Geert Asman, Premier échevin PTB à Zelzate, Steven De Vuyst, échevin, et Tom De Meester, président du PTB en Flandre-Orientale. Photo Solidaire.

La commune de Zelzate, située au Nord de Gand, sera désormais dirigée par une majorité de gauche. Le PTB sera donc au pouvoir dans une commune, et c'est une première. Le sp.a et le PTB ont conclu un accord de majorité qui opte radicalement pour la participation citoyenne, une taxation juste et une vraie politique sociale qui investit dans les gens.

Nous avons rencontré Geert Asman (tête de liste PTB à Zelzate et nouveau Premier échevin) et Tom De Meester (président du PTB Flandre-Orientale), qui ont participé aux négociations pour l'accord de majorité, accord intitulé « Een hart voor Zelzate » (un cœur pour Zelzate). « Après six ans d’une politique de droite dure au niveau de la commune, nous aurons enfin une majorité qui fait le choix d’un Zelzate juste, démocratique et social, réagit Geert Asman. Nous voulons une commune qui investisse à nouveau dans la population plutôt qu’une austérité destructrice, une majorité qui écoute la population l’implique dans les décisions de la commune. Les priorités sociales passent avant tout, et nous ne laisserons personne sur le côté.

Quels sont en gros les points les plus importants de l'accord ?

Nous baissons les taxes pour la population et les indépendants, et nous ferons davantage contribuer la grande industrie

Geert Asman. Tout d'abord, nous économisons sur le personnel politique. Il n'y aura plus de voiture de fonction pour le bourgmestre. C’est la première mesure décidée dans les négociations : rompre avec la vieille culture politique de self-service et de course aux postes. Nous supprimons aussi deux postes d’échevins. Les 100 000 euros que nous économisons ainsi seront investis dans la lutte contre la pauvreté.

Un autre point important est que nous voulons un vrai tax-shift à Zelzate. Nous baissons les taxes pour la population. Il existe actuellement une taxe sur l'environnement très impopulaire, une sorte de taxe forfaitaire pour les habitants. Nous allons la diminuer progressivement. Nous allons aussi diminuer les charges pour 600 indépendants. En même temps, nous ferons davantage contribuer la grande industrie. Les épaules les plus fortes doivent porter les charges les plus lourdes.

Tom De Meester. Nous misons aussi fortement sur la démocratie, la transparence et la participation de la population à la politique de la commune. Changer Zelzate se fera par en-bas, avec les gens. L'accord de majorité sera d'abord présenté à la population. Après trois ans, nous demanderons à la population d'évaluer le collège des bourgmestre et échevins. Les conseils consultatifs seront bien plus pris au sérieux. Ils pourront aussi mettre eux-mêmes des points à l'agenda du conseil communal. Cela rendra par exemple impossible de balayer de la table un avis du conseil de l'environnement. Nous allons faire une grande enquête auprès des jeunes pour déterminer les priorités pour la politique de la jeunesse, comme par exemple une nouvelle salle des fêtes.

Geert Asman. Nous allons à nouveau investir dans la commune après la rage d'austérité qui a sévi ces dernières années. Cela signifie concrètement, par exemple, que nous investissons 250 000 euros par an pour la pose et la rénovation de trottoirs. Mais nous investissons aussi dans l'énergie durable, dans des panneaux solaires sur les bâtiments communaux, et nous allons aussi investir dans la culture, en engageant un mi-temps pour cela…

Nous avons travaillé en profondeur sur le contenu. Cela n'a pas du tout été : vite, vite, se partager les postes

Et puis, il y a un point particulier : nous voulons aussi investir dans les gens. Nous allons examiner comment nous pouvons revenir sur la privatisation des services de nettoyage. Nous allons augmenter le budget du CPAS. Nous allons mieux soutenir les organisations de bénévoles dans la lutte contre la pauvreté et engager du personnel, entre autres pour aider les personnes en situation de pauvreté à faire valoir leurs droits.

Comment se sont déroulées les négociations ?

Geert Asman. Les négociations se sont passées de manière constructive et dans une bonne atmosphère de confiance. Nous avons travaillé en profondeur sur le contenu. Cela n'a pas du tout été : vite, vite, se partager les postes. Nous avons réfléchi de manière approfondie à un projet d'avenir pour Zelzate.

Tom De Meester. C’est un bon accord. Bien sûr, nous avions chacun nos priorités. Pour le PTB, la question de la lutte contre la pauvreté était évidemment fondamentale, ainsi que la rupture avec la vieille culture politique, une fiscalité équitable… Cet accord est le résultat des points communs que nous nous sommes trouvés. Dans l'accord, nous reconnaissons nos priorités. Et le sp.a aussi, je pense. C’est un accord fait pour les gens, avec des accents clairs pour les priorités sociales, la démocratie participative, le climat, l’environnement, et le bien-vivre à Zelzate.

