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De Wever et Bouchez dans l’impasse

Le gouvernement De Wever-Bouchez était parti avec de grandes promesses : « Nous allons récompenser le travail », « remettre le budget en ordre », mener des « réformes courageuses ». Un peu plus d’un an plus tard, il s’enlise. Sur le budget, sur le pouvoir d’achat, sur les pensions, sur l’énergie, sur l’industrie, sur le climat, sur l’international... partout, les contradictions s’accumulent.

Jeudi 2 avril 2026

Georges-Louis Bouchez et Bart De Wever font des messes basses au parlement.

Et ces contradictions ne tombent pas du ciel. Elles révèlent l’impasse d’une coalition qui veut faire payer la crise au monde du travail. Une coalition qui refuse de toucher aux privilèges des plus riches et qui ouvre grand les vannes de la militarisation. Résultat : un mouvement social massif, un mécontentement large dans l’opinion publique, et un gouvernement de plus en plus divisé, de plus en plus contesté, et de moins en moins capable de gouverner.

Les dernières semaines l’ont encore montré : le gouvernement est paralysé, quand il n’est pas tout simplement contraint de reculer. Le projet de loi qui contient notamment le plafonnement de l’indexation et la hausse des accises sur le gaz, a été reporté. Le vote sur le projet de loi pension a lui aussi été reporté. Le déficit budgétaire se creuse. Notre dépendance énergétique s’accroît, sans qu’aucune solution ne soit mise en place pour faire baisser durablement le prix de l’énergie.

Une impasse budgétaire fabriquée par leurs propres choix

Le gouvernement voulait vendre une image de sérieux. Mais il se retrouve déjà rattrapé par le réel. Le déficit budgétaire explose. Et pourquoi ? Parce que ce gouvernement dépense sans compter pour de nouvelles dépenses d’armement et pour de nouveaux cadeaux au capital, sous forme notamment de réductions de cotisations sociales.

Il y a là une contradiction centrale. Ils disent qu’il n’y a plus d’argent pour les pensions, pour la sécurité sociale, pour la transition énergétique, mais ils trouvent des milliards pour acheter des F-35. .

Et ce n’est pas tout. Il y a dix ans, le MR et la N-VA faisaient un cadeau aux grandes entreprises. On l’a appelé le tax-shift. Ce cadeau coûte chaque année plus de 8 milliards d’euros à la sécurité sociale. Le gouvernement Arizona continue dans cette voie en ajoutant encore un milliard de cadeau annuel supplémentaire. À cela, il ajoute encore les flexijobs et les heures supplémentaires volontaires, sur lesquels il n’y a ni fiscalité et (quasi) pas de cotisations sociales pour la sécurité sociale.

Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement refuse obstinément d’ouvrir le débat sur le grand tabou de la politique belge : faire contribuer les très grandes fortunes.

En résumé, l’explosion du déficit budgétaire est en réalité un choix politique organisé, pas une fatalité.

Les réformes antisociales patinent parce qu’elles n’ont pas de légitimité

Le gouvernement se heurte à une réalité politique : ses mesures n’ont pas de soutien populaire. Malgré plusieurs concessions faites sous la pression sociale, le gouvernement peine toujours à faire avancer la réforme des pensions. 

Même chose pour le projet de loi qui contient le plafonnement de l’index et l’augmentation des accises sur le carburant. Son report n’est pas un simple incident de procédure. C’est le signe que la majorité n’arrive pas à vendre une nouvelle attaque contre le pouvoir d’achat - en particulier en pleine période de hausse des prix de l’énergie.

Ces mesures - si elles devaient être prises - sont non seulement antisociales, mais aussi contre-productives économiquement, car elles assèchent le pouvoir d’achat et donc la demande. Elles privent l’économie de l’oxygène dont elle a besoin. Elles pourraient aggraver encore un peu plus la crise économique.

