l’un des nombreux scandales ayant éclaboussé Didier Reynders lorsqu’il était ministre, comme le Kazakhgate ?

Pourquoi ING n’a-t-elle jamais signalé ces dépôts suspects pendant toutes ces années ? Les liens étroits entre le monde financier et le monde politique ont-ils joué un rôle ?

Didier Reynders a notamment été directeur de la caisse d’épargne SEFB, devenue ensuite Record Bank. Avec le milliardaire Albert Frère, il a vendu la SEFB à… ING à la fin des années 1990. Par la suite également, il a entretenu des contacts étroits avec plusieurs responsables de la banque.

Si Didier Reynders conclut, lui aussi, une transaction pénale, il ne comparaîtra jamais devant un tribunal et toutes ces questions resteront sans réponse. Pourtant, les citoyens ont droit à la transparence et à la justice.

Des personnalités comme Didier Reynders ne devraient pas pouvoir racheter leur procès. C’est pourquoi le PTB a déposé une proposition de loi visant à interdire aux « personnes politiquement exposées » de conclure une transaction pénale élargie pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Le PTB demande également la création d’une commission d’enquête parlementaire. Celle-ci devra faire toute la lumière sur les pratiques présumées de blanchiment dans l’affaire Reynders ainsi que sur le rôle de toutes les personnes et institutions impliquées — d’autant plus qu’ING a désormais échappé aux poursuites via une transaction pénale.


 

[1] https://www.solidaire.org/articles/et-si-l-affaire-chodiev-de-decker-etait-en-fait-l-affaire-chodiev-reynders 

[2] https://www.tijd.be/politiek-economie/belgie/federaal/rechtszaak-afkopen-kost-gemiddeld-817-000-euro/10579450 

[3] https://www.sudinfo.be/id1147581/article/2026-05-06/la-transaction-penale-une-justice-de-classe-en-theorie-cest-accessible-tous-mais 

[4] https://www.lalibre.be/debats/edito/2026/05/05/transaction-ou-verite-le-test-reynders-IJ4BH6HAQJFEFIJYOC5N2P3JAY/ 

[5] https://www.rtbf.be/article/on-n-aura-pas-le-droit-de-savoir-ce-qui-s-est-passe-decryptage-de-la-transaction-penale-dans-l-affaire-reynders-ing-11719858 

[6] https://www.lecho.be/opinions/edito/edito-chez-ing-22-annees-de-largesses-chichement-payees/10659211.html