NLMK : Pour Clabecq, le gouvernement wallon doit négocier un plan d'avenir de 40 millions avec les Russes

Foto Belga

« NLMK Clabecq est en perte ». Voilà comment Renaud Witmeur (PS), président du comité de gestion de la Sogepa - bras financier de la Région wallonne – justifie la suppression de 290 emplois. Est-ce vrai ? Le PTB exige quant à lui que la Région wallonne investisse au moins 40 millions d'euros pour moderniser le laminoire de Clabecq.

NLMK Clabecq en perte, vraiment ?

NLMK Clabecq est en perte depuis plusieurs années, prétend la direction de NLMK et Renaud Witmeurs (PS), de la Sogepa. Le service d'étude du PTB a donc examiné les comptabilités des différentes filiales du groupe NMLK. Deux questions sautent aux yeux. Tout d’abord, d'où viennent les bénéfices mirabolants des usines russes ? Ensuite, pourquoi le groupe russe a-t-il maintenu pendant des années une structure en perte ? La réponse pourrait se cacher dans les achats et ventes entre NMLK Belgium et les usines russes.

Les bénéfices mirabolants des usines russes qui produisent les brames

Dans les comptes du groupe NMLK, nous découvrons dans le secteur des brames (des grosses plaques de 20 à 30 cm d'épaisseur) une rentabilité1 de 17 %2. Dans l'automobile, ce taux est à peine de 10 %. Seules des multinationales comme Apple atteignent ce genre de rentabilité : un tel taux est inexplicable dans un marché  en difficulté  comme celui de l'acier. Probablement les usines russes s'accaparent-elles les bénéfices des filiales à qui elles vendent leurs brames, qui plus est à des prix trop élevés. Cela a pour effet d'augmenter artificiellement les bénéfices des usines russes et, par conséquent, de diminuer de la même manière la rentabilité des filiales de production comme Clabecq.

Des fluctuations inexplicables dans la comptabilité

En étudiant les comptes de Clabecq, nous avons constaté des fluctuations énormes pour certains  services . Ceux-ci peuvent être des sous-traitants ou une façon d’envoyer des factures à Clabecq. En 4 ans, le coût des services à augmenté de 36 millions d'euros à 87 millions d'euros. Un des services, le poste « travail - façon » a explosé à 50 millions en 2 ans. Les services représentent actuellement plus que le double, soit 42 millions d’euros, du coût salarial des 580 travailleurs.

Le gouvernement wallon doit exiger la transparence totale des comptes de NMLK

Il est essentiel de garantir la transparence totale des comptes pour comprendre la situation réelle des finances. NLMK dira que les prix de vente sont un « secret commercial », mais, vu que l'argent public constitue la moitié des investissements, nous devons exiger cette transparence. Fred Gillot, député wallon du PTB, compte interpeller le Ministre Jeholet au Parlement wallon afin de réclamer cette transparence totale des comptes de NMLK.

Les poupées matriochkas du multimilliardaire russe Lisin

NLMK Clabecq fait partie du Holding NLMK Belgium. Le Holding NLMK Belgium fait partie du Holding NLMK Europe. Et NLMK Europe fait partie du grand groupe NLMK appartenant au multimilliardaire russe Lisin. Ce consortium fonctionne donc comme des poupées matriochkas.

Illustration: Organigramme du Holding NLMK Belgium (NBH)

Pourquoi une usine en perte peut être profitable aux Russes...

Cela nous amène à un autre fait remarquable : Clabecq est en perte depuis des années, mais a toujours été maintenue. Remarquons également qu’il y a eu peu d'interventions au fil du temps pour corriger cette situation. Dans la logique capitaliste, ceci est inexplicable... Sauf si les Russes sont gagnants avec Clabecq en perte. Cela confirmerait l'hypothèse que les véritables gains que les Russes tirent de leur filiale belge se font via les prix trop élevés des brames qu'ils leur vendent. Mais les russes pourraient encore être gagner plus... grâce à notre argent public, celui que la Sogepa investit dans NMLK Belgium.

Tous les bénéfices pour les Russes, mais la moitié des pertes pour la Région wallonne

NLMK Clabecq est détenu à 49% par la Région wallonne, via la Sogepa. Avec le système des prix trop élevés, la valeur ajoutée de Clabecq est siphonnée vers les usines russes, et donc la filière belge reste avec les pertes. La Région wallonne ne perçoit rien des richesses créées à Clabecq. Par contre, elle paie la moitié des pertes. Comment ? En 2017, pour éponger les pertes des dernières années, le capital de la société a été diminué de 183 millions d'euros3. La moitié de ce capital, soit 93 millions d'euros, est provient donc par conséquent de notre argent public. Donc, s'il est vrai que les pertes sont virtuelles, et représentent donc un transfert de valeurs de Clabecq vers la Russie, ils celle-ci encaissent la totalité des bénéfices, mais n'assument que la moitié des pertes, car la Sogepa paie l'autre moitié. En plusPar ailleurs, une usine en perte ne paie pas des’ impôts. Suite aux plusieurs multiples années de pertes, ils ont même un crédit d'impôts important pour les prochaines années. Donc, même s'ils feront se mettaient à engranger des bénéfices, ils ne paieraieont pas d'impôts encore pendant quelques plusieurs années encore. PEt aussi pour d'autres taxes également, être en perte, permet de mieux négocier. Ainsi la commune d'Ittres a-t-elle diminué la taxe sur la force motrice de 300.000 €4.euros5.

