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Encore retarder l’âge de départ petit à petit est fondamentalement injuste : tout le monde doit cotiser 40 à 45 ans, mais les ministres, les banquiers ou les cadres touchent deux fois plus de pension et en profitent presque deux fois plus longtemps.

Lors des élections de 2014, tous les partis avaient fait la promesse de maintenir l’âge de la pension à 65 ans. « Il n’y aura pas de relèvement de l’âge légal de la pension », pouvait-on lire dans leur programme. Mais, une fois de plus, les électeurs ont été dupés. Trois semaines à peine après la formation du gouvernement Michel, une marée humaine de 120 000 citoyens indignés déferlait dans les rues de Bruxelles pour dénoncer cette duperie envers les électeurs. Le malaise face à cette tromperie ne s’est jamais estompé et est toujours bel et bien présent.

Comme l’a révélé le PTB, ces politiciens qui veulent nous obliger à travailler jusqu’à 67 ans peuvent quant à eux prendre leur retraite dès l’âge de 55 ans. Et il leur suffit d’un ou deux mandats au Parlement pour accumuler autant de pension qu’un simple travailleur sur toute une carrière. Ces privilèges accordés à l’élite politique sont inacceptables. Lier l’âge de la pension à l’espérance de vie moyenne c’est faire de la pension un privilège.

Nous ne sommes pas tous égaux face à la mort

« Nobles, riches et pauvres sont tous égaux face à la mort ». Selon cet adage, la mort efface toute différence de rang ou position. La mort aurait donc un rôle de niveleur. Mais, dans la réalité, il n’en est rien. Un ministre, un commissaire européen, un banquier ou un cadre vit en moyenne dix ans de plus qu’un ouvrier du bâtiment, une femme d’ouvrage, un travailleur intérimaire, une infirmière… bref, une personne qui, jour après jour, effectue un travail pénible. Et, si l’on prend l’espérance de vie en bonne santé, cette différence peut aller jusqu’à vingt ans. Autrefois, ces différences étaient moins notables, aujourd’hui elles s’intensifient à nouveau parce que l’espérance de vie augmente pour les personnes qui se trouvent en haut de l’échelle sociale, mais stagne pour ceux qui se trouvent en bas.

Relever progressivement l’âge de la pension est dès lors fondamentalement injuste : tout le monde doit contribuer pendant 40 ou 45 ans, tandis que les ministres, les banquiers et les cadres perçoivent une pension deux fois plus élevée et peuvent en profiter pratiquement deux fois plus longtemps.

Bart De Wever (N-VA) rétorque que « seuls quelques-uns devront effectivement travailler jusqu’à l’âge légal de la pension ». C’est faux. Le gouvernement Di Rupo et le gouvernement Michel ont drastiquement réduit les possibilités de pension anticipée. Les personnes qui ne comptabiliseront pas 42 ans de carrière n’auront plus droit à une retraite anticipée, mais devront travailler jusqu’à 67 ans, et peut-être même jusqu’à 70 ans, si l’on en croit le chef de la N-VA. Un véritable drame pour les femmes dont la majorité n’arrive déjà pas à comptabiliser 42 années de carrière, parce qu’aujourd’hui encore ce sont les femmes qui assument la plupart des tâches ménagères, charges d’éducation et de soins et parce que se sont plus souvent les femmes qui – volontairement ou non – prennent un travail à temps partiel.

C’est aussi le problème avec la proposition de Groen, qui vise non pas à redescendre l’âge de départ à la pension, mais à uniquement compter la durée de carrière : 42 ans. Interdire à une personne de prendre sa pension tant qu’elle n’a pas comptabilisé 42 ans de carrière va très loin. C’est obliger non seulement les femmes, mais aussi les personnes qui étudient plus longtemps ou qui ne trouvent pas un emploi immédiatement après avoir terminé leurs études, à travailler jusqu’à 67 ans. Or obliger les gens à travailler jusqu’à 67 ans n’a rien d’une mesure sociale.

La N-VA s’est inspirée du sp.a, qui, dans son programme électoral de 2014, proposait pratiquement littéralement ce que la N-VA propose aujourd’hui, à savoir qu’il faut lier la durée de la carrière à l’espérance de vie moyenne. Selon le sp.a, la carrière doit donc passer de 42 à 43 ans, et ainsi de suite. Cette idée, on la retrouve également dans le rapport sur les pensions de Frank Vandenbroucke (sp.a), tout comme la pension à points.

Notre pension est un droit, pas une tombola

La N-VA voudrait également remettre sur la table le système de pension à points dans un prochain accord de gouvernement. Elle reprend dans son programme la proposition de Frank Vandenbroucke, qui prévoit de ne plus calculer les pensions en euros, mais en points. Une proposition qui a suscité énormément d’opposition et a finalement été rejetée lors du précédent gouvernement sous pression du mouvement social. Le prochain gouvernement tentera une nouvelle fois de duper les électeurs, comme il l’a fait pour les 67 ans.

