À l’heure de la « télé-école », beaucoup de jeunes n’ont toujours pas accès à un ordinateur à la maison. Le PTB en récolte

Elisa Groppi (à droite), députée PTB au Parlement de la Communauté française, réclame des ordinateurs pour les élèves en difficulté. (Photo PTB)

Le Covid-19 a changé notre manière d’apprendre et d’enseigner. Aujourd’hui, beaucoup de cours se donnent en ligne. Or, un élève du secondaire sur cinq n’a pas d’ordinateur à la maison. Une situation qui creuse des inégalités déjà existantes. Le PTB demande au gouvernement de la Communauté française de fournir plus d’ordinateurs aux élèves défavorisés. En attendant, partout en Belgique, des dizaines de bénévoles du PTB se mobilisent pour offrir des ordinateurs à des jeunes dans le besoin.

Jean-Pierre Kerckhofs et Elisa Groppi

Après la longue fermeture du printemps dernier, les écoles connaissent de nouvelles perturbations : elles fonctionnent à moitié en présentiel à partir de la 3ème secondaire. Ainsi, un nombre important de cours et travaux scolaires sont malheureusement organisés à distance. 

« Malheureusement » parce que c’est clairement une source d’inégalités. Tous les jeunes n’ont pas un espace au calme et adapté au travail scolaire à la maison. Tous n’ont pas accès à de la documentation. Et beaucoup ne disposent pas de matériel informatique et d’une connexion Internet qui permettent à la fois de consulter des sources utiles et de suivre des cours à distance. Dans ces conditions, les inégalités, déjà bien présentes dans notre enseignement, se creusent davantage.

Réduire les inégalités en équipant les élèves

Rien ne remplace la présence à l’école. Mais, en attendant qu’elle soit de nouveau possible en toute sécurité, si on veut atténuer ces inégalités, il faut fournir à chacun du matériel adéquat. C’est pourquoi, au Parlement de la Communauté française,  le PTB a exigé à plusieurs reprises que le gouvernement effectue, dans les plus brefs délais, un cadastre des besoins, et qu’il fournisse du matériel adéquat à ceux qui n’en disposent pas.

Malheureusement, si quelques initiatives ont été prises, on est très loin de répondre aux besoins. « Je partage le téléphone avec ma maman, confie Sarah, une élève de secondaire. On a deux cartes SIM alors, forcément, quand c'est la sienne qui est dedans, je ne peux ni recevoir d'appels ni me connecter. »

Les mesures gouvernementales sont insuffisantes

La Fédération des Associations de Parents de l'Enseignement Officiel (FAPEO) évalue à 56 % la part d'élèves du secondaire qui ne dispose pas d'un ordinateur personnel. Par ailleurs, une étude réalisée à la demande du Secrétariat Général de l'Enseignement Catholique (SeGEC) montre qu’un jeune du secondaire sur cinq (environ 70 000 élèves) ne dispose même pas d’un seul ordinateur à la maison. Ce pourcentage est énorme. Par ailleurs, on ne compte pas ici ceux qui doivent partager un ordinateur avec leur fratrie ou leurs parents en télétravail.

Concrètement, les mesures prises par le gouvernement de la Communauté française ont permis jusqu’à présent de distribuer 2 000 ordinateurs. En mai 2020, le gouvernement de la Communauté française a décidé d’en fournir 2 000 de plus. Mais, à ce jour, seulement 200 ordinateurs supplémentaires sont arrivés à destination. On est très loin des besoins exprimés par les élèves, parents et enseignants.

Le gouvernement prévoit d’aider les écoles pour l’achat d’ordinateurs. Mais pas suffisamment. En effet, il prévoit de n’équiper que 5 % des élèves de chaque école. D’une part, c’est insuffisant, puisque le besoin est évalué à 20 % (soit un élève sur cinq qui n’a pas d’ordinateur à la maison). D’autre part, cela ne tient pas compte des inégalités sociales entre établissements : dans certaines écoles, tous les élèves sont équipés en matériel informatique alors que, dans d’autres, très peu le sont.