Quand les actionnaires font payer les investissements aux travailleurs et aux contribuables

NLMK réalise 1,45 milliard de dollars de bénéfices. Ceux-ci ont quintuplé depuis 2014, passant de 300 millions à 1,45 milliard de dollars. Normalement, une multinationale ne verse pas l'entièreté des bénéfices en dividendes aux actionnaires. Une partie de ces bénéfices est utilisée pour investir dans la société. Pas à NLMK. Depuis 2 ans, la quasi entièreté des bénéfices est versée aux actionnaires. C'est du jamais vu. Lisin, le propriétaire russe de NLMK, se porte très bien. Il a une fortune de 18 milliards de dollars, est l'homme le plus riche de Russie et la 57ème fortune mondiale. Mais quand les actionnaires refusent d'investir dans l'usine et phagocytent tous les bénéfices, d'autres doivent payer ces investissements. Dans le cas de Clabecq, ce seront les travailleurs et les contribuables. Les travailleurs par l'augmentation de la productivité, la suppression d'emplois et l'augmentation de la sous-traitance. Les contribuables, via l'argent public de la Sogepa.

Un plan de sauvetage irréaliste qui supprime ou sous-traite les emplois

Le plan de restructuration soutenu par la Sogepa est irréaliste. Il est impossible d'économiser 50 millions d'euros sur un chiffre d'affaires d'un peu plus de 105 millions d'euros. Et il est irréaliste d'économiser 20 millions d'euros sur les 42 millions de coût salarial. L'usine actuelle ne peut pas fonctionner avec la moitié du personnel. Alors comment comprendre ce plan irréaliste ? Trois explications possibles.

1/ Fermer le laminoir ?

Si NMLK ferme le laminoir, il faudra importer des tôles d’autres usines. Or, il n'y a pas de d'autres usines en Europe qui peuvent fournir ces tôles si fines pour la nouvelle usine à un rythme satisfaisant. En plus de mettre en danger la rentabilité de la nouvelle usine « Q&T », ce ne serait pas un garant pour son futur. Fermer le laminoir ne serait donc rien d'autre qu'une fermeture de l'usine en deux temps.

2/ Sous-traiter ?

Vu qu'il est impossible que l'usine fonctionne avec la moitié du personnel, il est possible que le plan supprimera des contrats « Clabecq » pour les remplacer par des sous-traitants et intérimaires plus flexibles mais également moins bien payés. Or, même cela ne permettra pas de réduire de moitié le coût du personnel, ni d’économiser 50 millions dans l'ensemble. Car sous-traiter du personnel déplacera simplement une partie des coûts du poste « coût salarial » vers « services sous-traitants ». Un déplacement de frais, mais aucunement une économie de 20 millions d'euros. Car, grâce à la CCT 32bis, les travailleurs qui passent au sous-traitant garderont les mêmes conditions salariales et de travail. Pour le PTB, il est inacceptable que l'argent public contribue à remplacer des emplois décents par des sous-traitants.

3/ Du chantage pour obliger la Sogepa à payer les investissements de La Louvière ?

Une troisième explication pourrait être que la fermeture ne soit qu'une menace afin d’obliger la Sogepa (et donc la Région wallonne) à payer une partie importante des 130 millions d'euros concernant le site de La Louvière. Si ce n'est pas directement, alors au moins indirectement, en épongeant encore une fois les pertes des filiales belges, comme le suggère l'Écho du 25 janvier.

 

Le gouvernement wallon doit négocier avec les Russes un plan d'investissement de 40 millions d'euros

Si nous voulons garantir un avenir pour Clabecq, il faut investir dans la modernisation du laminoir. Le laminoir actuel date des années 70 et est souvent à l'arrêt, ce qui diminue fortement la rentabilité. Clabecq n'a d’avenir que si l'usine est adapté à produire des tôles spéciales à haute valeur ajoutée. Cela nécessitera une modernisation importante du laminoir, qui devra être plus précis. Il faut garantir des normes de planéité plus strictes. La surface du produit doit être améliorée (décalaminage). Le plan prévoit un investissement de 18 millions d'euros, mais c'est insuffisant pour garantir cette modernisation. Il faut au moins 35 millions pour l'adaptation du laminoir aux tôles spéciales. Et 5 à 10 millions sont nécessaires pour des rénovations importantes, comme le rebobinage de 6 moteurs, une nouvelle installation de haute tension et améliorer la fiabilité du four. En conclusion, il faut 40 à 45 millions d'euros pour offrir à Clabecq une usine moderne qui lui garantit un avenir. La Région wallonne a déjà investi autour de 300 millions d'euros d'argent public dans le holding NLMK Belgium. Avec l'appui de la Région wallonne, la Sogepa doit négocier pour que le propriétaire - et multimilliardaire - Lisin investisse les 40 millions nécessaires à la poursuite des activités de Clabecq.

1 EBITDA , ratio de rentrabilité brute des capitaux propres, soit les bénéfices opérationnels /le chiffre d'affaire

2 1200 millions d’euros € de bénéfices opérationnelles / 6777 millions d’euros€ de chiffres d'affaire. Les 6777 millions d’euros€ = 4950 millions d’euros€ de ventes externes + 1826 millions d’euros€ de ventes internes au groupe

3De 450 millions d'euros à 267 millions d'euros

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  • Dirk De Block
    a publié cette page dans Actualités 2019-01-30 17:07:05 +0100

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