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Un homme au milieu de la foule tient un panneau 67 barré

Dix-neuf mois de lutte, neuf brèches, une nouvelle génération... et la lutte continue

Ce jeudi 28 mai, après plusieurs reports et de nombreux amendements, la loi pension et la loi-programme (avec le plafonnement de l’index et l’augmentation de la TVA) du gouvernement De Wever-Bouchez ont finalement été votées. Même amendées, même affaiblies par des mois de mobilisation, ces textes restent des attaques contre le droit au repos ou contre notre pouvoir d’achat. Nous continuerons à les combattre.

Vendredi 29 mai 2026

Benjamin Pestieau, secrétaire général adjoint du PTB

Mais une chose doit être dite aussi clairement : depuis sa mise en place, rien ne s’est passé comme le gouvernement l’avait prévu. Il voulait avancer comme un bulldozer. Il pensait pouvoir écraser les résistances, opposer les travailleurs entre eux, faire avaler ses réformes comme une fatalité. Mais le bulldozer s’est enlisé. En dix-neuf mois, le gouvernement a perdu la bataille politique de la légitimité, il a dû reculer à neuf reprises et il a été confronté à un mouvement inédit par sa durée, sa diversité et sa profondeur. Explications.

Le gouvernement a perdu la bataille politique de la légitimité

Le gouvernement pensait pouvoir imposer ses réformes avec le soutien de l’opinion publique. Il pensait pouvoir diviser le monde du travail : les jeunes contre les pensionnés ou encore les travailleurs du privé contre ceux du public. En grande partie, cela n’a pas marché. 

Malgré toute sa propagande, le gouvernement se heurte à un mur : celui de la majorité de la population. Deux tiers du pays, dans les trois régions, « soutiennent ou ont de la compréhension pour les protestations sociales contre le gouvernement »[1]. Neuf personnes sur dix ne se voient pas travailler jusqu’à 67 ans dans les conditions actuelles. Sept personnes sur dix trouvent la réforme des pensions injuste pour les femmes. Une majorité de Belges estime que le gouvernement s’en prend injustement aux personnes âgées, aux malades et aux femmes, tout en favorisant les plus riches[2].

La même perte de légitimité se retrouve sur d’autres terrains. Le soutien à l’explosion des dépenses militaires s’effondre[3], surtout lorsque ces dépenses sont payées sur le dos de la sécurité sociale. L’immense majorité des Belges est favorable à une vraie taxation des millionnaires. Et sur la politique internationale, le décalage est tout aussi clair : une majorité de Belges veut des sanctions plus fortes contre Israël, même si cela a des conséquences économiques, tandis que le gouvernement continue de traîner les pieds.

La perte de légitimité, c’est aussi celle des promesses de campagne trahies. Comme la promesse de Vooruit de protéger l’index pour mieux l’attaquer. Comme la promesse de la N-VA, du MR et des Engagés d’avoir 500 euros en plus sur nos comptes – que nous attendons toujours – alors que la seule chose que nous avons reçue, ce sont des augmentations de TVA et d’accises.

Le mouvement social a aussi permis de démasquer la fable des comptes de l’État en ordre en montrant comment le gouvernement organise lui-même le déficit budgétaire en définançant la sécurité sociale et en ouvrant grand les vannes du shopping militaire. 

Deux tiers du pays, dans les trois régions, soutiennent ou ont de la compréhension pour les protestations sociales contre le gouvernement

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

Enfin, le mouvement social, dans toute sa diversité, a mis en lumière les vrais choix de société du gouvernement De Wever-Bouchez : casser la sécurité sociale et les services publics pour acheter des armes inutiles à la défense du pays ; augmenter les taxes qui frappent la population tout en protégeant les plus riches ; suivre la politique de guerre de Trump plutôt que d’investir dans la paix et le bien-être de tous.