Un autre aspect qui risque de léser les plus défavorisés : les assurances et le service après-vente ne sont pas payés par la Communauté française. Les écoles vont devoir les financer sur leurs fonds propres (ou devoir le faire payer aux parents). Ainsi, les écoles et les parents qui ont le moins de moyens vont devoir se priver de ces services, à l’inverse des plus nantis pour qui cela ne sera pas un problème.

Face à cette situation alarmante, le PTB ne pouvait pas rester les bras croisés : aux quatre coins du pays, plusieurs groupes locaux ont mis sur pied une campagne de collecte d’ordinateurs. Le mouvement de jeunesse du PTB RedFox y a également participé.

Des bénévoles du PTB Andenne participent à la campagne de récolte d'ordinateurs. (Photo PTB)

Récolte d’ordinateurs : comment ça marche ?

D’abord, des appels aux dons sont lancés sur les réseaux sociaux. Les groupes locaux centralisent les promesses de dons. Des chauffeurs vont ensuite chercher les ordinateurs chez les donateurs avant de les déposer à un point de collecte. Ensuite, d'autres bénévoles les reconditionnent et installent les programmes de base.

Il n’est pas obligatoire d’avoir un ordinateur à donner pour participer : il est également possible de faire un don financier. Grâce à l’argent récolté, on peut acheter de nouvelles batteries d'ordinateurs pour remplacer celles qui sont trop usées. Une fois reconditionnés et prêts à l'emploi, les ordinateurs sont offerts à des jeunes dans le besoin.  Les militants du PTB sont en contact avec des animateurs de maison de jeunes, des enseignants et des associations. Ceux-ci sont ravis de recevoir du matériel. Ils assurent que la demande est vraiment importante.

130 bénévoles se sont mobilisés partout en Belgique. Nous avons récolté 665 ordinateurs ainsi que 150 dons de matériel informatique divers (comme des écrans ou des imprimantes). Une partie de ce matériel a déjà été redistribué à des maisons de jeunes, des écoles de devoirs ou des associations s'occupant de personnes très précarisées.

Une action qui répond aux besoins

Ainsi, de nombreux jeunes ont pu reprendre l'école un peu plus sereinement. Plusieurs témoignages nous ont confirmé que la collecte avait répondu à leurs besoins. « Je vous remercie infiniment d'avoir pu bénéficier de votre récolte d'ordinateurs, nous a écrit un enseignant. J'aurai plaisir à le remettre à une famille avec deux enfants en 4e primaire et 2e secondaire. »

Une maman nous a dit : « Ma fille travaille sur un smartphone. Avoir un ordinateur avec un clavier était nécessaire. » Un animateur d’école de devoirs nous a raconté ceci : « Lorsque j’ai annoncé à des jeunes de 6e primaire que j’allais leur donner un ordinateur, elles ont cru à une blague. Elles n’en avaient jamais eu. “C'est trop précieux un PC, Monsieur, ça ne se donne pas !", m’ont-elles lancé. »

Enfin, un jeune a posté le  message suivant sur Facebook : « Le PTB a offert un ordinateur à mon petit frère pour qu'il puisse poursuivre les cours autrement que sur son smartphone. Merci à vous. »

Agir sur le terrain, avec des revendications politiques

Cela fait du bien. Même si notre collecte ne résout pas tout. Comme le montre cet autre témoignage : « Bravo ! Magnifique démarche. Mais je ne peux m'empêcher de penser aux parents qui ne savent pas se permettre de payer un abonnement Internet... Les fournisseurs de réseau devraient eux aussi permettre aux familles défavorisées d'y avoir accès. »

C’est pourquoi le PTB va continuer à se mobiliser sur le terrain en récoltant des ordinateurs pour les jeunes en difficulté tout en luttant politiquement pour des changements structurels vers un enseignement vraiment gratuit.

C’est vraiment gratifiant de participer à cette campagne. Vous voulez aider ? Cliquez ici.

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