La tentative d'approche du PS s'est résumée à du mauvais théâtre politique pour faire du PTB le mouton noir et ensuite faire des coalitions avec le MR. À Zelzate, il y avait vraiment la volonté d’aboutir à un accord.

Pourquoi les négociations du PTB avec le sp.a ont-elles pu déboucher sur un accord à Zelzate mais pas par exemple à Molenbeek et à Charleroi avec le PS ?

Tom De Meester. Nous voulions bien sûr arriver à accord dans ces communes, mais il s'est très vite avéré que le PS n'en avait pas réellement la volonté. Quand on veut forcer un accord de majorité en 15 minutes, sans parler du contenu, bon...

Geert Asman. Je pense que la grande différence, c'est qu'à Zelzate, le sp.a avait vraiment la volonté d’aboutir à un accord. Nous avons vraiment négocié dans la confiance pour trouver des convergences.

Tom De Meester. En Wallonie et à Bruxelles, la tentative d'approche du PS s'est en fait résumée à du mauvais théâtre politique pour faire du PTB le mouton noir et pour pouvoir ensuite faire des coalitions sans gêne aucune avec le MR. Le but était plus de préparer les élections de 2019 que de répondre aux intérêts des habitants, qui voulaient une coalition progressiste.

À Zelzate, de plus, c'était aussi le bon moment. D'après un sondage paru dans la presse, l'ancien bourgmestre était classé parmi les pires bourgmestres de Flandre. Nous avons discuté en long et en large pour trouver un plan d’avenir pour Zelzate. Et cela s’est fait autour d’une table de négociations, pas dans la presse.

Cela montre aussi que le PTB veut prendre ses responsabilités.

Tom De Meester. Bien sûr ! Nous ne sommes pas un parti qui veut rester éternellement dans l'opposition. Mais ce sont nos principes et arguments de fond qui priment. Zelzate est une expérience-pilote. Une première expérience autour de la manière dont nous pouvons diriger une commune avec une démocratie d'en bas. Nous voulons montrer qu'une alternative progressiste est possible face à la politique de démolition sociale de la droite.

Certains essaient de nous exclure en faisant passer le PTB pour un parti qui n'est pas prêt à faire des compromis et ne peut pas travailler avec d'autres. Nous avons aussi essayé ailleurs d'arriver à un accord. À Zelzate, nous prouvons que c'est bel et bien notre volonté.

Zelzate est une expérience-pilote autour de la manière dont nous pouvons diriger une commune avec une démocratie d'en bas

Mais nous n'entrerons jamais dans une coalition pour, comme cela aurait été le cas à Charleroi, être la cinquième roue du carrosse afin de dépanner le PS pour mener une politique traditionnelle. Désolé, mais, sans rupture dans la politique, nous n’avons rien à faire dans une majorité. Pour nous, le contenu a la priorité, pas la distribution des postes. À Zelzate, le sp.a a sept sièges, nous en avons six, et ensemble nous formons une majorité équilibrée et nous pouvons également conclure un accord équilibré.

Est-ce un hasard si c'est à Zelzate que le PTB entre pour la première fois dans une majorité au niveau d'une commune ?

Tom De Meester. Le PTB a déjà une longue tradition à Zelzate. C'est la première commune où le PTB a eu un élu, avec le médecin de Médecine pour le Peuple Frans Van Acoleyen. Cela fait très longtemps que nous travaillons dans cette commune. Nous la connaissons à fond, on sait ce qui y vit au millimètre près. Et l'équipe de Zelzate réussit très bien à traduire les attentes des gens en propositions politiques concrètes.

Les gens savent bien que, s'ils veulent obtenir quelque chose, c'est à eux de prendre les choses en main

Geert Asman. Ces dernières années, à Zelzate, il y a eu d'importantes luttes qui ont été menées d'en bas, par les habitants. Ils ont par exemple réussi à empêcher la privatisation des crèches et garderies. Il existe ici une tradition d'une population qui dit haut et fort ce qu'elle pense et tape du poing sur la table quand c'est nécessaire. Les gens savent bien que, s'ils veulent obtenir quelque chose, c'est à eux de prendre les choses en main. C'est cette dynamique qui souffle le vent dans les voiles de la nouvelle coalition.

Avez-vous ressenti une pression de la population pour conclure cette coalition ?

Geert Asman. La pression de ces dernières semaines était surtout due au fait que les gens trouvaient que cela prenait beaucoup de temps. Ils n'ont pas l'habitude que des partis prennent le temps de discuter du contenu et de l'avenir.

Par ailleurs, les gens étaient aussi impatients d'avoir un autre bourgmestre. Si ces négociations avaient échoué, la seule autre option aurait alors été que le sp.a s'allie à l'Open VLD, le parti de l'actuel bourgmestre, qui serait alors resté à son poste. Et cela, les gens le craignaient vraiment.

