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34 milliards pour des armes : la liste de course de Francken n’amènera pas la paix

Lors d’un débat à la Chambre consacré à la Vision stratégique et la loi de programmation militaire du ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) le 17 décembre, notre député Nabil Boukili s’est exprimé contre la militarisation, qui ne profite qu’aux va-t-en-guerre et aux marchands d’armes… au détriment des nos droits sociaux. Voici son intervention.

Lundi 2 février 2026

Le député fédéral du PTB Nabil Boukili.

Le député fédéral du PTB Nabil Boukili.

Transcription de l'intervention de Nabil Boukili à la Chambre.

Nous avons ce débat après avoir pris connaissance de la stratégie nationale de sécurité du président Trump, qui a récemment révélé un impérialisme assumé et ouvert, qui transforme l’Europe en plusieurs États vassaux, comme si nous n’étions qu’un sous-traitant à des intérêts économiques et géopolitiques américains.

Par l’intermédiaire de l’Otan, les États-Unis mettent les pays européens sous pression pour augmenter notre dépendance militaire au détriment de nos besoins sociaux afin que nous puissions ensuite acheter des armes américaines avec cet argent. À cet égard, il n’est pas surprenant que les trois entreprises d’armement aux revenus les plus élevés dans le monde soient des entreprises américaines.

Dans ce contexte, l’Europe et le gouvernement Arizona, au lieu de miser sur la diplomatie, de tendre la main à tous les autres pays, y compris ceux du Sud global, continuent de s’accrocher docilement aux États-Unis et de rêver que l’Union européenne devienne des États-Unis bis, également avec des ambitions impérialistes, raison pour laquelle il faut être lourdement armé et militarisé. Pour réaliser de telles ambitions, il faudrait avoir plus d’armes, bien sûr...

Plus de dépenses militaires signifie moins d’argent pour le social

Aujourd’hui, nous discutons de la loi-programme militaire pour la période 2026–2034, qui doit permettre ce réarmement. Une liste de courses de 34 milliards d’euros en armement présentée par le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA).

Ces milliards pour le réarmement ne tombent pas du ciel. Ils seront financés par nos pensions, notre système de santé et nos services publics. Le gouvernement Arizona prévoit ainsi d’économiser 2,5 milliards d’euros sur nos pensions d’ici 2029. Il organise un vol des pensions via le malus pensions, un vol de l’index par le plafonnement de l’index. Il va augmenter la TVA et les accises sur de nombreux produits, le tout pour pouvoir financer sa liste de courses de 34 milliards d’euros en matériel de guerre.

La liste des courses du ministre Francken

F-35 supplémentaires

Nous avons d’abord 11 F-35, d’une valeur de 1,67 milliard d’euros. Tout cela pour un avion de chasse offensif américain qui n’a pas été conçu pour la défense. C’est notre argent qui va servir à acheter ces avions. Avec cet argent, on pourrait mener plusieurs politiques sociales, répondre aux besoins de la population en matière d’enseignement, d’hôpitaux ou de santé. Mais non, on décide de le consacrer à l’achat de 11 avions de chasse F-35 supplémentaires, en plus des 34 avions déjà achetés par la Suédoise (N-VA, MR, cd&v, Open Vld).

De plus, il s’agit d’un avion offensif. M. le ministre Francken lui-même a vanté la supériorité des F-35 lorsqu’Israël a bombardé l’Iran. Cela montre à quoi sert réellement cet appareil : attaquer. Selon la vision stratégique de M. Francken, je le cite : « Les F-35 sont adaptés à la destruction d’objectifs stratégiques en profondeur sur le territoire ennemi. » Ce n’est pas pour défendre notre espace aérien. C’est pour attaquer dans un autre espace. Toujours selon lui, le caractère principal de l’appareil est qu’il permet d’opérer dans un espace aérien contesté, c’est-à-dire un espace couvert par la défense anti-aérienne ennemie. Récemment, on a par exemple vu des F-35 américains patrouiller autour du Venezuela en attente d’une invasion terrestre imminente.

