Après Berlin, la Pride d’Anvers : Protest with Pride, aujourd’hui plus que jamais
Le samedi 8 août, la Pride défilera à nouveau dans les rues d’Anvers. Elle est devenue l’une des plus grandes manifestations du pays. Aujourd’hui, Anvers se prépare une nouvelle fois à l’accueillir, mais l’attentat perpétré contre la Pride de Berlin la semaine dernière reste dans tous les esprits. Ce genre d’attaques montre précisément que la Pride reste indispensable pour continuer à revendiquer notre place dans la rue. Pour envoyer un signal d’unité et de solidarité. Pour construire un espace où tout le monde peut se sentir en sécurité. Et pour défendre une société sans homophobie, sans transphobie ni aucune autre forme de discrimination.
Depuis 2008, la communauté LGBTQI+1 défile à Anvers. Partout dans le monde, les marches des fiertés sont organisées en faveur de l’émancipation et de l’égalité des droits, afin de montrer la communauté dans toute sa diversité. À Anvers, l’événement rassemble plus de 100 000 personnes, participantes et participants ou spectatrices et spectateurs.
Cette année, la Pride d’Anvers a choisi « Fearless » comme slogan. Elle appelle chacune et chacun à être soi-même, sans crainte ni honte. C’est une idée forte. Mais depuis l’attentat contre la Pride de Berlin, le 25 juillet, elle est aussi moins évidente qu’auparavant. L’attentat a fait un mort et 29 blessés. Pour beaucoup, le choc est immense. La violence, et le meurtre, en raison de ce que l’on est ou de la personne que l’on aime ne peuvent jamais nous laisser indifférents.
L’attentat de Berlin montre jusqu’où les idées conservatrices d’extrême droite peuvent mener. Et il est malheureusement loin d’être un cas isolé. Ces dernières années, nous voyons le soutien à l’émancipation des personnes LGBTQI+ s’effriter. En Belgique, le nombre de violences homophobes et transphobes augmente. En sept ans, la proportion de jeunes qui considèrent la violence contre les personnes homosexuelles comme acceptable a doublé2.
Les idées conservatrices, homophobes et transphobes sont propagées de différentes manières par l’extrême droite. À Berlin, l’auteur était animé par des motivations djihadistes. Dans beaucoup d’autres endroits, la haine vient de l’extrême droite traditionnelle. Des influenceurs en ligne comme Andrew Tate exercent une influence croissante sur des jeunes à la recherche de leur place dans la société. Le sexisme et le racisme, mais aussi l’homophobie et la transphobie, regagnent ainsi du terrain.
Chez nous aussi, l’extrême droite adopte une stratégie similaire. Depuis l’année dernière, l’organisation militante Voorpost manifeste lors des Prides afin de provoquer les personnes qui y participent. Elle diffuse la même haine que les influenceurs en ligne.
Les partis traditionnels ouvrent la voie
Mais l’extrême droite n’est pas seule en cause. Ces dernières années, des voix conservatrices issues de la droite traditionnelle s’élèvent de plus en plus ouvertement contre l’émancipation des personnes LGBTQI+. Selon elles, celle-ci serait allée trop loin. Le Premier ministre belge Bart De Wever (N-VA) a ainsi publié un petit pamphlet contre la prétendue « idéologie woke ».
Celle qui lui a succédé comme bourgmestre d’Anvers, Els van Doesburg (N-VA), est quant à elle partie en guerre contre les personnes transgenres. Lorsqu’elle était échevine de la Santé, elle a interdit à l’hôpital public anversois de faire connaître sur les réseaux sociaux son centre d’expertise en soins de genre. Ce centre est pourtant reconnu pour la qualité de ses soins, de son accompagnement et de ses informations. Toutes les études montrent que ce type de soutien est crucial pour réduire le nombre extrêmement élevé de suicides parmi les personnes transgenres. Mais cela ne l’a pas arrêtée.
Elle utilise par ailleurs sa présence dans les médias pour réduire les personnes transgenres à une « amusante partie de déguisement » ou à des « sportifs masculins médiocres ». De telles déclarations normalisent l’idée que les personnes LGBTQI+ n’auraient pas les mêmes droits que les autres. Elles légitiment ainsi le passage à la violence.
Dans le même temps, à tous les niveaux de pouvoir de notre pays, le soutien aux organisations qui défendent les personnes LGBTQI+ est réduit et soumis à de nouvelles conditions. Unia a perdu des moyens fédéraux. La Maison Arc-en-Ciel d’Anvers ne peut plus compter sur le soutien de la Région flamande. Et, au niveau anversois, les ambitions ne vont guère au-delà de quelques drapeaux arc-en-ciel dans l’espace public.
Alors que ces organisations sont de plus en plus nécessaires, les politiques publiques font défaut. Et cela n’a rien d’innocent. La N-VA mène l’offensive, mais Vooruit, qui détient les compétences liées à l’égalité des chances à tous les niveaux de pouvoir, ne fait guère plus que de la communication.