Et plus le gouvernement perd la bataille politique, plus il cherche à déplacer le débat. Plutôt que de répondre sur ses choix de classe, il frappe les plus précaires ou tente de diviser. Il pointe du doigt les travailleurs exclus du droit au chômage. Il durcit l’accès à la nationalité belge, y compris pour des personnes qui vivent ici depuis très longtemps. Il propage le racisme pour détourner la colère sociale. Le double discours est d’ailleurs frappant. Le MR et la N-VA parlent de liberté d’expression quand il s’agit de libérer la parole raciste. Mais dès qu’il s’agit du monde associatif, syndical ou de la gauche politique, ils cherchent à limiter la liberté d’expression, la liberté d’organisation et la liberté d’action[4]. Leur liberté est à géométrie variable : grande ouverte pour ceux qui divisent, réduite pour ceux qui résistent. 

Le gouvernement a pu obtenir une majorité institutionnelle, mais il a perdu la majorité sociale. Il a perdu la bataille politique. Et c’est décisif pour la suite. Malgré toute sa propagande, le gouvernement se heurte à un mur : celui de la majorité de la population. Comme vient de le montrer un récent sondage, deux tiers du pays, dans les trois régions, « soutiennent ou ont de la compréhension pour les protestations sociales contre le gouvernement ». Et en plus d’être massif, le sondage montre que le soutien au mouvement social grandit.

Graphique montrant le soutien aux protestations sociales par région

Source : L’enquête nationale 2026 (DSEN26), Stefaan Walgrave (UAntwerpen) Jean-Benoît Pilet (ULB) Jonas Lefevere (UAntwerpen, VUB) Hugo Spruyt (ULB, U Liège)

Le gouvernement voulait avancer comme un bulldozer. Mais la lutte sociale a transformé le terrain en marécage. Et plus il force, plus il s’enfonce. 

« Sans nous ce serait pire » ou « sans nous, tout ce recul social n’aurait pas été possible » ?

Le mouvement a permis démasquer ceux qui disent « sans nous, ce serait pire ». Ils portent pleinement la responsabilité de la politique du gouvernement. Certains partis de la majorité prétendent avoir « adouci » les attaques. Côté néerlandophone, Vooruit (socialistes du nord du pays) et le CD&V répètent que sans eux, ce serait pire. Côté francophone, Les Engagés jouent le même rôle. Mais la vérité est simple : sans leurs votes, les reculs sociaux et démocratiques ne passent pas. Sans eux, pas de malus pension. Sans eux, pas de chasse aux malades. Sans eux, pas d’attaques contre les primes de nuit. Sans eux pas d’explosion des dépenses militaires. Sans eux, pas de gouvernement De Wever-Bouchez.

Non seulement des partis comme Vooruit, le CD&V ou les Engagés n’ont pas été des freins aux politiques antisociales, mais ils sont souvent même aux manettes de l’organisation du recul social.

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

Non seulement des partis comme Vooruit, le CD&V ou les Engagés n’ont pas été des freins aux politiques antisociales, mais ils sont souvent même aux manettes de l’organisation du recul social. C’est Vooruit qui a mis sur la table la proposition du plafonnement de l’index. C’est Vooruit qui attaque les mutuelles. Ce sont les Engagés qui font exploser le coût du minerval dans l’enseignement supérieur.

Un mouvement puissant et inscrit dans la durée

Le tableau des journées d’action nationales donne la mesure du mouvement. 

  • Le 7 novembre 2024, 32 000 travailleurs du non-marchand descendaient dans la rue. 
  • Le 13 janvier 2025, 30 000 travailleurs des services publics manifestaient à Bruxelles. 
  • Le 13 février, 100 000 personnes de tous les secteurs, de toutes les générations, du monde syndical et associatif, se mobilisaient contre la casse sociale. 
  • Le 31 mars avait lieu une première grève générale. Le 29 avril, des actions décentralisées étaient organisées dans le pays. 
  • Le 22 mai, plus de 30 000 travailleurs du non-marchand manifestaient à nouveau. 
  • Le 25 juin, ce qui devait être un rassemblement limité devenait une grande manifestation de plus de 40 000 personnes à Bruxelles.
  • Le 14 octobre, 140 000 personnes défilaient contre le malus et le vol des pensions. 
  • Puis sont venues les actions, mobilisations et grèves des 23, 24 et 25 novembre, suivies de la deuxième grève générale du 26 novembre.
  • Et encore 100 000 personnes le 12 mars. 
  • Puis 75 000 le 12 mai. 