La pension à points obligera tout le monde à travailler plus longtemps pour une pension moindre. On l’a vu en Suède, où il faut aujourd’hui travailler jusqu’à 68,5 ans pour une pension dont le montant n’est pas plus élevé. C’est aussi le cas en Allemagne, où les pensions ont diminué de 10 % par rapport aux salaires suite à l’introduction du système de pension à points. Ce système fait de nos pensions une tombola, puisque le montant de la pension dépend désormais de facteurs qui n’ont rien à voir avec le salaire et sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, comme l’espérance de vie moyenne, les crises financières, le budget, la dette publique, le salaire des autres travailleurs.

Ce que nous voulons c’est une pension décente, y compris pour les générations futures. Si l’on dresse le bilan de la situation jusqu’à présent, on constate que le gouvernement Michel et le gouvernement Di Rupo ont déjà considérablement taillé dans nos pensions :

  • Abolition du bonus de pension : le gouvernement Di Rupo a coupé en deux le bonus de pension, le gouvernement Michel s’est chargé de l’achever, ce qui représente 180 euros de pension en moins par mois pour celui qui travaille jusqu’à 65 ans.

  • Les interruptions de carrière et certaines formes de crédit-temps ne comptent plus pour la pension, ce qui peut très vite monter jusqu’à 50 euros de pension en moins par mois.

  • Pour les personnes qui bénéficient du RCC et qui ont commencé tôt leur carrière, la pension n’est plus calculée sur les dernières, mais sur les premières années de travail, ce qui peut aller jusqu’à 140 euros de pension en moins par mois.

  • Suite aux mesures prises par le gouvernement Di Rupo et le gouvernement Michel, les fonctionnaires ont déjà perdu près de 200 euros de pension par mois.

  • Les personnes qui ont souscrit une assurance groupe auront également une pension moindre parce que la garantie de rendement sur les épargnes-pension a été réduite de moitié par le gouvernement Michel.

« Celui qui veut s’assurer une bonne pension doit prendre ses responsabilités », a déclaré le ministre des Pensions Bacquelaine. Et le spécialiste des pensions de la N-VA, Jan Spooren, a ajouté : « Celui qui possède une maison et une petite épargne doit bien pouvoir vivre avec une pension de 1 100 euros ». Facile à dire quand on gagne 6 000 euros par mois !

Notre proposition : le « Plan 65-60-55 »

La garantie d’une pension décente, y compris pour les générations futures, commence par l’abolition de l’obligation de travailler jusqu’à 67 ans. « Nous n’avons rien résolu en relevant l’âge de la pension à 67 ans. Nous n’avons pas créé de travail faisable pour les seniors, ni d’emplois supplémentaires pour les jeunes et nous n’avons pas amélioré la santé des gens. Tout bien considéré, cette mesure était une mesure simpliste qui a plongé un grand nombre de personnes dans la misère ». Ces paroles sont celles du premier ministre canadien, Justin Trudeau. Le Canada avait lui aussi relevé l’âge de la pension à 67 ans, mais le ministre Trudeau l’a ramené – face aux pressions de la population – à 65 ans. C’est donc une mesure simpliste qui ne résout rien.

Nous voulons mettre en place notre plan 65-60-55, autrement dit ramener l’âge légal de la pension à 65 ans, permettre aux travailleurs qui le souhaitent de prendre leur pension anticipée dès 60 ans au terme d’une carrière de 40 ans, et restaurer les crédit-temps de fin de carrière pour les 55 ans et plus, afin de garantir un travail faisable à nos seniors. Pour les personnes qui ont commencé à travailler très tôt et exercent un métier lourd, nous voulons maintenir la prépension à 58 ans.

C’est tout à fait réalisable. Le processus de vieillissement de la population est un processus qui s’étend sur de nombreuses années. Nous avons développé une vision à long terme qui prévoit une répartition des richesses différente. Cette redistribution s’appuie sur plusieurs éléments-clés : élargir le socle de la sécurité sociale grâce à des emplois plus stables et mieux rémunérés, une modeste contribution de l’ordre de 1 % sur les grosses fortunes (les 2 % les plus riches du pays) et des mesures fermes et décisives contre la grande fraude fiscale, notamment via la levée du secret bancaire, la publicité de toutes les opérations financières et une tolérance zéro à l’égard des grands fraudeurs. Notre pays a les pensions les plus faibles de toute l’Europe occidentale et on ose encore prétendre qu’elles sont impayables. À d’autres !

Retrouvez ici notre programme pour nos pensions.


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