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Élections au Brésil : Lula au deuxième tour contre Bolsonaro, pour donner de l’espoir à toute la gauche

Au Brésil, les résultats du premier tour des élections présidentielles sont tombés. Lula da Silva, le président sortant de gauche, obtient 45,16 % des voix, Flávio Bolsonaro – d’extrême droite, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro – 47,03 %. Bolsonaro devance donc Lula de 2 %, mais n’obtient pas les 50 % nécessaires pour gagner au premier tour. Lula reste optimiste et combatif, surtout pour aller chercher les votes nécessaires chez les 20 millions de Brésiliens qui ne sont pas allés voter au premier tour ou qui se sont abstenus. Beaucoup dépendra de la mobilisation active des couches populaires et de toute la gauche brésilienne pour obtenir un nouveau mandat pour Lula.

Lundi 5 octobre 2026

Une femme portant un t-shirt "Lula" lors de la campagne électorale 2026 au Brésil

Photo BELGA

Dans cet immense pays-continent de plus de 210 millions d’habitants, les électeurs ne choisissent pas seulement le président de la République, mais également les gouverneurs et les députés des 26 États de la fédération et du District fédéral (Brasilia), les députés fédéraux et deux tiers du Sénat. À quelques exceptions près, les résultats des élections à ces niveaux-là ne sont pas très encourageants pour la gauche. Mais réduire le Brésil à l’arithmétique des urnes, c’est ignorer son âme, c’est méconnaître la force de la résistance et de la lutte de la classe travailleuse et des masses populaires brésiliennes.

Des élections sous pression

Un deuxième tour, le 25 octobre, va décider qui de Lula ou Bolsonaro gouvernera le Brésil, et donc si le pays peut maintenir sa voie propre de progrès social, de démocratie et de souveraineté, ou s’il va être dirigé par un président d’extrême droite, lié à l’impérialisme des États-Unis de Trump, comme plusieurs autres pays sur le continent (Colombie, Pérou, Argentine, Équateur).

Lula a dû faire face à une intense campagne contre lui et son projet de société. Tout au long de la campagne électorale, il a été la cible d’attaques, de fake news et de diffamation menée par l’extrême droite et une partie de l’establishment. Il doit faire face non seulement à Flávio Bolsonaro dans les urnes, mais aussi à des forces politiques, économiques et conservatrices puissantes qui disposent d’importants relais dans les États et au niveau national. Au pouvoir fédéral, la gauche est loin de dominer politiquement le pays : le Parti des travailleurs (PT) de Lula ne dirige actuellement que 4 des 27 États qui composent le Brésil, tandis qu’une grande partie des pouvoirs régionaux reste aux mains de partis de droite ou conservateurs. À cela s’ajoute le poids considérable de la ‘bancada’ évangélique au Congrès : un grand groupe de parlementaires religieux-conservateurs de droite, particulièrement influent dans la bataille des idées et des valeurs. 

À cette difficulté intérieure s’ajoutent les pressions venant des États-Unis de Donald Trump et de son secrétaire d’État Marco Rubio, alors que le camp Bolsonaro entretient des liens étroits avec Washington. Ces pressions ne sont pas abstraites : l’administration Trump a imposé des droits de douane à des produits brésiliens. L’Agence brésilienne de renseignement, l’Abin, a elle-même alerté les autorités sur le risque d’interférence américaine dans les élections et sur une escalade des pressions exercées sur le Brésil. Aux États-Unis même, 31 parlementaires démocrates ont écrit à Marco Rubio pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme des tentatives de pression de l’administration Trump sur le Brésil et pour demander que Washington s’engage à respecter le résultat des élections. 

Défendre les droits de la classe travailleuse

En quoi la victoire de Lula est importante ? En interne, au Brésil même, la victoire de Lula est nécessaire pour défendre les conquêtes sociales obtenues par les classes populaires. Issu du mouvement ouvrier et ancien syndicaliste, Lula brigue aujourd’hui un quatrième mandat à la présidence. Ses gouvernements ont placé la lutte contre la pauvreté, la faim et les inégalités au centre de leurs priorités, notamment à travers le renforcement des allocations familiales (Bolsa Família), les investissements dans le logement populaire avec Minha Casa, Minha Vida (« ma maison, ma vie ») et la revalorisation du salaire minimum. 

L’éducation occupe également une place centrale : développement de l’enseignement à temps plein, création d’un fonds qui soutient les jeunes afin qu’ils puissent poursuivre leurs études, mais aussi développement des universités et d’autres instituts d’enseignement. Dans la santé, son gouvernement a renforcé le système public et universel de santé ainsi que les programmes Mais Médicos (« davantage de médecins ») et Farmácia Popular, qui facilitent l’accès aux médecins, aux soins et aux médicaments. 