Cet avion de combat nous rend dépendants à 100 % des États-Unis. Même Conner Rousseau (le président du Vooruit), partenaire de la majorité, nous le dit : « Les F-35 ne peuvent pas voler sans que Trump donne son feu vert. » Ce n’est pas Raoul Hedebouw, c’est Conner Rousseau qui le dit. Les États-Unis conservent le contrôle sur pratiquement tous les aspects : la logistique, l’armement, la formation, les logiciels, les systèmes radars, les pièces de rechange, etc.

Au-delà de ces aspects-là, c’est un avion qui a beaucoup de problèmes techniques. Un des quatre appareils qui devaient normalement arriver en fanfare le 13 octobre 2025 était en panne. Il n’y a pas plus significatif sur l’état technique de cet appareil. Selon le Government Accountability Office, le F-35 comptait encore 821 défauts non résolus début 2023. Je ne pense pas que les 821 défauts soient résolus aujourd’hui, vu que l’administration américaine elle-même a annulé la moitié de sa commande pour des problèmes techniques.

Avons-nous vraiment besoin de ces F-35 ? L’argument d’une menace russe ne tient pas pour les avions de combat. Comme je l’ai dit, ce sont des avions offensifs. L’Otan dispose actuellement de cinq fois plus d’avions de combat que la Russie. Les États-Unis à eux seuls en ont trois fois plus, et les pays européens de l’Otan, le double.

En plus, et c’est quand même assez remarquable, même Donald Trump le dit dans sa stratégie nationale de sécurité : « Les alliés européens disposent d’un avantage significatif en puissance militaire par rapport à la Russie, selon presque tous les critères, à l’exception de l’arme nucléaire. »

Des véhicules blindés

En plus des F-35, la Belgique va acheter entre 1 000 et 1 500 véhicules blindés, pour une valeur d’au moins 6 milliards d’euros. Selon le journaliste spécialisé dans la Défense, Jens Franssen, ces véhicules blindés sont adaptés principalement à des opérations à l’étranger, comme au Sahel, ou à des interventions en milieu urbain. Ils sont trop légèrement armés et protégés pour être utilisés dans une guerre conventionnelle.

Le général-major Jean-Pol Baugnée, commandant de la Force Terrestre, a dressé le même constat lors d’une audition sur ces véhicules blindés. Ainsi, il a déclaré : « Tôt ou tard, une décision politique sera prise pour être à nouveau présents en Afrique. Et en ce sens, le raisonnement de 2018, lorsque la décision concernant le CaMo (Capacités motorisées, programme commun entre armées belge et française) a été prise, reste toujours valable. »

Cela concerne donc l’Afrique, pas la défense du territoire belge. Entre-temps, nous avons appris que M. Francken a pris la décision politique d’envoyer à nouveau des militaires en Afrique. Il y a donc toute une logique derrière ces dépenses militaires.

Des drones armées

Ensuite, nous achetons un troisième SkyGuardian (drone MQ‑9B) et nous allons armer l’ensemble de nos drones MQ‑9B, pour un coût total de 500 millions d’euros.

Selon le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), « l’évolution des conflits en Libye, au Haut-Karabagh et en Ukraine a démontré que ce type de drone ne pouvait pas opérer à partir du moment où des défenses aériennes se modernisent et se resserrent. L’utilisation de SkyGuardian armés se limiterait donc à des contextes où l’adversaire n’aurait pas la capacité de menacer et contester l’espace aérien dans lequel il évolue. C’est le cas des opérations contre-insurrectionnelles ou contre-terroristes dans lesquelles les drones armés ont été principalement utilisés à ce jour en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen, en Irak, en Syrie ou au Sahel » (Avis interne à la Chambre, 2/01/2025).

