Photo : Belga

« Il y a clairement une volonté de créer un écran de fumée avec cet accord, réagit Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au Parlement wallon après avoir lu attentivement le projet d’accord de gouvernement. On y parle d’un plan d’investissement social et écologique, mais entre les lignes on voit le retour des mêmes recettes libérales. »

« D’autant plus qu’il y a très peu de chiffres et que la question budgétaire est réduite au stricte minimum : à peine 10 lignes sur 122 pages, remplies uniquement de quelques bonnes intentions. Impossible dans ce cadre de répondre à l’urgence sociale aujourd’hui en Wallonie en matière de logement, de santé, de développement des services publics, rajoute le porte-parole du PTB. Ce coquelicot bleuté cache mal les politiques antipopulaires de demain. Le nombre de nouveaux logements publics annoncé est dérisoire au vu des besoins sociaux immenses en Wallonie. 3000 nouveaux logements alors qu'il y a 40 000 personnes sur liste d'attente. 3000, c'est deux fois moins que les logements promis lors des législatures précédentes et dont on sait que l'objectif n'a pas été réalisé. C'est largement insuffisant. »

Le mauvais cocktail de partenariats public-privé et de coupes budgétaires

« Le plan d’investissement proposé ne sera malheureusement pas une vraie politique d’investissement sociale et écologique » explique Germain Mugemangango. « Car on comprend bien en lisant l’accord que le gouvernement aura recours aux recettes classiques de l’Union européenne, à savoir les partenariats public-privé (PPP) d’une part, et les coupes budgétaires d’autre part. ».
L’option des PPP est confirmée à la fois dans le texte même de l’accord et par l’annonce de poursuivre et d’élargir le plan d’investissement du précédent gouvernement MR/CDH, celui-ci étant déjà financé à plus de 50 % par des partenariats public-privé.

Et si la nouvelle majorité bleue-coquelicot s’est bien gardée de parler de coupes budgétaires lors de la présentation de l’accord, cela a par contre été clairement évoqué dès ce matin par Willy Borsus (MR) au moment d’expliquer d’où viendraient les marges pour investir : « On devra faire des économies », a-t-il annoncé clairement. Le chapitre 23 sur les services publics va dans ce sens : le non-remplacement des fonctionnaires semble bel et bien maintenu, et la note parle de « responsabiliser chaque département » via des « enveloppes de personnel », de « screening complet de la charge de travail de chaque direction générale » et « d’économies d’échelle ».

La « demande d’infléchissement des règles budgétaires européennes » qui sera « portée par le gouvernement à l’échelle européenne » est un vœu pieux dans le cadre de l’Union européenne libérale actuelle, d’autant plus avec Charles Michel aujourd’hui à sa tête.
Pour le PTB un large plan d’investissement est absolument nécessaire pour la Wallonie. Mais celui-ci doit être basé sur une logique d’investissements publics comme condition pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux. « Les investissements publics doivent garantir par exemple la construction de logements sociaux et de sources d’énergies renouvelables bon marché. Ce n’est évidemment pas compatible avec la préoccupation des multinationales qui investissent dans les partenariats public-privé et veulent assurer leur rendement avant tout. Pour nous, il ne peut pas être question de couper dans les budgets publics. Il faut au contraire y investir et c’est pour cela que nous avions mis sur la table la nécessaire rupture avec le carcan budgétaire européen », déclare Germain Mugemangango.

L’activation et les cadeaux aux grandes entreprises ne sont pas la solution

Au niveau de la politique économique et d’emploi, d’un côté le gouvernement poursuit la même politique de cadeaux aux grandes entreprises avec les pôles de compétitivité. Et de l’autre, il reprend la logique de l’activation en exigeant que les demandeurs d’emploi multiplient les formations et les stages (sous-payés), leur renvoyant ainsi la responsabilité de leur situation.
« Pour nous, la logique devrait être inverse, explique Germain Mugemangango. Au lieu de faire des cadeaux aux grandes entreprises, on devrait investir dans des emplois publics de qualité. On devrait prendre des mesures contre les multinationales qui licencient. Et si l’on veut résoudre le problème des emplois en pénurie, il faut avant tout s’assurer que ceux-ci soient correctement payés et de meilleure qualité ».

Le renoncement à propos du logement social n’est pas acceptable

Le PTB dénonce le fait qu’il n’existe aucun objectif clair en matière de création de logement social. « Tout au plus parle-t-on de la construction de 3 000 logements publics sur les cinq ans à venir et de quelques milliers de rénovations, ce qui est une goutte d’eau par rapport aux plus de 40 000 personnes sur une liste d’attente en Wallonie. Avec la grille contraignante des loyers, le logement social est la clef de voûte pour répondre à l’urgence sociale en matière de logement, et tous les acteurs de terrain le disent depuis longtemps. De récents reportages ont montré l’urgence qu’il y a en la matière. On ne va pas combler ce manque en confiant des logements privés à des agences immobilières sociales ou en instaurant une allocation loyer. C’est un véritable renoncement sur ce point, et c’est inacceptable pour nous », réagit encore Germain Mugemangango.

Les maigres avancées contre l'inégalité dans l'enseignement sont détricotées

En matière d’enseignement, si l’on compare la note coquelicot du PS et d’Ecolo de juillet 2019 à la déclaration de politique communautaire de septembre 2019, on voit que la première s’est également teintée de bleu depuis les négociations avec le MR. Les maigres avancées contre l'inégalité contenues dans le tronc commun du pacte d'excellence sont rabotées. L’abrogation du décret inscription ne résout absolument pas le manque de places. Et la diminution des frais scolaires, reste « progressive ». Cela fait des années que les différentes coalitions au pouvoir en Fédération Wallonie- Bruxelles promettent de « tendre vers la gratuité de l’enseignement », de « donner plus de moyens à la culture », de « soutenir l’accès au sport pour tous », de « lutter contre l’analphabétisme », mais rien ne change. Elio Di Rupo a par ailleurs bien dit lors de la conférence de presse qu’il n’y aura pas de refinancement de la Fédération Wallonie Bruxelles. L’école gratuite n’est donc pas pour demain.

La préparation du chimiste Di Rupo semble vouée à virer au bleu

« Elio Di Rupo parle d’une « chimie formidable de nature progressiste » concernant cet accord. Mais après lecture, malgré de bonnes intentions sur une série de points, notamment au niveau climatique, la préparation du chimiste Di Rupo semble surtout vouée à virer au bleu » conclut Germain Mugemango. « Les investissements nécessaires non seulement au niveau du logement mais aussi de la mobilité, de la santé ou de l’enseignement ne pourront pas être réalisés dans ce cadre. Ce sont au contraire de nouvelles mesures antipopulaires qui s’annoncent. Une rupture est nécessaire et nous continuerons à nous battre pour celle-ci avec le PTB. »


Soyez le premier à commenter

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.

Nous avons besoin de votre soutien