Cette politique sociale va de pair avec une volonté de mieux redistribuer les richesses. La réforme fiscale exonère de l’impôt sur le revenu les personnes gagnant jusqu’à 5 000 reais (850 euros) par mois et fait davantage contribuer les plus hauts revenus et les secteurs qui réalisent d’importants profits, notamment les banques et les géants du numérique. Comme Lula l’a souligné lors de son récent discours à l’Assemblée générale de l’ONU, à New York : « L'inégalité et le sous-développement sont le fruit de choix politiques. Il est possible d'inclure les plus démunis dans notre budget et de veiller à ce que les plus fortunés payent leur juste part. »

Cette volonté d’améliorer les conditions de vie passe aussi par le temps de travail. Lula propose de mettre fin au système 6-1, soit six jours de travail pour un seul jour de repos, avec une durée pouvant aller jusqu’à 44 heures par semaine. Ce système pénalise particulièrement les femmes, qui assument encore une grande partie des tâches ménagères et familiales. L’objectif est de passer à cinq jours de travail et deux jours de repos, comme le week-end du samedi et du dimanche que nous connaissons généralement en Europe. C’est une mesure importante pour la défense de la classe travailleuse, après des années d’affaiblissement des droits du travail et des organisations syndicales, sous le gouvernement Bolsonaro.

Défendre la souveraineté

En externe, la victoire de Lula est essentielle pour la défense de la souveraineté du Brésil. Dans un monde où le pouvoir politique est souvent étroitement lié aux intérêts des élites économiques et financières, la figure de Lula tranche radicalement avec celle de Bolsonaro et avec son rapprochement politique avec Donald Trump. Dans son discours à l’ONU, Lula s’est opposé directement à Trump, en insistant particulièrement sur la question de la souveraineté : « Le Brésil ne veut pas être dans l’arrière-cour de qui que ce soit », sous-entendu des États-Unis. Avec la Nouvelle Stratégie Sécuritaire (NSS) des États-Unis, Trump tente de faire revivre l’ancienne doctrine coloniale « Monroe » du 19e siècle, avec une nouvelle offensive néocoloniale de domination (parfois appelée « Donroe »). Pour Lula, pas question que le Brésil et le continent soient contrôlés, exploités ou dominés de l’extérieur. Et ça vaut aussi pour l’Amazonie, que Lula veut faire reconnaître comme patrimoine de l’humanité tout entière.

La défense de la souveraineté du Brésil est donc importante pour l’avenir du continent tout entier, où la domination impérialiste ne se limite pas au contrôle économique, aux ressources naturelles ou aux choix politiques. Elle se joue aussi dans la bataille des idées et de la culture. Des siècles de domination coloniale et impérialiste ont contribué à dévaloriser les cultures, l’histoire et les identités propres aux peuples d’Amérique latine. Défendre la souveraineté, c’est donc aussi permettre aux peuples de retrouver confiance dans leur propre histoire, leur culture et leur capacité à choisir eux-mêmes leur avenir. Car sortir d’une relation de dépendance est d’autant plus difficile lorsque l’idée même qu’une autre voie est possible a été affaiblie. Dans ce sens, la bataille pour la souveraineté du Brésil et de l’Amérique latine est fondamentale pour construire une base populaire capable de porter un mouvement de contre-colonisation politique, économique et culturelle.

Une victoire de Lula aurait ainsi une importance pour toute la gauche en Amérique latine et dans les Caraïbes, alors que les forces progressistes ont dû reculer face à l’offensive internationale de la droite et de l’extrême droite. Dans ce contexte, le Brésil, par son poids politique, économique et démographique, peut jouer un rôle déterminant dans le rapport de forces sur l’ensemble du continent.

Un Brésil et une Amérique latine disposant d’une vraie souveraineté, avec le contrôle de ses ressources naturelles et de ses forces de travail, et avec le droit de ses peuples à décider eux-mêmes de leur avenir, pourraient également jouer un rôle important dans le rapport de forces international. Une Amérique latine plus autonome peut diversifier ses alliances, dans le cadre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, alliance entretemps élargie à une dizaine d’autres pays du Sud global) et au-delà. Y compris avec une Europe qui, un jour, pourrait prendre un chemin plus indépendant, plutôt que de subir systématiquement les pressions et les orientations de Washington. 

Une autre voie est possible

Le défi pour le camp de Lula sera de convaincre le plus grand nombre de celles et de ceux qui n’ont pas voté au premier tour, des votes nuls, des abstentions, des indécis. C’est à cette tâche concrète, sur le terrain, que des partis de gauche comme le Parti des travailleurs (PT) et le PCdoB (Parti communiste du Brésil), ainsi que des organisations comme le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre), s’engagent à fond. Le MST utilise la campagne électorale pour favoriser une mobilisation populaire venue d’en bas : défendre les acquis sociaux, démocratiques et écologiques obtenus sous Lula, mais aussi aller au-delà en construisant et en consolidant une majorité populaire à gauche.

La solidarité avec Lula dans sa campagne électorale, c’est soutenir la lutte contre l’impérialisme et défendre la souveraineté des peuples d’Amérique latine. C’est aussi soutenir la possibilité de poursuivre les avancées sociales et de construire un rapport de force populaire capable d’aller plus loin. Une victoire de Lula peut redonner de l’espoir non seulement à la gauche brésilienne, mais aux forces progressistes de tout le continent et du monde entier. C’est renforcer la conviction qu’un autre monde est possible : un monde de progrès social, de démocratie, de souveraineté populaire et de socialisme.