40 partis européens ensemble contre l’austérité, pour stopper la militarisation et gagner l’avenir
Guerres et militarisation de la société, hausse des prix de l’énergie et crise industrielle : l’Europe est à la croisée des chemins. Ces 17 et 18 avril, Bruxelles vient d’accueillir le congrès du Parti de la Gauche européenne (PGE). 106 délégués venant de toute l'Europe se sont réunis pour apporter une réponse commune à la situation et décider d’orientations pour les trois prochaines années. Devenu membre du PGE en 2025, le PTB y a activement participé.
Le congrès a décidé de deux priorités claires traduites dans son titre « Contre l'austérité. Stop militarisation. Gagner l'avenir ».
Le document politique qui a été voté rassemble l’analyse, les propositions et les perspectives du parti de la Gauche européenne, regroupant 40 partis de 24 pays. Ambitieux et riche, il compte treize chapitres qui traitent également des enjeux comme les luttes de la jeunesse, le soutien aux combats syndicaux, le féminisme, la transition écologique ou les défis du numérique.
C’est le résultat d’une année de discussion entre les différents partis membres.
Le PGE est une plateforme d’échanges et d’action commune, avec des partis venant de traditions différentes de la gauche radicale, ayant sur certains thèmes des positions différentes. Si les partis membres ne partagent pas tous les mêmes positions, ce congrès a permis d’affirmer un parti de la Gauche européenne renouvelé.
En conclusion de ce débat, le congrès a décidé de mener une campagne commune intitulée « Welfare not Warfare (« La justice sociale, pas la guerre ») tournée vers l’action pour défendre une Europe de paix et pas de la course aux armements.
Walter Baier a été réélu président du Parti de la Gauche européenne. David Pestieau (PTB) est devenu vice-président du PGE aux côtés de Marta Martín Morán (Parti communiste d’Espagne) et Hélène Bidard (Parti communiste français), ainsi qu'un secrétariat politique composé de partis de toute l'Europe : Die Linke (Allemagne), Syriza et Néa Aristerá (Grèce), Rifondazione (Italie), Levice (République tchèque), Izquierda Unida (Espagne), Levica (Slovénie), Parti des travailleurs de Hongrie-2006 et le Parti communiste d’Autriche. Merlin Léonard et Ianthe Ghaye ont été élus comme représentants du PTB au Comité exécutif du PGE.
Un congrès qui montre l’ambition et la diversité du PGE
Parmi les intervenants, Peter Mertens, secrétaire général du PTB, a affirmé qu’une gauche de rupture peut gagner : « L’Europe doit rompre avec les États-Unis. Mais ce n’est pas suffisant. Car la question est : pour faire quoi ? Nous n’avons pas besoin d’une armée européenne qui fasse exactement la même chose que l’armée américaine : intervenir partout dans le monde pour sécuriser les matières premières et les routes d’approvisionnement (...). Nous n’avons pas seulement besoin d’une Europe autonome, mais surtout d’une Europe différente. Nous avons besoin d’une Europe socialiste qui rompe avec la guerre et l’impérialisme (...). Le socialisme est l’avenir, et nous sommes fiers d’être les forces de l’avenir. Cette assurance, cette fierté, nous devons les incarner. Nous devons vouloir gagner. Nous devons vouloir gagner le monde, et le montrer. »
Walter Baier a rappelé l'essence du combat de gauche : « Toutes les luttes pour les réformes ne doivent jamais nous faire oublier que notre objectif est de construire une société radicalement différente. À commencer par un système de sécurité en Europe qui n'est pas basé sur la course à l'armement, mais bien à la coopération, une Europe qui cesse d’être complice du génocide à Gaza, en arrêtant d’envoyer des armes à Israël et en suspendant l’accord d’association qui assure l’impunité à Netanyahou et son gouvernement. »
Venue exceptionnellement des États-Unis, Megan Romer, coprésidente des Democratic Socialists of America, parti du nouveau maire de New York Zohran Mamdani, a montré que le chaos créé par Trump n’est pas une fatalité : « Selon lui, l'État n’a pas le luxe de répondre aux besoins des travailleurs et doit concentrer toutes ses ressources sur l'armée et les guerres. Contre cette vision, la lutte des gens à la base, les millions de personnes mobilisées pour la Palestine, pour leur dignité et contre le militarisme : toutes ces luttes montrent qu’un autre monde est possible. »