Pas pour défendre l’espace aérien belge, donc. En commission de la Défense, nous avons été qualifiés de naïfs lorsque nous avons présenté cet avis. On nous a dit : « Vous n’avez rien compris. Vous êtes naïfs. Ce n’est pas pour l’Afrique. » Et que voyons-nous maintenant ? La première région où M. Francken va déployer le SkyGuardian armé, extrêmement coûteux, est la Méditerranéenne, pour contrôler « la migration, le trafic d’armes et d’autres flux illégaux », à cause de « ce qui se passe en Afrique du Nord, au Sahel et au Moyen-Orient ».

À quoi serviront ces armes ?

M. Francken a également annoncé les endroits dans le monde où vous souhaitez être militairement présents. Je les énumère brièvement :

Océan atlantique, mer du Nord, mer Baltique, mer Méditerranée, mer Rouge, océan Indien, golfe de Guinée, l’Ukraine, l’Islande, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine, la Somalie, la Libye, le Sahel, la République démocratique du Congo, le Mozambique, la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Tunisie, la Mauritanie, le Maroc, l’Irak, la Syrie, la Jordanie.

Vous avez ainsi annoncé que vous souhaitiez déployer l’armée pour lutter contre les flux migratoires en Afrique, notamment à l’aide des drones Skyguardian. Comme si davantage d’interventions militaires pouvaient assurer la stabilité et réduire la migration.

Je vais citer quelqu’un que l’on ne pourrait pas soupçonner d’être proche du PTB : Dominique de Villepin, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui avait d’ailleurs refusé la guerre contre l’Irak en 2003. Au Conseil de sécurité de l’ONU, il disait ceci : « Il est temps que les pays occidentaux, l’Europe et les États-Unis, tirent des leçons de l’expérience depuis l’Afghanistan, il y a quinze ans. Nous sommes intervenus militairement à de nombreuses reprises. Afghanistan, Irak, Libye, Mali… Avec quel résultat ? En 2001, il n’existait qu’un seul foyer de crise terroriste central. Aujourd’hui, ils sont près de quinze. Cela signifie que nous les avons multipliés. »

Nous devons donc nous pencher sur les véritables causes. Si vous voulez vous attaquer à la migration, il faut voir quelles en sont les véritables causes.

Par exemple, lorsqu’il y a un génocide, comme à Gaza, c’est une cause de migration. Si l’on mettait les moyens pour mettre fin au génocide, il y aurait moins de réfugiés palestiniens, parce qu’ils ne fuiraient pas le génocide.

Quand il y a une guerre prolongée au Soudan, liée aussi à la lutte pour les minerais, et dont on parle aussi comme d’un génocide, c’est une cause de migration. Quel est l’effort que nous déployons pour mettre fin à ces causes ?

Autre exemple, le réchauffement climatique, qui entraîne une expansion rapide du Sahara, provoquant la perte de millions d’hectares de terres fertiles et la privation de moyens de subsistance pour des millions de personnes. Ou encore la pêche industrielle organisée et subventionnée à hauteur de milliards par l’Union européenne le long des côtes ouest-africaines, qui laisse les populations locales et les pêcheurs locaux sans source de revenus.

La présence militaire ne va pas régler le problème de la migration, comme vous le prétendez. Elle en est la cause. Si on veut y mettre fin, ce sont plutôt d’autres moyens, diplomatiques, de prévention, qui doivent être mis en place. Ce n’est pas renforcer une méthode militariste qui a prouvé son inefficacité ces dernières années.

La présence militaire ne profite en réalité qu’à un seul groupe : les multinationales qui veulent exploiter le continent pour réaliser des profits au détriment des populations locales. M. Francken l’a dit lui-même sur Facebook, il ne le cache pas, en faisant référence à « la course aux minerais au Congo et le rôle de la Belgique dans ce domaine ».

