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Grèves et blocages en Bolivie : vent de révolte contre le gouvernement trumpiste

Depuis plusieurs semaines, la Bolivie est secouée par une vague de mobilisations d’une force exceptionnelle. Grèves, blocages routiers, marches et occupations symboliques rassemblent mineurs, paysans, enseignants, transporteurs, communautés indigènes et quartiers populaires. Porté essentiellement par la Centrale ouvrière bolivienne (COB), ce large mouvement exige la démission du président Rodrigo Paz. Son ampleur et sa détermination rappellent les grands cycles de lutte du début des années 2000.

Vendredi 22 mai 2026

Des mineurs boliviens participent à une manifestation organisée par la centrale syndicale COB et réclament la démission du président Rodrigo Paz, à La Paz, le 21 mai 2026.

Des mineurs boliviens participent à une manifestation organisée par la centrale syndicale COB et réclament la démission du président Rodrigo Paz, à La Paz, le 21 mai 2026.

BELGA

Le déclencheur immédiat est la loi 1720, une réforme agraire néolibérale permettant la saisie des terres paysannes au profit de l’agro-industrie. Rapidement, la colère s’est élargie à d’autres revendications : hausse des salaires face à l’inflation, refus des privatisations, défense des services publics et contrôle populaire sur les ressources naturelles. Le mot d’ordre « Bolivia no se vende » (La Bolivie n’est pas à vendre) résume l’aspiration à la souveraineté nationale, aux droits des travailleurs et à l’autodétermination des peuples.

Message depuis La Paz : « Wow, quelle force d’organisation ! »

David Verstockt vit depuis des années dans la capitale bolivienne La Paz. Il est lié à l’ONG Viva Salud et travaille également pour le People’s Health Movement.

« Tout tourne autour de ton bolsillo, de l’argent que tu as dans ton portefeuille pour les besoins de base de ta famille », explique-t-il. « Au final, la base de ce mouvement de lutte, c’est une crise du pouvoir d’achat, surtout liée à l’énorme hausse des prix de l’énergie au cours de l’année écoulée. »

« Un sachet de lait (oui, ici, le lait importé du Pérou, nous l’achetons en sachets d’un litre) coûtait 6,5 bolivianos (soit environ 80 centimes d’euro, NDLR). Aujourd’hui, il coûte 10,5 bolivianos( soit 1,30 euro, NDLR). Les tickets de bus ont doublé de prix. Les subsides pour l’essence à la pompe ont été supprimés, les loyers ont explosé. Les enseignants et les mineurs exigent des salaires plus élevés, ils veulent 20 % de plus pour compenser l’inflation galopante. Rodrigo Paz a refusé toute augmentation salariale et tout dialogue. »

David Verstockt ajoute : « Et puis, il y a autre chose qui vous semblera bien familier en Belgique : le président a supprimé l’impôt sur les grandes fortunes, tout en annonçant dans le même temps des économies et la suppression des subsides aux carburants. L’inflation a plus que rongé les salaires réels. Le pouvoir d’achat d’une famille moyenne a baissé, sans exagérer, de plusieurs dizaines de pourcents. »

Ce mouvement de protestation est porteur d’espoir, un récit inspirant pour tout un continent, dans les temps sombres actuels de Trump : « Je trouve vraiment fort de voir comment les gens ici ne se laissent pas faire », raconte David Verstockt. « Et c’est aussi impressionnant de voir comment les travailleurs et les gens du peuple font eux-mêmes leur analyse de la situation. À El Alto, la ville de migrants boliviens sur l’Altiplano, j’entends que les gens craignent que l’enseignement soit privatisé et devienne moins accessible. Le peuple est politisé, on ne peut plus lui faire avaler n’importe quoi ici. »

Mais ce qui impressionne le plus David Verstockt, c’est la force d’organisation de la protestation sociale : « Toute la mobilisation sociale est préparée et planifiée collectivement, jusque dans les moindres détails. Aux barrages routiers, les grévistes laissent passer juste les bonnes quantités de tomates, d’oignons et de pommes de terre pour que la situation reste supportable pour la communauté. Et juste assez d’essence pour que les chauffeurs de bus et les taxistas ne se retrouvent pas complètement sans revenus. C’est une stratégie quasi militaire, avec une tactique bien réfléchie. Chapeau ! »