Qui devient échevin pour le PTB et avec quelles compétences ?

Geert Asman. Je deviens Premier échevin avec comme compétences : Affaires sociales, Bien-être et Santé, Travaux publics et Service technique, Budget et Finances. Steven De Vuyst devient aussi échevin pour le PTB, avec comme compétences : Jeunesse, Logement, Fêtes, Énergie, Environnement et Climat, Coopération au développement et Diversité. Les postes d'échevin sont répartis suivant le résultat des élections : le sp.a et le PTB ont chacun deux échevins et la tête de liste sp.a Brent Meuleman devient bourgmestre.

Comment réagissent les membres et sympathisants du PTB à l'entrée du parti dans la majorité ?

Geert Asman. Les gens sont très fiers que le parti soit arrivé à ce résultat. Dans un climat de droitisation, où la droite et l'extrême droite progressent, nous réussissons en tant que parti de gauche à aller à l'encontre de cette tendance.

Pour que le changement devienne effectif, nous aurons encore et toujours besoin de l'aide des gens. Peut-être encore plus que jamais.

L’accord de majorité est aussi le travail de toute l’équipe, n'est-ce pas ? Steven et moi serons certes échevins, mais l'accord de majorité est le résultat du travail de plus de 450 personnes qui, ensemble, se sont démenées durant cette campagne électorale. Je suis très reconnaissant vis-à-vis de ces membres et bénévoles.

Que signifie cette participation au pouvoir pour la section locale du PTB ? Le parti va-t-il devoir s'organiser autrement ou se centrer sur des priorités différentes ?

Geert Asman. Ce sera un autre rôle, mais notre manière de travailler et nos principes ne changent pas. Nous avons toujours dit que nous ne pouvions pas résoudre les problèmes à la place des gens, mais qu'il fallait les organiser et les mobiliser pour trouver ensemble des solutions. Eh bien, cela reste d'application. Pour que le changement devienne effectif, nous aurons encore et toujours besoin de l'aide des gens. Peut-être encore plus que jamais.

Tom De Meester. (Acquiesce.) Nous sommes désormais dans la situation où, pour la première fois en Belgique, nous sommes dans une coalition pour diriger une commune. Pour nous, c'est une nouvelle expérience. Nous voulons diriger cette commune avec la population. C'est pourquoi la démocratie et la participation sont tellement importantes. Nous voulons nous appuyer sur l'engagement du personnel communal, qui est pour l'instant sous-valorisé. Nous voulons aussi donner un rôle bien plus important aux conseils consultatifs. Nous allons établir des « conseils de quartier » dans tous les quartiers de Zelzate, des organes de personnes élues qui veulent être des ambassadeurs de leur quartier et œuvrer pour la collectivité. Ce sera un projet très participatif.

J'attends de la section PTB de Zelzate que les membres restent tout aussi critiques et actifs qu'auparavant. Nos membres sont notre richesse. Ils sont des antennes qui dénoncent des injustices, et cela doit rester le cas. Le contrôle de la base sur le collège des échevins est fondamental. Ils doivent nous rappeler à l'ordre si des choses doivent changer.

Je continuerai à vivre avec un salaire moyen de travailleur

Geert Asman. Le changement s’obtient par la lutte d’en bas. Ce n'est pas parce que le PTB participe désormais au pouvoir que nous allons pouvoir tout résoudre. Les gens vont devoir y œuvrer eux-mêmes et nous allons leur donner de l'espace pour cela.

Tom De Meester. Un des grands points de discussion est, par exemple, l'avenir du quartier Klein Rusland. Le gouvernement flamand veut faire disparaître ce quartier. Le sp.a et le PTB veulent faire en sorte que le gouvernement flamand réexamine toutes les alternatives, y compris celle de construire sur place un nouveau quartier modèle. Si cela n'aboutit pas, nous voulons que le nombre de logements sociaux soit intégralement réalisé ailleurs à Zelzate. Pour de tels objectifs, les gens vont devoir faire entendre leur voix. Ce n'est pas le collège des bourgmestre et échevins qui va pouvoir résoudre tout seul cette question à la place des gens. Les gens vont devoir bouger.

Pour finir, combien aller vous gagner en tant qu'échevin ?

Geert Asman. (Rires) La même chose qu'aujourd'hui. Je continuerai à vivre avec un salaire moyen de travailleur. Cela ne change pas. Je vais aussi continuer à temps partiel en tant que médecin. Les gens ont besoin de moi. Dans la région, on manque de médecins généralistes et je ne veux pas laisser mes patients sur le carreau. Notre maison médicale rénovée ouvrira bientôt à Zelzate. c’est donc une double fête pour nous ! (Rires)


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