La grève est très bien suivie, dans tous les métiers et tant au Nord qu'au Sud du pays. Photo d'un piquet de bpost à Anvers. (Photo Solidaire, Karina Brys)

bpost : « Jamais je n'avais connu un tel mouvement ni une telle détermination »

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Simon De Beer

Voilà comment Frédéric, facteur depuis 12 ans, résume la grève chez bpost. « Tant que nous n'obtiendrons pas des résultats concrets, nous sommes prêts à rester mobilisés. »

« Dans mon bureau, nous sommes à plus de 90 % de grévistes, raconte Frédéric. Et c'est pareil dans toute la Belgique. Il suffit de regarder les photos qui circulent sur Facebook. Du plus petit bureau aux grands centres de tri, tout est à l'arrêt. »

La grève en cours chez bpost a en effet de quoi impressionner. Nationale et en front commun, elle réunit aussi l'ensemble du personnel. Trieurs, camionneurs, facteurs, guichetiers, personnel du nettoyage ou agents des call centers : tous suivent le mouvement avec la même motivation. Car tous sont victimes de la même logique patronale. Un mouvement bien organisé qui rappelle fort les grèves tournantes de l'automne 2014 contre le gouvernement Michel.

« Dans tous les services, nous manquons de personnel, explique Frédéric. Guichetier, facteurs ou trieurs : tout le monde est concerné par ce problème. Cela nous unit, évidemment. Il faut absolument engager pour permettre à tout le monde de respirer un minimum. »

Revaloriser les salaires, pas les dividendes

Ensuite, il y a la question des salaires : « Vous pouvez occuper des postes très différents chez bpost, mais il y a un point commun, en plus du manque de personnel : les salaires sont totalement insuffisants. Il faut les augmenter. La priorité est le maintien de la prime annuelle de 900 euros, que la direction veut nous enlever pour augmenter les dividendes des actionnaires. Après, il y a la question des différents statuts. Actuellement, pour le même travail, vous pouvez gagner plusieurs centaines d'euros en plus ou en moins, selon votre statut. Il faut en finir avec ce système et aligner tout le monde vers le haut. »

Un geste au niveau salarial est la moindre des choses au vu des très bons résultats de l'entreprise. « Notre CEO l'a dit : les résultats de bpost sont conformes à ceux des précédents trimestres et aux prévisions pour 2018. La santé financière de l'entreprise est bonne. L'an dernier, plus de 200 millions sont partis en dividendes pour les actionnaires. Il faut qu'une partie de ces dividendes serve à revaloriser les salaires. Ce sont les postiers qui produisent ces richesses après tout. »

« Nous sommes prêts à rester mobilisés »

Le mouvement chez bpost va continuer ces lundi et mardi. « Cette semaine, c'était les centres de tri et les facteurs qui faisaient grève. Lundi et mardi, ce sera au tour du personnel des services centraux, des guichetiers, du personnel de collecte, puis des colis. Tant que nous n'obtiendrons pas des résultats concrets, nous sommes prêts à rester mobilisés. Nous aurons probablement une assemblée du personnel mardi pour décider de la suite. Certains de mes collègues veulent même déjà repartir pour un tour ! Car nous ne sommes pas naïfs : la grève est le seul langage que comprenne la direction. »

Deux visions opposées sur l’avenir de bpost : le libéral De Croo face à Raoul Hedebouw

Il y a eu un débat sur bpost à la Chambre. Le ministre des Entreprises publiques, Alexander De Croo, a défendu pleinement les choix actuels du CEO Koen Van Gerven. Pour le ministre, bpost doit entrer à fond dans le jeu de la concurrence avec les géants du colis comme Amazon. Ce qui implique de poursuivre une politique de compression salariale et de flexibilité à outrance. (Voir l'article Koen Van Gerven, patron de bpost ou d'Amazon ?).

De son côté, Raoul Hedebouw, député PTB, a pleinement donné raison aux travailleurs en colère. « Il faut augmenter les salaires chez bpost et il faut embaucher du personnel supplémentaire pour que le rythme de travail soit tenable. Notre modèle de société ne peut pas être qu'au nom de la concurrence, de plus en plus de travailleurs soient cassés. Cette nouvelle économie, qui exige une flexibilité totale, et qui offre de tels mauvais salaires, ce n'est pas la société que l'on veut. » Voir la vidéo ci-dessous :

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