Des documents le prouvent : Maggie De Block ignore depuis des années les conseils des experts sur l'approvisionnement stratégique en masques

Photo Solidaire, Bruno Bauwens.

Le PTB a pu mettre la main sur des documents qui montrent que la ministre de la Santé, Maggie De Block, était bien consciente de l'importance d'une réserve stratégique de masques de protection. Les experts ont déjà averti le gouvernement en 2009 que l'offre de masques dans notre pays était « insuffisante » et que « d’un point de vue éthique, il semble en effet inacceptable d’économiser ces dépenses ». Pendant dix ans, les différents gouvernements n'ont rien fait. Pire encore : en 2018, le ministre De Block a décidé de détruire 6 millions de masques de haute qualité (FFP2) et de ne pas les remplacer.

Sofie Merckx.Le PTB met à jour des documents officiels montrant que le gouvernement fédéral était en train de constituer une réserve stratégique de 38 millions de masques en 2006. « Cela a été fait sur les conseils de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), afin de préparer notre pays à l'éventuelle apparition d'une pandémie de grippe, explique Sofie Merckx, députée fédérale et spécialiste santé du PTB. Cependant, les masques réservés au personnel de santé ont une durée de vie maximale d'environ cinq ans et doivent donc être remplacés régulièrement. Cela s'est produit au moins une fois, en 2009, au moment de l'épidémie de grippe porcine. Mais, par la suite, les différents gouvernements n'ont pas renouvelé la réserve stratégique. »

Les gouvernements Leterme II (démocrates-chrétiens, libéraux, PS), Di Rupo (sociaux-démocrates, libéraux, démocrates-chrétiens), Michel I (libéraux, N-VA, CD&V) et Michel II (libéraux, CD&V) ont tous successivement ignoré les conseils des experts et n'ont pas constitué un stock suffisant de masques de protection. « Ces différents gouvernements ont fait preuve de négligence coupable, dénonce Sofie Merckx. Nous en subissons maintenant les conséquences. Les prestataires de soins de santé manquent de masques de qualité. Et les professions dans lesquels des contacts sont inévitables, comme les vendeurs, les facteurs, les chauffeurs de bus et le nettoyage, sont à court de masques chirurgicaux. »

Les chiffres cités dans les documents ne laissent aucun doute. « Le plan de lutte contre la pandémie que notre pays élabore en 2006 est limpide : nous avons besoin d'une réserve stratégique de 38 millions de masques, dont 6 millions de masques haute performance type FFP2, spécifiquement réservés au personnel de santé, poursuit Sofie Merckx. Trois ans plus tard, en 2009, le gouvernement fédéral reçoit un autre avis officiel à ce sujet, lui demandant d'augmenter sensiblement ce stock. Mais cela n’a pas lieu. Ni sous Leterme II, ni sous Di Rupo, ni sous Michel I, ni sous Michel II. L'avis de 2009 indique pourtant littéralement que "d’un point de vue éthique, il semble en effet inacceptable d’économiser ces dépenses". Pourtant, ces économies ont eu lieu, et la ministre De Block a décidé de détruire les masques disponibles sans renouveler la réserve stratégique. »

« Une fois la pandémie terminée, en tant que députée, je demanderai qu'une commission d'enquête parlementaire soit mise en place pour enquêter de manière approfondie sur cette question », conclut Sofie Merckx.