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COP31 : La Belgique n’a pas de plan pour sortir des énergies fossiles, mais invite leurs lobbyistes

Du 9 au 20 novembre, Antalya en Turquie accueille la COP31, la conférence mondiale sur le climat organisée par les Nations Unies. Alors que les pays du Sud réclament les moyens de faire face à une crise climatique qu'ils n'ont pas provoquée, les pays riches continuent de privilégier l'armement et les intérêts des multinationales. Face à ces blocages, les mobilisations populaires dans le nord et le sud montrent qu'il est possible de faire bouger les lignes.

Vendredi 6 novembre 2026

Le 11 octobre dernier, 60 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles à l'appel de la Coalition Climat.

Le 11 octobre dernier, 60 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles à l'appel de la Coalition Climat.

Cet été l'a encore montré : les conséquences du dérèglement climatique se multiplient et frappent d'abord les travailleurs et leurs familles. En Belgique, l'incendie des Hautes Fagnes a ravagé près de 3 000 hectares, tandis que les canicules ont provoqué plus de 3 000 décès supplémentaires. Ailleurs dans le monde, sécheresses, glissements de terrain et incendies se multiplient également.

Publié en octobre, le dernier rapport de l'ONU sur le climat rappelle l'ampleur du défi : avec les politiques actuelles, le réchauffement atteindrait 2,8 °C d'ici la fin du siècle. Même si tous les engagements des États étaient respectés, ce réchauffement serait encore de 2,6 °C. Pour limiter le réchauffement à 1,5 °c, l’objectif fixé en 2015 à la COP21 pour éviter des conséquences imprévisibles sur le climat, il faudrait réduire les émissions mondiales de 45 % d'ici 2035. Nous en sommes très loin.

Ce constat n'est pas un appel à la résignation. Les solutions existent. En 2025, le monde a installé un volume record de nouvelles capacités d’énergies renouvelables. Depuis l'Accord de Paris, le développement du solaire et de l'éolien a même dépassé les prévisions les plus optimistes, surtout grâce aux investissements chinois. Ce qui manque, ce ne sont pas les technologies, mais la volonté politique et les investissements publics nécessaires pour accélérer la transition. Et l’ambition de sortir du jeu de ceux qui n’ont aucun intérêt à cette transition : les majors des énergies fossiles, TotalEnergies, Shell et autres Chevron.

L'argent pour l'armement, pas pour le climat

L'un des enjeux centraux de la COP31 sera le financement de la transition climatique dans le Sud global. Les pays les moins responsables du réchauffement en subissent pourtant les conséquences les plus graves. Ils ont besoin de moyens pour protéger leurs populations et développer des énergies propres, sans devoir s'endetter.

À la COP30, les pays riches se sont engagés à tripler le financement de l'adaptation climatique d'ici 2035. Le Canada, le Royaume-Uni et d’autres pays ont déjà annoncé leurs plans. La Belgique, elle, n'a toujours pas défini sa contribution. Pire, son financement climatique international a chuté de plus de 20 % entre 2024 et 2025, passant de 285 à 225 millions d'euros.

« Comment la Belgique compte-t-elle faire preuve de solidarité internationale à la COP alors qu'elle coupe dans les budgets qui aident les pays du Sud ? » À cette question posée par notre député Roberto D'Amico au ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke[1], celui-ci a répondu : « Nos engagements financiers doivent tenir compte des réalités budgétaires. » La députée N-VA Katrijn Van Riet a été plus explicite : « Notre groupe s'oppose catégoriquement à tout nouvel engagement financier. »

Pas de moyens, pas d'alternative : c'est la réponse du gouvernement De Wever-Bouchez dès qu'il est question de financer les services publics, les pensions, la sécurité sociale ou les politiques climatiques. Pourtant, ce même gouvernement prévoit de consacrer quelque 34 milliards d'euros supplémentaires à la militarisation. Il y a de l'argent pour les avions de combat et les armes, mais pour rien d’autre. C'est cette logique du deux poids deux mesures que démasque le mouvement social depuis plus de 19 mois.

La Belgique sans plan pour sortir des énergies fossiles

L'autre grande bataille sera celle de la sortie des énergies fossiles. Depuis la COP30 au Brésil, les pays participants travaillent à une feuille de route mondiale pour se passer du charbon, du pétrole et du gaz. Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne et les Pays-Bas, ont déjà publié leur plan. La Belgique, elle, n'a toujours rien à présenter.

Notre dépendance aux énergies fossiles nous rend vulnérables aux prix et aux décisions de leurs producteurs. La guerre menée par Trump et Netanyahou contre l'Iran en apporte une nouvelle illustration. Alors que les automobilistes paient leur carburant toujours plus cher et que les factures de gaz et d'électricité s'envolent, les grandes entreprises pétrolières et gazières profitent de la flambée des prix pour engranger des milliards.

La Commission européenne résume le coût de cette dépendance : « Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, les combustibles fossiles importés ont coûté à l'Europe 127 milliards d'euros supplémentaires, sans apporter la moindre molécule d'énergie en plus. »[2] Pendant ce temps, au troisième trimestre 2026, ExxonMobil, Chevron, Shell, TotalEnergies, BP et Equinor ont réalisé plus de 62 milliards de dollars de profits, plus du double qu'à la même période en 2025.[3]

Les solutions sont connues : investir dans les énergies renouvelables, les réseaux électriques, les transports publics, la rénovation des logements et la transformation de notre industrie. Mais les travailleurs ne doivent pas payer une nouvelle fois pour cette transition. Les moyens doivent être trouvés là où se concentrent les profits : en taxant les surprofits des géants du pétrole et du gaz, comme le réclament les syndicats, les organisations environnementales et même le Secrétaire général de l'ONU.