Et toutes ces mobilisations sociales se sont inscrites en même temps qu’un mouvement historique de mobilisations contre le génocide du peuple palestinien, avec là aussi plusieurs manifestation nationales monstres et un nombre incalculables d’actions locales. Il y a eu aussi la grande manifestation pour le climat le 5 octobre 2025. 

En résumé, ces 19 derniers mois ont connu une mobilisation sociale sans précédent.

Le gouvernement voulait fatiguer le mouvement. Il voulait l’isoler. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. C’est le mouvement qui a fatigué le gouvernement.

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

Cette liste montre la diversité et l’ampleur du mouvement. Mais elle montre aussi sa durée. Depuis dix-neuf mois, la résistance tient. Elle revient. Elle change de forme, passe d’une manifestation à une grève ou d’une action nationale à des mobilisations locales. C’est cela qui est inédit : une vague longue, profonde, qui n’a cessé de revenir frapper le gouvernement. La stratégie de lutte a payé. Le gouvernement pensait qu’il y aurait trois mois très intenses, puis l’épuisement, le reflux, le retour à l’ordre. Ce piège a été évité. Le mouvement construit une pression continue. Il tient dans le temps sans se consumer d’un coup. Le gouvernement voulait fatiguer le mouvement. Il voulait l’isoler. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. C’est le mouvement qui a fatigué le gouvernement. C’est la mobilisation sociale qui l’a forcé à reporter, à corriger et à reculer à plusieurs reprises.

Face au bulldozer gouvernemental, le mouvement social a construit une digue. Une digue large, faite de secteurs différents, de générations différentes, d’expériences différentes. Une digue qui a encaissé la pression, qui a tenu dans la durée, et qui a empêché le gouvernement d’avancer comme il l’avait prévu.

Quand le mouvement social tient dans la durée, il transforme le terrain politique. Il ne gagne pas tout en une fois. Mais il empêche le pouvoir d’imposer tranquillement son agenda.

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

C’est une des grandes leçons de ces dix-neuf mois : quand le mouvement social tient dans la durée, il transforme le terrain politique. Il ne gagne pas tout en une fois. Mais il empêche le pouvoir d’imposer tranquillement son agenda. Il donne confiance. Il accumule de l’expérience. Il crée des liens. Il prépare les combats suivants.

La force d’un mouvement diversifié et d’une nouvelle génération militante 

Ce mouvement est aussi fort de sa diversité. Il a rassemblé les grands secteurs industriels et les bastions des services publics. Il a aussi mobilisé le non marchand et les enseignants, l’industrie alimentaire et la logistique, les ouvriers et les employés, les cheminots et les postiers, les hôpitaux et les maisons de repos, les militaires, les policiers ou les pompiers, la construction ou les grands magasins.

À côté de cela, il a rassemblé le monde associatif, les organisations de femmes et le mouvement pour la paix, les magistrats et les organisations de défense des droits humains, les artistes et le monde culturel au sens large...

Des travailleurs qui n’avaient jamais fait grève ont franchi le pas. Des personnes qui regardaient parfois les mobilisations de loin se sont mises en mouvement. Parfois une seule fois, mais donc une fois de plus que tous les mouvements précédents. Des secteurs qui étaient parfois isolés se sont retrouvés dans une lutte commune. Chacun avec ses mots, ses formes d’expression et aussi ses revendications spécifiques.

Les attaques du gouvernement ne touchent pas seulement un groupe isolé, mais toute la société.