Il conclut : « Nous voyons ici, sous nos yeux, qu’une grève générale et une large mobilisation populaire ne peuvent avoir de valeur que si elles sont portées collectivement. Sinon, c’est du sable mouvant, et ça ne vaut rien. Les actions sont aussi pensées et élaborées de manière à tenir sur le plus long terme, et à ne pas être de simples feux de paille. Je me dis parfois que c’est typiquement bolivien. Ou est-ce typique de la classe travailleuse ? »

Un gouvernement autoritaire de droite face à la révolte

Et donc le gouvernement de Rodrigo Paz, arrivé au pouvoir il y a à peine un an, applique un programme néolibéral : privatisations, réduction de l’État, ouverture aux capitaux étrangers. Face à la contestation, il a choisi la répression massive : déploiement de l’armée, des centaines de blessés, plus de 120 arrestations. Des dirigeants syndicaux sont poursuivis pour « terrorisme ».

Une rhétorique raciste et colonialiste refait surface, présentant les peuples indigènes, réprésentant une bonne partie de la population bolivienne surtout paysanne, comme un obstacle au progrès. Le vieux clivage colonial renaît : une minorité qui s’estime naturellement destinée à gouverner contre des majorités populaires jugées incapables.

L’ingérence des États-Unis et la doctrine Monroe

Les États-Unis soutiennent ouvertement le gouvernement Paz, invoquant la doctrine Monroe qui fait de l’Amérique latine leur « arrière-cour » stratégique. Derrière ce soutien, des intérêts géopolitiques majeurs : le lithium bolivien, vital pour l’industrie mondiale des batteries, ainsi que le gaz et les minerais. Pour le mouvement populaire, les réformes néolibérales de Paz, avec l’appui du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, visent à livrer ces richesses aux multinationales américaines.

Rodrigo Paz fait partie du club « Bouclier des Amériques », de Trump, son ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, et les présidents d’extrême droite Milei (Argentine) et Bukele (El Salvador). Il est aussi soutenu par Israël.

Et donc aujoiurd’hui en Bolivie, deux projets de société s’opposent : 

  • D’un côté, l’élite politique, économique et foncière, appuyée par les grands groupes nationaux et internationaux, qui considère l’État comme son patrimoine privé. Pour elle, les organisations populaires doivent rester subordonnées, marginalisées, sans droits et sans voix.
  • De l’autre côté, les travailleurs, paysans, communautés indigènes et quartiers populaires. Pendant près de vingt ans sous l’ex-président de gauche Evo Morales – lui-même d’origine indigène et ex-dirigeant syndical –, ces classes ont occupé des espaces de pouvoir et de décision. Les syndicats n’étaient plus seulement des forces de protestation, mais des acteurs politiques directs. Cette mémoire collective transforme le rapport de force : les masses populaires ne veulent plus redevenir de simples spectatrices d’un pouvoir minoritaire.

Optimisme combatif : la force de l’action collective

Malgré la répression, le mouvement conserve une dynamique offensive. Les grèves s’étendent, les blocages de routes organisés par les syndicalistes se multiplient. Le gouvernement a déjà dû reculer sur certaines réformes. Une conviction traverse les mobilisations : lorsque la classe travailleuse et les masses populaires s’unissent, elles peuvent imposer des reculs au pouvoir.

La Bolivie l’a déjà prouvé par le passé : chute de gouvernements, arrêt des privatisations, défense de la souveraineté. Cet optimisme combatif nourrit aujourd’hui la lutte. Le conflit ne porte pas seulement sur quelques lois, mais sur une question fondamentale : qui doit gouverner la Bolivie, et au service de qui ? Une minorité économique soutenue par l’étranger, ou les majorités populaires organisées ? Pour des millions de travailleurs, paysans et membres d’autres secteurs populaires, la réponse est dans la lutte.