Il ajoute également : « L’Europe et les États-Unis doivent rapidement accroître leur part de marché dans l’extraction des minerais. Cela devra se faire ici, au Congo. La Belgique peut y jouer un rôle clé. Dans la province congolaise du Katanga, l’entreprise belge Umicore est leader dans l’extraction du germanium. Umicore est également présente dans la chaîne de raffinage du cobalt. »

On voit très bien où sont les intérêts d’intervention ou de présence militaire. Il ne s’agit pas de paix ou de garantir une stabilité; il s’agit surtout de défendre les intérêts des multinationales qui veulent exploiter les richesses de ce continent. Et dans cette vision stratégique, M. Francken considère l’Afrique comme un continent où l’on peut profiter des minerais au moyen de puissance militaire, au profit des entreprises belges et au détriment des populations locales. D’ailleurs, c’est dans la même logique que ce que M. Trump a déclaré ces derniers jours.

Qui en profite ?

Ceux qui profitent aussi de cet armement, ce sont les fabricants d’armes. L’instabilité géopolitique et les investissements supplémentaires dans la Défense ont fait grimper les cours boursiers des entreprises du secteur ces dernières années.

Le journal De Standaard titrait « Les entreprises d’armement ont le vent en poupe ». « Parmi les 100 plus grands producteurs d’armes, 42 ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de plus de 10 %. Merci à l’Ukraine et à Gaza. » Lorsqu’on parle de prétendus profits ou de retours sur investissement dans l’industrie de l’armement, il s’agit surtout de vies humaines détruites, de sociétés brisées, de souffrance accrue dans le monde et de marchands d’armes qui se remplissent les poches et s’enrichissent au détriment de la stabilité et de la paix pour les peuples.

Maintenant que le président américain Donald Trump et son homologue ukrainien Volodimir Zelensky affirment être proches d’un cessez-le-feu, les investisseurs appuient sur le bouton de vente. Ainsi, depuis cette annonce, Rheinmetall a perdu 4,7 % à la bourse de Berlin, tandis que la société italienne Leonardo, et britannique BAE Systems, ont respectivement reculé de 3,9 % et 1,7 %. Milan et Londres sont contrariés par le processus de cessez-le-feu qui menace leur potentiel d’accroître leurs ventes d’armes.

Si vous voulez la paix, préparez la paix

On entend souvent l’adage « qui veut la paix prépare la guerre » – la phrase fétiche, de M. Francken. Dans les quartiers généraux politiques et militaires, il sert de justification à la montée en puissance militaire en Belgique et en Europe. Tout comme la dissuasion, érigée en élément central. La réalité est pourtant différente : « Qui veut la guerre, se prépare à la guerre. Qui veut la paix doit préparer la paix. »

Nous avons besoin d’une Europe et d’une Belgique radicalement différentes. Nous n’avons pas besoin d’une Europe qui suive aveuglément les États Unis, qui copie le modèle américain ou l’impérialisme américain. Nous devons dire non à la militarisation. Nous avons déjà suffisamment de moyens pour nous défendre.

Ce que nous devons rétablir, c’est notre diplomatie, notre capacité à résoudre les conflits de manière préventive. Ce qui nous fait défaut aujourd’hui, c’est cette absence totale d’investissement dans la voie diplomatique, alors qu’on mise tout sur la militarisation. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’Europe se retrouve aujourd’hui sur la touche lors des négociations de paix concernant la guerre en Ukraine.

Pour nous, la Défense doit avant tout garantir la protection du territoire et la sécurité de tous, en Europe comme en Belgique, et non les intérêts économiques des multinationales partout dans le monde. Nous voulons orienter notre politique de Défense vers la protection du territoire et non vers des aventures militaires à travers le monde.

C’est pourquoi nous ne soutiendrons pas ce projet de loi. Nous voterons contre cette militarisation, qui n’a pas sa place aujourd’hui dans le contexte actuel. Il nous faut miser plus sur une politique de diplomatie, sur une politique de dissuasion par la prévention des conflits, et non pas sur une course à l’armement. Une course à l’armement nous mènerait de façon certaine vers une guerre violente, et ce n’est pas ce dont on a besoin aujourd’hui.