Le personnel d'Aviapartner en grève à Zaventem. (Photo Solidaire)

La logique libérale provoque une nouvelle grève à Zaventem

Les bagagistes, les manutentionnaires et le personnel d’enregistrement d'Aviapartner en ont assez. Après le personnel de Ryanair, eux aussi se sont mis en grève. Pour O'Leary et ses homologues, les compagnies d'aviation rapportent peut-être des millions, mais pour les travailleurs, les conditions de travail ne font que régresser. Une vraie bombe à retardement... 

Le personnel d'Aviapartner est en grève depuis jeudi soir. La grève est très suivie. Tant la division passagers que celle des marchandises participent, ouvriers et employés ensemble, en compagnie des trois syndicats. Alors que les actions de Ryanair sont encore au centre de l’attention, les travailleurs d'Aviapartner eux aussi tirent la sonnette d'alarme et réclament de meilleures conditions de travail. Le PTB soutient les revendications des syndicats et propose deux solutions structurelles. Primo, l'aéroport doit redevenir un service public à part entière. Secundo, un statut aéroportuaire unifié pour tous les travailleurs, à l'exemple des travailleurs portuaires. Ce serait bon pour la sécurité, bon pour un travail décent et bon pour le service aux voyageurs.

« Même pas le temps de manger pendant nos heures de service »

Là où le personnel n'est pas bien traité, les voyageurs y perdent eux aussi. Un travailleur explique : « Nous ne pouvons même pas prendre notre pause repas. ''No meal'', comme on dit chez nous. Ça veut dire que nous devons travailler huit heures d'une seule traite, sans la moindre pause pour manger. » Un bagagiste transporte chaque jour quatre à cinq tonnes de bagages. Pour charger les bagages, il doit se mettre à genoux dans la soute de l'avion. Au travail physiquement lourd s'ajoute une énorme flexibilité : les pauses du matin, de l'après-midi et de nuit, le travail le week-end et les jours fériés. « Mais cela ne nous vaut aucun respect, nous sommes mal payés, travaillons en permanence avec trop peu de personnel et le matériel est de très mauvaise qualité. Les portes de l’engin avec lequel je dois transporter le fret s'ouvrent régulièrement toutes seules quand je roule sur le tarmac. Mais la seule intervention consiste à remettre une nouvelle couche de peinture sur le matériel », raconte un collègue qui travaille à la section cargo. Le délégué syndical Peter Vits a clairement vu la situation régresser : « Il y a dix ans, on utilisait sept personnes pour charger un avion cargo. Aujourd'hui, quatre seulement ! »

En ces jours de grève, les vrais responsables se tiennent bien à l'écart des caméras. Les syndicats tentent de l'expliquer : « La grève résulte d'une longue liste de problèmes : aucun respect de la législation sur les heures supplémentaires et le temps de repos minimum entre les pauses, les conventions concernant les contrats, la sous-occupation structurelle et le dialogue social inexistant », dit-on du côté de la CSC.1 Sandra Langenus, de la FGTB, insiste sur la mauvaise volonté de la direction. « Depuis la grève de janvier 2018, il n'y a eu de progrès à aucun niveau. » 

Inverser la logique concurrentielle

Depuis des années, une guerre de la concurrence sévit entre Aviapartner et Swissport. Ils veulent être de plus en plus compétitifs, afin d’attirer les clients du concurrent. Pour être meilleur marché, on économise sur le personnel et le matériel. Cela ne peut plus continuer.

 

Le PTB dépose deux solutions structurelles sur la table
Ces deux dernières années, il y a déjà eu quatre grèves. Le politique doit de toute urgence prendre ses responsabilités. Ça ne peut plus durer.
Le statut aéroportuaire
À l'exemple du statut portuaire, il faut créer d'urgence un statut aéroportuaire. Ainsi, toute personne travaillant à l'aéroport aurait le même statut, avec des conditions de salaire et de travail bien établies. C'est la seule garantie que la lutte concurrentielle ne soit pas menée au détriment du personnel. Dans le statut aéroportuaire doit figurer un descriptif clair des conditions de travail. Au bout de six mois, tout le monde doit avoir droit au même contrat à temps plein, et ce, afin de lutter contre le recours abusif à l'intérim et autres contrats précaires. Tout le monde recevrait également les mêmes primes et une qualification de fonction précise. Avec des horaires fixes, sans flexibilité annuelle. Mais il doit également y avoir des règles à propos du nombre et du type des avions que le personnel doit traiter. Un statut aéroportuaire assure également la sécurité de l'emploi. Car, aujourd'hui, chaque fois qu'une compagnie aérienne change de société de gestion des bagages, des emplois sont menacés. C'est pourquoi le statut aéroportuaire doit être lié à l'exploitant de l'aéroport, comme c'est également le cas dans les ports, et non à la firme qui décroche le contrat. Ce serait bon pour la sécurité, bon pour un travail décent et bon pour le service aux voyageurs.
Le retour de l'aéroport dans des mains publiques
Avant, l'aéroport était aux mains de l'État. Ce n'est pas illogique : l'État joue un rôle économique important dans un pays. Et un aéroport a un grand impact sur son environnement. Depuis 2004, l'aéroport est aux mains de deux investisseurs privés étrangers. L'État belge n'en possède plus que 25 %. Les exploitants privés perçoivent l'aéroport comme une machine à faire de l’argent. Et c'est aussi ce qu'il est devenu. En dix ans, plus d'un milliard d'euros ont été versés aux actionnaires. C'est cette logique du profit qui, aujourd'hui, prend en otage et les passagers et le personnel. Ils veulent que les firmes opérant dans l'aéroport se fassent concurrence le plus possible et c'est le personnel qui en paie le prix. Cela doit être inversé. Au lieu de faire partir l'argent chez l'investisseur étranger, on peut l’utiliser pour l'exploitation de l'aéroport et à des investissements dans la sécurité, le matériel et la formation du personnel (à statut aéroportuaire).

1. https://www.nieuwsblad.be/cnt/dmf20181026_03877926

 

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