Photo Solidaire, Dieter Boone

Le 8 mars prochain, avec Marianne – organisation des femmes du PTB – nous ferons grève. Non seulement en Belgique, mais dans le monde entier. De nombreux mouvements féministes nous ont précédées. Les inégalités qui existaient déjà se sont encore aggravées avec la crise du coronavirus. La présidente de Marianne, Maartje De Vries, nous explique cela à travers le récit de trois femmes.

Tine sent les effets de la crise dans son portefeuille

Tine est une femme douce, une vieille amie. Nos chemins se sont un peu éloignés, mais nous restons en contact grâce aux réseaux sociaux. Elle travaille comme aide-ménagère, pour un salaire horaire de 11,5 euros. Même en temps normal, elle a du mal à tenir jusqu’à la fin du mois. Mais pendant la crise du coronavirus, elle a été mise en quarantaine à deux reprises pendant une semaine. Elle ne peut pas se permettre de perdre ces revenus. À la fin de chaque mois, il y a moins à mettre dans la boîte à tartines de ses enfants. Tine recourt parfois à la banque alimentaire. Là, elle voit les files d’attente s’allonger de plus en plus.

Tine n’est pas la seule dans ce cas. Pendant la crise du coronavirus, les femmes ont perdu deux fois plus de revenus que les hommes. Et cela fait encore plus mal si votre salaire est déjà très bas, comme c’est le cas pour de nombreuses femmes. 

Tine participera à l’action du 8 mars. Elle réclame un salaire minimum de 14 euros de l’heure. Tout le monde a droit à un revenu décent.

Aujourd’hui, la plupart des femmes travaillent en dehors du foyer. Mais elles ne le font pas pour le même salaire que les hommes. Près de la moitié d’entre elles travaillent à temps partiel, le plus souvent involontairement. Parce qu’elles ne peuvent pas avoir plus d’heures, ou parce qu’elles restent une partie du temps à la maison pour s’occuper des enfants, des parents, des tâches ménagères... Ce travail n’est pas rémunéré, mais c’est un travail important. De plus, les femmes travaillent souvent dans des secteurs à bas salaires. Par conséquent, on observe un écart salarial de 23,7 %. Elles gagnent donc en moyenne près d’un quart de moins par an que les hommes.

Ilse est l’une des nombreuses victimes de violence

Alost est une ville à l’est de la Flandre-orientale, à proximité de Bruxelles. Pendant des années, la femme politique CD&V Ilse Uyttersprot en a été la bourgmestre. En août 2020, elle a été assassinée par son partenaire.

Ilse a été victime d’un féminicide, mais elle a également été victime d’une politique qui ne fait pas une priorité de la lutte contre les violences faites aux femmes. L’homme avait déjà été condamné pour violence conjugale et harcèlement. Quelle a été la sanction pour ces actes ? Une peine conditionnelle...

Ilse n’est pas la seule femme à avoir été tuée parce qu’elle est une femme. Nicole, Ahlam, Manoe, Halina... Depuis le premier confinement, il y a eu au moins 29 victimes de féminicide. Le féminicide consiste à tuer une femme parce qu’elle est une femme. Il s’agit d’une forme extrême de violence contre les femmes. Violence domestique, violence conjugale, violence sexuelle, comportement transgressif... Ces problèmes de société surviennent dans toutes les couches de la population. Pourtant, les autorités ne les prennent pas en main, malgré de belles promesses.

Au nom d’Ilse et de toutes les autres, nous mènerons des actions le 8 mars. Nous exigeons que le gouvernement élabore un plan d’action national, prévoyant une approche coordonnée des violences contre les femmes.

Les femmes sont beaucoup plus susceptibles d’être victimes de violence, d’abus sexuels. Une femme sur cinq est victime de violence domestique, et une femme sur trois est confrontée à des abus sexuels. Les violences contre les femmes se produisent à tous les niveaux de la société, mais elles ne sont pas prises suffisamment au sérieux. En raison de la crise du coronavirus, ces violences ont fortement augmenté. Rester confinée avec un partenaire violent est très dangereux. Pourtant, le gouvernement n’a toujours pas mis en place de véritable politique pour résoudre cela.

Nadia doit chercher de l’aide aux Pays-Bas

Nadia est une connaissance. Je l’ai rencontrée par hasard. Nous nous sommes tout de suite bien entendues. Nadia est une chouette fille. Je sais, mon avis est partial, mais c’est vraiment le cas. Il y a quatre ans, elle a rencontré Ward. Après quelques rendez-vous, Nadia a décidé de ne pas poursuivre cette relation et elle est passée à autre chose dans sa vie. Jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle était en retard sur son cycle. Ooh, non... ! Ils avaient pourtant été prudents ? Elle n’arrivait pas à l’imaginer. Depuis combien de temps était-elle enceinte ? Une visite chez un médecin lui a apporté la réponse : 14 semaines. Que faire ? En Belgique, l’avortement après 12 semaines est illégal.

Nadia a fini par se rendre aux Pays-Bas, seule et avec un choc émotionnel et financier par la suite.

Avec Nadia, nous mènerons des actions le 8 mars pour la dépénalisation de l’avortement, pour l’extension de la durée légale de l’avortement, et pour le droit des femmes à disposer de leur corps.

Nadia n’est pas seule dans ce cas. Chaque année, 500 femmes sont contraintes de se rendre aux Pays-Bas. Une proposition de loi est sur la table depuis 2019 pour prolonger la durée légale de l’avortement, et retirer l’avortement du Code pénal. Tous les partis gouvernementaux y sont favorables, sauf le CD&V. Afin de convaincre ce parti de venir au gouvernement avec eux, les partis dits progressistes ont mis la proposition de loi au congélateur. Ils ont ainsi réduit les droits des femmes à une monnaie d’échange politique.

Nous ne sommes pas seules

En Espagne, en Argentine, au Honduras, en Pologne, au Chili, en France, aux États-Unis, etc. les femmes se sont battues pour des salaires plus élevés, contre la violence, pour le droit à l’avortement. Et elles ont obtenu de grands changements. La lutte acharnée des femmes argentines a débouché sur une loi progressiste en matière d’avortement. En Espagne, le grand mouvement féministe contre les violences envers les femmes a imposé une législation forte. Aux États-Unis, les travailleurs et travailleuses du fast-food, principalement des femmes, ont réussi à faire doubler leurs salaires. 

Nous aussi, nous pouvons remporter des victoires. Nous rejoindrez-vous, Tine, Nadia, moi-même, ainsi que des millions d’autres femmes, pour mener l’action le 8 mars ?

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