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

Cette diversité a renforcé le mouvement. Elle a montré que les attaques du gouvernement ne touchent pas seulement un groupe isolé, mais toute la société. Quand on attaque les pensions, on attaque le droit au repos après une vie de travail, on casse des liens familiaux ou des espaces d’engagement dont le monde associatif a besoin. Quand on casse la sécurité sociale, on attaque la protection de toutes et tous. Quand on augmente les dépenses militaires au détriment des besoins sociaux, on impose un choix de société qui concerne chaque secteur, chaque famille, chaque génération. Quand on attaque les droits démocratiques, on attaque notre capacité à résister.

Dans ce mouvement, il y a eu des gestes importants d’unité concrète. Des cheminots ont adapté leur plan d’action pour permettre à un maximum de manifestants de rejoindre Bruxelles lors des grandes mobilisations nationales. Des travailleurs du public et du privé se sont mobilisés ensemble. Des jeunes, des syndicalistes, des militants associatifs, des artistes et des travailleurs de terrain ont appris à se reconnaître comme faisant partie d’un même camp social.

Une des forces les plus importantes de ce mouvement, c’est aussi l’entrée en action d’une nouvelle génération. Des jeunes ont rejoint massivement les manifestations, les actions, les assemblées, les syndicats et les collectifs. Dans les nouvelles générations, on trouve aussi les écoliers néerlandophones qui ont fait grève contre l’autoritarisme de Zuhal Demir. Ou encore les étudiants du nord du pays qui se sont mobilisés contre l’augmentation du coût des études et l’attaque contre le système de bourse. On retrouve aussi les étudiants francophones qui se sont mobilisés contre l’augmentation du  minerval à 1200 euros. Et les élèves du secondaire dans le sud du pays qui ont rejoint leurs professeurs dans la mobilisation contre les projets élitistes de la ministre Glatigny.

Un mouvement diversifié, inscrit dans la durée et investi par la jeunesse devient une école. Une école de lutte, de solidarité, d’organisation.

Benjamin Pestieau

Secrétaire général adjoint

Un mouvement diversifié, inscrit dans la durée et investi par la jeunesse devient une école. Une école de lutte, de solidarité, d’organisation. Et dans cette école, une nouvelle génération militante est en train d’émerger dans le syndicalisme, dans le syndicalisme étudiant, dans la résistance pour la Palestine ou dans le mouvement pour la paix et dans l’engagement politique.

Neuf brèches concrètes dans les plans du gouvernement

Le mouvement a été large et diversifié. Il s’est aussi inscrit dans la durée. Et en plus de cela, il a aussi réussi à produire des résultats effectifs. Il a ouvert neuf brèches concrètes. Des brèches qui ont été arrachées.

  • Première brèche : début novembre 2025, dans la foulée de la grande manifestation du 14 octobre, le ministre des Pensions Jan Jambon a dû reporter d’un an sa réforme des pensions, dont le malus. Résultat : 20 000 personnes ont échappé à ce malus antisocial.
  • Deuxième brèche : le gouvernement a dû intégrer le chômage technique et la maladie dans le calcul du malus. Cela représente 5 000 personnes supplémentaires par an sauvées du malus.
  • Troisième brèche : le durcissement de la pension anticipée a été assoupli à plusieurs reprises. La première année de carrière sera finalement prise en compte. Ceux qui peuvent aujourd’hui partir en pension anticipée ne perdront pas de pension.
  • Quatrième brèche : le congé de maternité, le congé de paternité et le chômage technique seront finalement pris en compte pour la pension anticipée à 60 ans.
  • Cinquième brèche : le gouvernement voulait supprimer les régimes de crédit-temps pour sept personnes sur dix. Là aussi, il a dû faire marche arrière. Un régime de crédit-temps à partir de 55 ans reste possible pour celles et ceux qui exercent un métier pénible ou qui sont pris dans une restructuration.

Ces cinq premières brèches ont fait baisser d’un tiers la facture que le gouvernement voulait nous imposer avec ses réformes pensions.