La politique de « remise au travail » des malades de longue durée appartient à la même logique. Le gouvernement durcit, sanctionne, culpabilise... Mais on ne soigne pas une société en punissant les malades. Et, sur ce terrain aussi, la promesse d’efficacité se heurte à la réalité, parce que cette politique ne répond pas aux causes réelles de l’explosion du nombre de travailleurs malades.

Une crise énergétique aggravée par l’abandon des investissements dans la transition climatique

Sur l’énergie, le gouvernement donne l’image d’un pouvoir sans boussole. D’un côté, plusieurs partis de la majorité réclament des mesures de soutien face à la hausse des prix. De l’autre, ils veulent augmenter les taxes et les accises, plafonner l’index. Et certains membres du gouvernement veulent jouer aux apprentis Trump en participant à une militarisation des relations internationales qui alimente justement l’instabilité, l’insécurité et l’explosion des prix.

Dans le même temps, le gouvernement renonce à des investissements essentiels, comme ceux qui étaient prévus dans ce qu’on appelle l’éolien offshore. Il s’agit du réseau d’éoliennes géantes en mer du Nord. Elles sont les plus efficaces sur le plan énergétique. « Trop coûteux », d’après eux. Alors qu’on devrait relativiser ce coût face aux conséquences de la guerre contre l’Iran et de notre dépendance au pétrole, notamment du Moyen-Orient. Résultat : le gouvernement recule sur un levier stratégique alors que la la sécurité d’approvisionnement et l’investissement public dans l’énergie décarbonée devraient être renforcés.

La contradiction est flagrante : ils disent vouloir protéger l’industrie et sécuriser l’approvisionnement, mais ils coupent ou retardent des investissements essentiels pour la transition énergétique. Ils parlent de souveraineté, mais la dépendance vis-à-vis du gaz de Trump n’a jamais été aussi forte.

L’industrie belge et européenne est en crise.

L’industrie belge et européenne est en crise, Partout en Europe des milliers d’emplois industriels disparaissent chaque mois. Face à cela, le plan de Bart De Wever est d’imposer une stratégie du choc pour casser une série de législations sociales, affaiblir les règles environnementales et privatiser les pensions pour les transformer en capitaux à risque. Un plan élaboré avec d’autres dirigeants européens réunis bien au chaud dans un château du Limbourg (voir à ce sujet l’épisode n°13 de Tout bascule, le podcast de Peter Mertens, secrétaire général du PTB).

Mais ces recettes – en plus d’être antisociales et anti-climatiques – passent à côté de l’essentiel. Ce dont souffre l’industrie, c’est du coût de l’énergie, du sous-investissement, du retard technologique et de l’absence de véritable planification publique.

Aussi De Wever et compagnie reçoivent-ils comme un boomerang les effets de la politique de sanctions sur le gaz et le pétrole russes, de l’abandon de l’éolien offshore et de la dépendance aux hydrocarbures américains et en provenance du Moyen-Orient. Toutes lces déclarations sur la compétitivité sont balayées par la réalité de l’explosion des prix de l’énergie.

La seule orientation claire qui reste pour l’industrie européenne est de pousser toujours plus loin la militarisation de l’économie. Nos ministres paradent même au salon de l’armement à Bruxelles. Or cette orientation ne répond ni aux besoins sociaux, ni à la transition écologique, ni au défi de l’emploi industriel à long terme. Elle ne peut se développer durablement qu’avec la guerre, faute de quoi les débouchés de l’industrie militaire seront vite saturés. Mais on le voit avec la guerre contre l’Iran : plus de guerre, c’est les prix de l’énergie qui explosent et c’est des chaînes d’approvisionnement qui sont perturbées. Et au final, c’est toute notre industrie qui est menacée.

Concrètement, notre gouvernement dégage des marges budgétaires pour le militaire plutôt que pour financer un plan d’investissements publics dans l’énergie, le rail, l’isolation, la sidérurgie verte, la chimie décarbonée et les technologies d’avenir. C’est socialement injuste, climatiquement absurde, dangereux économiquement et cela nous pousse vers un monde toujours moins sûr.