Les lobbyistes fossiles au cœur des négociations

Dans ce contexte, les géants des énergies fossiles mobilisent tous leurs moyens de lobbying pour défendre leurs intérêts dans les négociations climatiques. Une étude de la coalition d'ONG Fossil Free Politics[4] révèle qu'entre les COP28 et COP30, les États membres de l'Union européenne ont accueilli plus de 330 représentants de l'industrie fossile dans leurs délégations officielles.

La Belgique figure parmi les pays qui en ont invité le plus : 47 représentants en trois ans, ce qui la place en troisième position derrière l'Italie et la France. En moyenne, une personne sur huit dans la délégation belge était un lobbyist fossile. Parmi les entreprises représentées figurent notamment la multinationale Engie et le transporteur de gaz Fluxys.

Or les membres des délégations gouvernementales disposent de badges leur donnant accès aux espaces réservés aux États et aux négociateurs. Les représentants des entreprises qui ont intérêt à prolonger l'exploitation du gaz et du pétrole peuvent se retrouver au cœur des discussions sur la sortie des énergies fossiles. « Leurs intérêts commerciaux sont en conflit ouvert avec les besoins des pays européens. Chaque Etat qui réfléchit à amener avec lui des lobbyistes doit aujourd’hui se regarder longuement dans le miroir », explique Nathan Stewart, coordinateur chez Fossil Free Politics.

Le nombre de lobbyistes fossiles invités par les gouvernements européens a certes diminué : 132 à la COP28, 116 à la COP29 et 84 à la COP30. La mobilisation a contribué à mettre la pression. L’objectif doit être clair : les négociations climatiques doivent être protégées des intérêts de ceux qui tirent profit de la crise et cherchent à freiner la transition. 

La mobilisation peut changer la donne

Face à l'inaction des gouvernements, la population se mobilise. Le 11 octobre dernier, 60 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles à l'appel de la Coalition Climat. Jeunes, familles, syndicats, agriculteurs, médecins, associations et organisations environnementales ont rappelé que la lutte pour le climat concerne aussi le pouvoir d'achat, la santé, les conditions de travail et la solidarité internationale. Cette mobilisation a envoyé un message : nous refusons de subir des étés toujours plus meurtriers pendant que les gouvernements réduisent les moyens des services publics, dépensent des milliards dans l'armement et laissent les géants du pétrole engranger des profits records.

Tant que le profit restera la boussole de notre économie et de notre société, les intérêts des multinationales continueront de peser davantage que la santé, le climat et les besoins de la majorité. Il suffit d'écouter Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, invité régulier de la délégation française à la COP. Interrogé au sujet des guerres actuelles, il a déclaré : « Je préfère un monde en bouleversement à un monde paisible. Il y a davantage d'opportunités. » [5]Ce qui est une source d'instabilité et de difficultés pour des millions de personnes représente une occasion supplémentaire de faire des affaires pour quelques-uns.

Mais rien n'est joué d'avance. Au Brésil, la mobilisation populaire a bloqué le retour au pouvoir de l’extrême droite, qui menaçait d’accélérer la destruction de la Forêt amazonienne. Les lignes bougent aussi aux États-Unis, le plus grand responsable mondial du changement climatique, qui ne sera pas présent à la COP. La population vient d’envoyer un message de rejet contre Trump, les patrons qui l’entourent et leur monde. En Europe, la jeunesse se mobilise contre les projets de guerre, les travailleurs bloquent les ports d’où partent les armes. En Belgique, la mobilisation des travailleurs et de leurs syndicats, des jeunes, des activistes pour le climat et pour la paix amène le gouvernement toujours plus près de la rupture.

La COP31 ne résoudra pas à elle seule la crise climatique. Mais elle sera un moment important de mobilisation et de sensibilisation pour les associations, les syndicats et les organisations citoyennes présents à Antalya. Elle sera aussi l'occasion pour les pays du Sud de confronter les pays riches, dont la Belgique, aux contradictions entre leurs paroles et leurs actes.

L'enjeu dépasse largement les négociations à la COP. Chaque manifestation, chaque grève et chaque victoire collective contribuent à construire un rapport de force capable d'imposer un autre cap : organiser la production et les investissements en fonction des besoins humains et des limites de la planète, et non des profits d'une minorité. Le capitalisme brûle notre planète et menace notre avenir. Pour sortir des énergies fossiles et répondre à la crise climatique, il faut changer les règles du jeu. Et ce changement, nous pouvons le construire et l’imposer ensemble.

Nous vous tiendrons informés des discussions et des décisions prises à Antalya.


 

[1] https://www.lachambre.be/doc/CCRI/html/56/ic484x.html 

[2] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/speech_26_2319 

[3] Calcul sur base de leurs résultats financiers publiés.

[4] https://fossilfreepolitics.org/news/eu-governments-at-cop31-a-break-with-the-past-or-business-as-usual/ 

[5] https://www.ft.com/content/ae67bb6f-f227-4679-949f-2e79e2dc33e2?syn-25a6b1a6=1