Bas salaires et travail de nuit : un combo explosif pour la santé, selon Médecine pour le Peuple
Médecine Pour Le Peuple, un réseau de 11 maisons médicales du PTB, a réalisé une étude auprès de 512 patients sur l’impact du travail de nuit sur la santé. Celle-ci révèle qu'un travailleur de nuit sur quatre présente un risque élevé de Shift Work Disorder, un trouble du sommeil directement causé par le travail de nuit.
Ce résultat repose sur un nouvel outil de dépistage utilisé pour la première fois en Belgique. La vice-présidente de Médecine pour le Peuple, Elisa Muñoz Gomez demande plus d'attention pour les conséquences sur la santé du travail de nuit : « Travailler la nuit a un effet sur votre sommeil, sur votre corps et sur votre santé mentale. Le gouvernement veut généraliser le travail de nuit et supprimer certaines primes, cela nous inquiète. »
Le gouvernement veut généraliser le travail de nuit et supprimer certaines primes, cela nous inquiète
Elisa Muñoz Gomez poursuit : « Nous observons dans notre étude que deux facteurs aggravent clairement ce risque : le nombre d'heures de nuit travaillées par mois, et le niveau de rémunération. Au plus le salaire est bas, au plus le danger augmente de développer des troubles du sommeil. On retrouve le même lien avec le nombre de nuits prestées par mois. Les conséquences vont au-delà du sommeil. Les travailleurs les plus touchés ont deux fois plus d'accidents que les autres. Ils sont également quatre fois plus nombreux à souffrir d'anxiété et de dépression que la population générale. »
Le gouvernement veut généraliser le travail de nuit à d’autres secteurs tout en supprimant les primes, réduisant les heures indemnisées de 20h-6h à 23h-6h. Lors de la première proposition de réforme, on parlait d’une perte allant jusqu’à 228 euros mensuels pour les travailleurs. « C'est dans ce contexte que nous avons mené notre étude, poursuit Elisa Muñoz Gomez, car chaque jour, dans nos cabinets, nous voyons les dégâts : anxiété, dépression, épuisement, maladies cardiovasculaires, cancers. Le Centre International de Recherche sur le Cancer a classé le travail de nuit comme cancérogène probable dès 2007. Comprendre et mesurer ces impacts devenait une urgence. »
Le travail de nuit doit rester exceptionnel, et seulement quand les conditions sont bonnes pour les travailleurs
L’étude portait sur 512 travailleurs, dont 81 % effectuaient du travail de nuit au moment de l’enquête. Les patients ont été interrogés par l’intermédiaire de nos 11 maisons médicales et de l’Atelier Santé de la FGTB Charleroi.
Elisa Muñoz Gomez poursuit : « Travailler de nuit perturbe forcément le sommeil, mais on peut limiter les dégâts. Il suffit de bien organiser le travail : limiter les nuits consécutives à moins de trois, respecter des intervalles de récupération suffisants, privilégier des rotations progressives (matin → soir → nuit plutôt que l'inverse), et proposer des espaces de sieste avec un éclairage adapté. »
L’étude montre aussi autre chose : les travailleurs qui gagnent le moins sont ceux qui souffrent le plus. Moins d'argent, plus de troubles du sommeil, plus d'anxiété, plus de dépression. « Ce n'est pas une coïncidence, conclut Elisa Muñoz Gomez. Les primes de nuit ne sont pas un bonus : elles protègent la santé. Avec Médecine pour le Peuple, nous le rappelons : le travail de nuit doit rester exceptionnel, et seulement quand les conditions sont bonnes pour les travailleurs. »