La violence touche tout le monde : nous ne pouvons pas laisser quiconque s’en servir pour semer la haine
Après l’attentat de Berlin, ces voix conservatrices de droite n’ont pas hésité à détourner la violence pour dresser les gens les uns contre les autres. Bart De Wever et Els van Doesburg ont publié des déclarations officielles dans lesquelles ils ont qualifié « la liberté d’être soi-même » de « droit chèrement acquis » et l’attentat d’« attaque contre notre société libre ».
En Allemagne, le chancelier fédéral conservateur Friedrich Merz a tenu des propos similaires. Tous les trois établissent exclusivement un lien avec les motivations islamistes de l’auteur de l’attentat de Berlin. Les autres formes d’extrême droite sont passées sous silence.
Cela s’inscrit également dans leur stratégie visant à semer la division au sein de la classe travailleuse. Ils savent qu’ils sont plus forts lorsque le mouvement LGBTQI+ est divisé et isolé des autres mouvements de lutte sociale. Ils qualifient certains groupes du mouvement d’« extrémistes », afin d’en détourner les autres. Ils affirment que les droits seraient déjà suffisants et que lutter pour une véritable émancipation serait « woke » et exagéré. Ils essaient ainsi de couper les personnes LGBTQI+ de celles et ceux qui se battent pour les droits sociaux.
Et en prétendant que les violences homophobes viendraient uniquement de milieux islamistes ou seraient « importées » par les personnes migrantes, ils sapent la solidarité avec le mouvement antiraciste.
La Pride a toujours été à la fois une fête et une protestation. Grâce aux marches des fiertés organisées chaque année, la communauté a conquis de nombreux droits. La plus grande force du mouvement réside dans la solidarité entre les gays et les lesbiennes, les personnes transgenres, les personnes queers et toutes les autres couleurs de l’arc-en-ciel. Il n’est donc pas étonnant que les conservateurs cherchent à saboter cette manifestation de solidarité et d’émancipation.
En Allemagne, cette stratégie est dénoncée. Alors qu’elles se remettaient encore des violences commises contre leur communauté, de nombreuses personnes LGBTQI+ ont demandé à voix haute où étaient passées, ces dernières années, les grandes déclarations de leurs dirigeants lorsqu’il s’agissait d’égalité des droits et d’émancipation.
« Nous ne devons pas seulement protéger les vies queers, mais aussi leur permettre de s’épanouir. […] Alors que nous pleurons les victimes, la droite détourne déjà l’attentat. Nous ne pouvons pas le permettre. L’extrême droite et les djihadistes poursuivent le même objectif », a déclaré à ce sujet le parti de gauche Die Linke3.
Certaines voix de droite vont encore plus loin. Elles défendent l’idée que cet attentat serait la conséquence d’une politique « trop inclusive ». Elles insinuent ainsi que le mouvement de la Pride serait lui-même en partie responsable de l’attentat4. C’est complètement absurde.
La Pride est un large mouvement de solidarité. Utiliser un attentat contre ce mouvement pour semer la division sape l’idée fondamentale qui pousse depuis des décennies les gens à descendre dans la rue et à prendre soin les uns des autres. Cette division creuse le fossé entre les différentes communautés. Elle rend plus difficile le dépassement des différences. Et les personnes LGBTQI+ de toutes origines et de toutes convictions en sont les premières victimes.
Protest with Pride, aujourd’hui plus que jamais
Aujourd’hui, il est donc important de voir la Pride pour ce qu’elle est. Une protestation contre les violences croissantes visant la communauté LGBTQI+. Un espace sûr où chacune et chacun peut être soi-même. Une manifestation exigeant une politique qui mise sur la véritable émancipation de l’ensemble de la communauté arc-en-ciel, sans s’arrêter à mi-chemin. Et, bien entendu, une fête de la communauté, permettant de célébrer tout ce que le mouvement de lutte annuel a déjà accompli.
La Pride montre que la solidarité entre les personnes et avec les autres mouvements, ainsi que la revendication continue de notre place dans la rue, permettent d’obtenir de nombreuses avancées. L’histoire le démontre, mais le présent aussi.
Grâce à la pression du mouvement, l’administration communale anversoise a dû reconnaître que Voorpost ne pouvait pas manifester lors de la Pride cette année. L’année dernière, ses militants avaient encore été autorisés à déverser leur haine sous escorte policière. La police anversoise les avait protégés et avait placé en arrestation administrative 17 participantes et participants à la Pride qui avaient réagi à leur présence.
Aujourd’hui, l’administration communale doit faire marche arrière. C’est une bonne chose, qui montre que l’action paie.
C’est pourquoi nous appelons tout le monde à participer à la Pride d’Anvers le samedi 8 août.
Le PTB défilera avec Comac, RedFox et Zelle sous le slogan « Protest with Pride ». Car tout montre qu’aujourd’hui, c’est plus nécessaire que jamais.
Le sigle LGBTQI+ recouvre les termes suivants : Lesbienne, Gay/homosexuel, Bisexuel.le, Transgenre, Queer et Intersexe.
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