Le PTB pointe un « rapport Henry » qui ne colle pas avec les auditions de la commission d’enquête inondations

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Réaction du député PTB Julien Liradelfo au rapport sur les inondations présenté par le ministre Philippe Henry : « On nous répète que sans le barrage d’Eupen, les inondations auraient été pires. C’est une évidence. Par contre, il faut être clair, avec un barrage d’Eupen géré plus préventivement, ça aurait été mieux et certains des effets les plus dévastateurs de ces inondations auraient pu être évités. » Pour le député PTB membre de la commission d'enquête inondations, le rapport évite plusieurs points essentiels et présente des données différentes de celles présentées au parlement.

L’étude commandée par le ministre Henry conclut que les modèles de prévision ALARO et ECMWF ont sous-estimé les précipitations. « Cela ne colle pas avec ce que nous avons entendu en commission d’enquête quand le chef de l’IRM a déclaré sous serment avoir envoyé au SPW une prévision de 190 mm de précipitations sur le plateau des Hautes Fagnes, donc en Wallonie le mardi matin. Pourtant, le rapport exclut la prévision des 190 mm en Wallonie. Qu’en est-il réellement ? » s’interroge Julien Liradelfo. L’IRM a en effet publié les cartes de son modèle interne de prévision (ALARO) et il est clair que les prévisions de précipitations vont jusqu’à 224 mm (voir annexe 1).

De plus, de nombreuses questions subsistent sur le délestage préventif du barrage d’Eupen : « L’étude dit qu’un délestage préventif était impossible alors que nous savons que le niveau du barrage était beaucoup trop haut avant les inondations », explique Julien Liradelfo. Le 01/10, les auditions du SPW Mobilité et Infrastructures ont montré que le niveau du lac du barrage d’Eupen était de 4 à 7 m au-dessus du niveau normal (voir annexe 2). Cela représente des millions de mètres cubes que le barrage aurait pu contenir et qui n’auraient pas inondé les villes en aval.  

« Rien n’a été délesté préventivement au barrage d’Eupen. Ni le lundi, ni le mardi précédant les inondations, constate Julien Liradelfo. C’est donc évident que pendant les précipitations du mercredi, le barrage s’est rempli beaucoup trop rapidement et que dans la nuit de mercredi à jeudi, il a fallu évacuer en panique des quantités d’eau gigantesques, ce qui a aggravé les inondations dans les villes en aval du barrage d’Eupen. »

Toujours sur la gestion préventive, le rapport conclut qu’on ne peut prouver que la gestion du barrage d’Eupen a contribué à la vague perçue par les sinistrés. « Quand on voit l’augmentation du débit sortant du barrage d’Eupen, il ne faut pas être ingénieur pour comprendre que ce débit a joué un rôle dans la vague dont parlent les sinistrés », explique Julien Liradelfo. En une trentaine de minutes, le débit sortant du barrage a été multiplié par 3, passant de 50 m³/s à plus de 150 m³/s (voir annexe 3). « Il y a de grosses différences entre les données de ce rapport et celles présentées en commission d’enquête. Comment est-ce possible ? Dans le “rapport Henry”, les lâchers d’eau sont plus doux et l’eau rentrante dans le barrage est plus importante. Qui dit la vérité ? » 

Il y a cependant un point sur lequel le rapport et les auditions de la commission d’enquête parlementaire arrivent à la même conclusion : l’état des barrages. Le rapport pointe des problèmes d’entretien ainsi que l’absence de contrôle externe. « En tant que mécanicien, explique le député PTB, quand j'entends parler de quatre pannes en pleine crise et de vannes défectueuses depuis juin 2020, je suis très inquiet sur l’état des barrages. » Le PTB s’interroge sur le financement des barrages publics.

Enfin, l’étude montre que l’ensemble des sinistrés entendus se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. Le rapport pointe aussi que les communes n’ont pas la culture de la gestion du risque. Il est constaté que peu de communes développent un plan d'urgence inondations. Par contre, ce rapport ne va pas plus loin : « On constate que plusieurs communes n’investissent pas assez dans leur plan d'urgence. Parfois elle n’en n’ont tout simplement pas, mais les auteurs de l’étude nous expliquent que cette question n’est pas le cœur du dossier », s’étonne le député de gauche. 

Pour Julien Liradelfo, cette étude aurait dû creuser encore plus loin : « Plusieurs questions se posent, pourquoi toutes les communes ne développent-elles pas de plan d’urgence ? Les communes ont-elles assez de moyens pour mettre en place ces plans ? Pourquoi les autorités de tutelle à savoir la Région wallonne ne mettent pas en place des mesures pour obliger l’ensemble des communes à disposer d’un tel plan ? Comment peut-on commander une étude sur la gestion des inondations sans creuser l’ensemble des aspects de la gestion de crise ? » 

Annexe 1 : Modèle de prévision ALARO du 13/07/2021 à 00:00 (source : IRM)











Annexe 3 : Figure d’évolution du niveau du lac d’Eupen tirée du rapport