International : la fuite en avant militariste

Sur le terrain international, les divisions au sein du gouvernement sont elles aussi bien visibles. Certains voudraient engager davantage la Belgique dans la logique de guerre et dans l’alignement sur Trump et sur l’Otan. Mais la majorité de la population ne veut pas soutenir les guerres de Trump. Et cela met la pression sur plusieurs partis de la coalition De Wever-Bouchez.

Au lieu de condamner l’agression israélo-américaine contre l’Iran, comme l’a fait l’Espagne, le gouvernement belge annonce vouloir participer à la « coalition des volontaires » pour soi-disant sécuriser le détroit d’Ormuz.

Comme si nous étions revenus au temps des colonies et que l’Europe allait « sécuriser » militairement ses accès aux matières premières partout dans le monde. Mais nous ne sommes plus au temps des colonies. Ce genre de mission n’est pas une solution, mais une politique impérialiste qui entraînera davantage d’instabilité et d’insécurité.

Plus globalement, la militarisation des relations internationales ne résout pas les crises du capitalisme contemporain, elle les aggrave. Elle attise les conflits, nourrit la spéculation sur l’énergie, détourne des ressources immenses loin des besoins sociaux et climatiques, et enferme l’Europe dans une logique d’alignement stratégique sur les États-Unis.

Un gouvernement paralysé par une résistance sociale dynamisée

Un facteur clé explique la paralysie du gouvernement : la résistance sociale. La manifestation du 12 mars a marqué les esprits. Après plus d’un an de mobilisation, le mouvement social ne faiblit pas.

La colère s’approfondit à mesure que le gouvernement dévoile le vrai contenu de sa politique. La réforme des pensions, par exemple, est de mieux en mieux comprise, et donc rejetée. Les propos méprisants de Jan Jambon sur les femmes ont encore contribué à éclairer le vrai contenu de cette réforme et, surtout, à renforcer l’indignation qu’elle suscite.

Cette pression du mouvement social touche largement l’opinion publique et contribue à faire reculer et douter le gouvernement. Elle pèse sur Vooruit, sur le CD&V et sur Les Engagés. Elle rend plus coûteux politiquement le passage en force. C’est cette mobilisation qui aide à comprendre pourquoi plusieurs dossiers patinent, sont reportés ou reviennent sans cesse à la table des négociations.

Autrement dit : si le gouvernement est en difficulté, c’est aussi parce qu’en face, il y a une mobilisation sociale forte, installée dans la durée, une opinion publique mécontente et une opposition politique déterminée.

Une autre voie existe

Ce gouvernement est dans l’impasse parce qu’il veut sauver un système en crise en aggravant tout ce qui a produit la crise : l’austérité sociale, les cadeaux au capital, la militarisation, l’absence de planification, le refus de faire contribuer les plus riches.

À l’inverse, une autre logique est possible :

  • Refuser l’engrenage guerrier et travailler à un front international pour la paix, comme le fait l’Espagne en Europe ou comme le font de nombreux pays du Sud global.

  • Réinvestir massivement dans la transition énergétique et la sécurité d’approvisionnement.

  • Défendre l’indexation automatique au lieu de la rogner.

  • Permettre de véritables hausses de salaire pour soutenir la demande et refinancer la sécurité sociale.

  • Mettre en place des mécanismes de taxation des surprofits, notamment ceux des profiteurs de guerre.

  • Et enfin lever le tabou belge : faire contribuer les multimillionnaires.

Ces mesures ne supprimeront pas à elles seules les contradictions profondes du capitalisme. Mais elles redonneraient du souffle au monde du travail, à l’industrie et au climat. Et surtout, elles rompraient avec la logique actuelle : faire payer la crise à celles et ceux qui n’en sont pas responsables