  • Sixième brèche : le gouvernement avait prévu de payer des primes de nuit uniquement entre minuit et 5h du matin. Grâce à la lutte, ce sera de 23h à 6h.
  • Septième brèche : le gouvernement voulait augmenter la TVA et les accises de 1,3 milliard d’euros. Il a dû revoir son ambition de plus de moitié.
  • Huitième brèche : sur le terrain des droits démocratiques, le gouvernement est coincé avec la loi Quintin. Il voulait, avec ce projet de loi, s’octroyer le pouvoir de dissoudre des organisations qu’il juge « radicales ». Le projet de loi a été critiqué de toute part par les milieux démocratiques et les organisations de défense des droits humains. Il essaie de revenir avec une version adoucie mais grâce à la pression, il n'y parvient pas pour le moment.
  • Neuvième brèche : sous pression et à reculons, le gouvernement belge a été obligé de reconnaître du bout des lèvre l’État de Palestine et de prendre des premières (petites) sanctions contre Israël. C’est ainsi que le gouvernement fédéral a fait interdire le survol et les escales en Belgique des avions transportant des armes et du matériel militaire vers Israël.

Voilà le bilan : neuf brèches concrètes, neuf reculs. Neuf preuves que la lutte paie. 

Des lois votées, des combats qui continuent

Le gouvernement présente le vote du 28 mai comme une victoire. Il voudrait pouvoir dire « le débat est terminé ». Pourtant c’est loin d’être le cas. Pour trois grande raisons :

D’abord parce que ces lois restent contestées. En particulier la loi pension. Nous n’allons rien lâcher. Nous allons lancer le procès pension. Avec des milliers de personnes, nous lançons un recours collectif devant la Cour constitutionnelle. Nous appelons toutes celles et ceux qui refusent cette attaque contre les pensions à rejoindre cette procédure judiciaire et populaire. En plus de l’absence de soutien et de légitimité démocratique, la loi pension est en contradiction avec plusieurs principes juridiques fondamentaux.

Plusieurs mesures sont discriminatoires. Le malus pension touchera trois fois plus les femmes que les hommes, alors qu’aujourd’hui déjà, une femme sur trois qui prend sa pension touche une pension sous le seuil de pauvreté. La loi pension enfreint aussi le principe de confiance légitime. Les gens vont être pénalisés pour des choix qu’ils ont faits il y a des années. C’est une atteinte aux droits acquis.  Et la loi pension implique un recul considérable de la protection sociale. Les chiffres du Bureau du plan parlent d’eux-mêmes : les jeunes d’aujourd’hui auront en 2070 entre 7 % et 15 % en moins de pension en moyenne.  

Nous allons aussi continuer à attaquer politiquement la loi pension et les autres plans du gouvernement. Jusqu’à ce que le gouvernement recule. Cela fait plus de dix ans que les politiciens traditionnels nous martèlent qu’on doit travailler jusque 67 ans et cela fait plus de dix ans que la grande majorité de la population rejette cette mesure. Plusieurs pays qui avaient adoptés des « lois 67 ans » ont du revenir en arrière sous la pression de la mobilisation et/ou de l’opinion publique. C’est le cas du Canada, de la Pologne ou de la Croatie. Les Pays-Bas et la France reviennent en partie en arrière sur leur plan. Voté ne veut pas dire passé. 

Ensuite parce que la loi pension n’est qu’une partie d’un plan beaucoup plus large. Les mobilisations de ces 19 derniers mois nous ont montré les ingrédients nécessaires pour faire reculer les De Wever et Bouchez de ce monde. Et on va avoir besoin de ces ingrédients. Le gouvernement a peur que nous retenions la recette. Parce que le gouvernement espère continuer à faire payer sa politique aux travailleurs, aux pensionnés, aux malades, aux allocataires sociaux, aux services publics. Il annonce encore des milliards d’économies. Il attaque le pouvoir d’achat. Il prépare de nouvelles offensives contre les salaires. Il veut financer la militarisation avec la carte de crédit de la sécurité sociale et des services publics. Pour Bart De Wever, « les dépenses militaires sont inscrites dans le marbre » tandis que la sécurité sociale est charcutable à souhait. Des milliards pour les F-35, les systèmes militaires et la logique de guerre ; des économies pour les pensions, la santé, les services publics et les salaires. Voilà le vrai projet du gouvernement De Wever-Bouchez.