Claes-Mikael Ståhl, secrétaire de la Confédération européenne des Syndicats, a fait le lien entre néolibéralisme et montée de l’extrême-droite : « Les attaques contre la sécurité sociale, contre les droits des travailleurs, contre les syndicats sont les conséquences d’une Europe du Capital. La question aujourd'hui est : comment faire face ? Soyons à l’offensive pour les droits des travailleurs et des syndicats, pour une Europe qui répond aux besoins des gens, pour une Europe de solidarité. Donnons de l’espoir, une perspective d'avenir. Si nous y parvenons, l’extrême-droite reculera. »
La lutte palestinienne a occupé une place centrale avec l’intervention d’Amal Jadou Shakaa, l'ambassadrice de Palestine en Belgique et auprès de l’Union européenne. Elle a appelé à poursuivre la solidarité internationale : « Ce qui se passe en Palestine et au Liban n’est pas une question régionale, mais un défi pour toute l’humanité. Le mouvement de solidarité avec la Palestine est essentiel pour notre libération. Les millions de personnes mobilisées partout dans le monde sont la preuve que les peuples refusent l’injustice et un puissant message d’espoir. »
Jeremy Corbyn, ancien leader du parti travailliste britannique, militant pour la paix depuis des décennies et initiateur de Your Party, a tracé la voie d'une Europe qui choisit la vie plutôt que les armes : « Le puissant lobby de l'armement a obtenu partout aux USA et en Europe l'augmentation des budgets, ce qui se fait partout par la coupe dans la sécurité sociale. Une économie de la guerre, c'est l'avenir qu'ils nous promettent. L'Europe n'a pas besoin du service militaire obligatoire, de milliards dans la militarisation, l'Europe a besoin de coopération internationale solidaire pour permettre le développement de notre continent et du reste du monde. Nous devons incarner la voix de la paix. Soyons fiers et offensifs dans notre lutte contre la militarisation, la guerre que veulent nous imposer nos élites, soyons déterminés et nous gagnerons ! »
Il y a aussi eu des interventions de Fabien Roussel (secrétaire national du PCF), Janina Böttger (membre du Bundestag allemand pour Die Linke), Simon Maljevac (ministre slovène, membre de Levica), Rena Dourou (députée au Parlement grec pour Syriza) et Rubén Pérez Correa (secrétaire d’État espagnol pour la Jeunesse et l’Enfance).
La soirée de vendredi a été consacrée à la solidarité avec Cuba avec les interventions de Juan Antonio Fernández Palacios, ambassadeur en Belgique, d’Elier Ramirez, directeur du Centre Fidel Castro, et la présentation par Marta Martín Morán (Parti communiste d’Espagne), nouvelle vice-présidente du Parti de la Gauche européenne.
Du congrès à la rue : rendez-vous le 14 juin à Bruxelles pour la manifestation « Welfare not Warfare »
Le congrès a affirmé qu’une autre Europe est possible : une Europe de la paix, de la justice sociale, de la solidarité et de la coopération internationale. Il est le point de départ d'une campagne européenne concrète. Elle démarre dès le 14 juin 2026, avec la manifestation « Welfare not Warfare » (« La justice sociale, pas la guerre ») à Bruxelles. Organisée par le front belge « Stop militarisering – Stop militarisation » et la coalition européenne « Stop ReArm Europe », elle vise à rassembler des milliers de jeunes, de personnes actives pour la paix et de syndicalistes de toute l’Europe.
Qu'est-ce que le Parti de la Gauche européenne ?
Fondé en 2004, le PGE est une plateforme d’échanges regroupant 41 partis de gauche radicale de 25 pays.
Il regroupe notamment Izquierda Unida, qui fait partie de la coalition gouvernementale en Espagne, Die Linke, qui a obtenu 9 % aux élections du Bundestag en Allemagne, ainsi que le PCF (Parti communiste français), qui participe à la majorité dans des villes comme Paris, Lyon et Nîmes, ou encore Syriza (Grèce), le parti communiste autrichien (KPÖ), Levica (Slovénie), Rifondazione comunista (Italie), Levice (République tchèque), déi Lénk (Luxembourg) ou le Parti des travailleurs de Hongrie - 2006.
Incarnant une grande diversité, aussi par les débats contradictoires entre les partis membres, le PGE fonctionne sur le principe de consensus pour permettre une action commune, tout en garantissant l’autonomie de chacun.
Cette plateforme a un réseau de contacts avec des syndicats, des associations et organisations progressistes au niveau européen. Le PGE a une longue histoire de lutte aux côtés des syndicats européens, un réseau pour la bataille des idées avec sa fondation Transform Europe, la co-organisation d’un Forum européen annuel et une université d’été qui rassemblent activistes, syndicalistes, académiciens de toute l’Europe pour débattre et apprendre les uns des autres. L’édition 2026 de l’université d’été aura lieu à Charleroi en même temps que la Marxist Summer School.
Plus d’information sur le Parti de la Gauche européenne : https://www.european-left.org/