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Les membres du personnel soignant sont au bout du rouleau. Ils ont à peine eu le temps de souffler cet été avec une première vague de coronavirus exténuante... Aujourd'hui encore, le criant manque de personnel demeure. La colère gronde.

Aurélie Decoene et Janneke Ronse

Travailler dans le secteur des soins est difficile. Vous devez faire preuve d’empathie envers les patients, tout en étant suffisamment fort mentalement de sorte que votre travail n’empiète pas sur votre vie privée. Vous suivez le rythme des patients, mais vous subissez quand même une sacrée cadence de travail. Il faut écouter, réfléchir et agir en même temps. Beaucoup trouvent que c'est un métier merveilleux. La situation actuelle rend le travail dans le domaine des soins insoutenable. Pénurie criante de personnel, flexibilité extrême et, en contrepartie, ... une rémunération pas du tout à la hauteur.
Cette semaine, une enquête a révélé que les professionnels de la santé se situent au plus bas de l'échelle de rémunération des métiers essentiels. Des années de coupes budgétaires et une logique de marchandisation ont gravement nui au secteur des soins.

Une fois de plus, le coronavirus nous met face à la dure réalité. Les héros du secteur ont assuré leur mission de soigner les autres, dans tout le pays. Ils ont été applaudis tous les soirs pour ça. Un vrai baume au cœur. Mais lorsque les applaudissements se sont arrêtés, aucune vraie mesure politique n’a été mise en place. Dans le monde politique, le retour à la case départ a été immédiat. Mais c’était sans tenir compte de la force de lutte du personnel soignant lui-même. En juin, pour la première fois, la coupe était pleine, et les syndicats de tout le pays sont montés au créneau.

Après les applaudissements, l'heure est au respect et à la participation, estiment les héros et héroïnes des soins. Des salaires plus élevés doivent également être à l'ordre du jour. Mais le plus gros problème reste l'immense charge de travail. Le travail dans le secteur des soins devient de plus en plus insoutenable.

Carmen travaille depuis vingt ans dans le service de gériatrie d'un hôpital. « La nuit, nous sommes seuls pour 24 personnes âgées », témoigne-t-elle. « Nous prions à chaque fois pour qu’il n’y ait pas d’imprévu. L’équipe du matin démarre à 6h30 et nous devons travailler jusqu’à 13h30 avant d’avoir notre première pause. Faire les toilettes, donner les médicaments, servir les repas, remettre les patients au lit, accompagner les patients aux toilettes, ... Les responsables du planning affirment que nous avons besoin de dix minutes par patient, mais il nous faut parfois une heure. C’est très tendu. Les patients nous disent parfois : ‘Je préfère ne pas sonner, vous êtes déjà si occupés’. Mais nous voulons vraiment aider. C'est pour ça qu’on a choisi ce métier. C’est dur à encaisser. »

Grâce à la lutte du personnel, les syndicats ont pu conclure un accord fédéral pour les hôpitaux et les soins à domicile. En plus des 400 millions d’euros du fonds d'urgence déjà approuvé pour les soins (qui permettent de recruter du personnel supplémentaire), il y aura 500 millions pour les salaires et 100 millions pour améliorer les conditions de travail. Cet argent est indispensable pour améliorer rapidement la situation dans les hôpitaux. Cependant, l'accord n'a pas encore été voté au parlement. Il va sans dire que des dispositions urgentes s’imposent dès la formation d’un nouveau gouvernement. D’autant plus que le gouvernement qui a négocié l'accord arrive à la fin de son mandat la semaine prochaine, et qu’il n'y a toujours pas de nouveau gouvernement. Des pressions supplémentaires devront venir du bas vers le haut pour que l'accord soit approuvé et mis en œuvre au plus vite.

Au niveau de la Région, les budgets des secteurs tels que les maisons de repos ont également besoin d'une augmentation. Ils ont la tête sous l’eau, et c'était déjà le cas avant la pandémie de coronavirus. Ils sont pris dans une spirale infernale. De plus en plus de personnes quittent le secteur, ce qui augmente la charge de travail, de même que le nombre de travailleurs en congé maladie. Des mesures rapides et de grande ampleur sont nécessaires dans ce domaine.

Ce dimanche 13 septembre, une action aura lieu à Bruxelles. Les professionnels du secteur seront dans la rue. La colère gronde. Le secteur continuera à se mobiliser tout au long de l’année jusqu'à ce que les travailleurs perçoivent un vrai changement sur le lieu de travail. La crise du coronavirus a permis à nos héros et héroïnes des soins de se rendre compte de leur valeur et de ce qu'ils peuvent accomplir en se mobilisant.

« Un jeune collègue sur cinq envisage de jeter l’éponge », explique Isabelle, une aide-soignante. « Qu’arriverait-il s’ils le faisaient vraiment ? Nous nous retrouverions alors vraiment dans le pétrin. Les collègues qui ont été infectés par le coronavirus ont désormais repris le travail, mais ne sont pas encore complètement rétablis et ne peuvent pas faire face à la charge de travail élevée. Les collègues enceintes ne sont pas remplacées. Parfois, nous avons des intérimaires, mais pas en nombre suffisant, et ils ne savent pas comment tout fonctionne. C'est comme si la politique vivait dans une autre réalité. Dans notre service, nous avons besoin d'au moins cinq collègues supplémentaires pour que cela soit viable. Nous ne participons jamais aux grèves parce que nos patients en subiraient immédiatement les conséquences mais, parfois, je pense qu'il vaudrait mieux le faire, pour que les politiques se rendent compte de l’ampleur du besoin. »


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