Enfin, parce que notre combat s’inscrit dans un combat large que nous retrouvons partout en Europe et dans le monde, un combat contre des multinationales et des gouvernements qui veulent toujours plus étendre le pouvoir de l’argent en investissant dans l’armement, en militarisant et en nous entraînant dans leur logique de guerre. Notre combat fait partie d’une résistance internationale vaste qui parcourt et relie les pays du Nord et du Sud. 

Les brèches d’aujourd’hui sont les leviers  des victoires de demain

La loi pension ou la loi-programmes – mêmes amendées – sont passées. L’exclusion massive des travailleurs précaires de leur droit au chômage est passée. Mais nous aurions tort de sous-estimer ce que nous avons réalisé. C’est exactement ce que nos adversaires souhaitent. Ils veulent nous voir pessimistes et défaitistes. C’est leur combat. Nous n’allons pas leur faire ce cadeau.

Ce mouvement a déjà freiné ce gouvernement. Il a protégé des milliers de personnes. Il a forcé des reculs. Il a élargi la conscience politique. Il a mis à nu pour beaucoup le projet de société du gouvernement. Il a montré que l’Arizona n’est pas invincible. Les neuf brèches arrachées ne sont pas des détails. Éviter à 20 000 pensionnés d’être sanctionnés par un malus, ce n’est pas rien.

Ces brèches sont plus que ça encore. Elles sont des leviers. Elles disent à chaque travailleur, à chaque travailleuse, à chaque jeune, à chaque syndicaliste : ce que nous faisons compte. Une manifestation compte. Une grève compte. Une assemblée compte. Un tract distribué à l’entrée d’une entreprise compte. Une discussion avec un collègue compte. Une bataille politique appuyée par un mouvement social compte. C’est comme ça qu’on construit un rapport de forces. Pas en un jour. Pas en un seul vote. Mais par étapes, par vagues, par brèches successives. C’est notre bilan. C’est notre combat. Face au pessimisme et au fatalisme propagés par le gouvernement, nous propageons l’optimisme construit dans le mouvement. Pas un optimisme naïf, mais un optimisme concret basé sur nos expériences.  

Et c’est avec cet état d’esprit que la suite se prépare. En se rassemblant sur toutes les leçons que nous avons apprises dans cette première partie de la lutte contre le gouvernement. Dans les entreprises, dans les services publics, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les quartiers, dans les syndicats, dans les associations... le débat se mène, argument contre argument, émotions contre émotions, optimisme contre fatalisme. Le gouvernement et ses alliés propagent leurs arguments de démobilisation. Les acteurs du mouvement propagent leurs arguments de combat.

La suite se prépare aussi en renforçant les organisations qui rendent cette résistance possible : les syndicats, le monde associatif, les collectifs de terrain. Elle se prépare en renforçant la meilleure opposition politique du pays, le PTB. Une opposition porteuse de combat, porteuse d’alternatives concrètes et porteuse d’un projet de société cohérent porteur d’espoir : la paix et le socialisme.

  1. L’enquête nationale 2026 (DSEN26), Stefaan Walgrave (UAntwerpen) Jean-Benoît Pilet (ULB) Jonas Lefevere (UAntwerpen, VUB) Hugo Spruyt (ULB, U Liège)
  2. L’enquête nationale 2026 (DSEN26), Stefaan Walgrave (UAntwerpen) Jean-Benoît Pilet (ULB) Jonas Lefevere (UAntwerpen, VUB) Hugo Spruyt (ULB, U Liège)
  3. L’enquête nationale 2026 (DSEN26), Stefaan Walgrave (UAntwerpen) Jean-Benoît Pilet (ULB) Jonas Lefevere (UAntwerpen, VUB) Hugo Spruyt (ULB, U Liège)
  4. Loi d’interdiction d’organisation, loi anti-manifestant, limitation de la protection des droits des délégués, etc.