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« C’était le pire jour de ma vie. Je me suis douchée pendant deux heures. » C’est l’un des centaines de témoignages apparus ces dernières semaines sous le hashtag #BalanceTonBar. Cela a provoqué de nombreuses protestations, non seulement sur les médias sociaux, mais aussi dans la rue, à Bruxelles, à Gand et à Liège, notamment. De quoi forcer les politiciens à enfin réagir. Mais, une fois de plus, on n’a eu droit qu’à de vagues promesses. Il est temps que ça cesse. Marianne, le mouvement de femmes du PTB, et Comac, notre mouvement étudiant, participent à la manifestation nationale de la plateforme Mirabal contre les violences faites aux femmes.

Françoise De Smedt et Apolline Dupuis

Les voix de milliers de jeunes ont rempli les rues de Bruxelles et de Gand avec le slogan « Victime, on te croit ; violeur, on te voit ». Des bourgmestres de Gand et d’Ixelles à la secrétaire d’État à l’Égalité des sexes, Sarah Schlitz, tous les politiciens concernés ont répondu par de nouvelles promesses et des mesures peu contraignantes.

Pourtant, le gouvernement Vivaldi avait promis de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité. Mais, dans les faits, on assiste à une politique peu ambitieuse de mesures individuelles qui ne débouche pas sur une approche globale. Les innombrables témoignages montrent que cela ne suffira pas. Une récente étude de l’université d’Anvers montre que 36 % des mineurs interrogés ont subi du harcèlement sexuel sans contact physique au club de sport. Pour 22,8 %, c’était avec contact physique. 8 % parlent d’agressions sexuelles et de viols. Mais ce n’est pas un problème limité à la vie nocturne ou aux clubs de sport. Il est présent dans toute la société : sur le lieu de travail, à l’école, en rue, au domicile… Nous exigeons donc une politique volontariste, engagée à tous les niveaux de la société.

Dix centres de prise en charge des victimes de violences sexuelles pour tout le pays ? C’est trop peu

Les centres de prise en charge des victimes de violences sexuelles sont des centres multidisciplinaires. Ces centres font un excellent travail. Les trois premiers ont ouvert leurs portes en 2017. Le gouvernement précédent avait décidé de commencer l’extension à toutes les provinces, la Vivaldi a promis de la poursuivre.

Cependant, seuls quatre centres sont opérationnels à ce jour. Un cinquième sera bientôt ouvert à Charleroi. Le reste des centres devra attendre… jusqu’en 2023. Il faudra donc attendre encore deux ans avant que chaque province dispose d’un centre.

Une approche réellement ambitieuse devrait accélérer ce déploiement et ambitionner plus de centres. Un par province, ce n’est pas suffisant en termes de capacité et d’accessibilité. Dans certains quartiers où les besoins sont plus importants, comme dans le quartier étudiant d’Ixelles, il faudrait un centre supplémentaire.

Former des magistrats spécialisés

Une minorité de victimes porte plainte, craignant qu’une plainte n’aboutisse de toute façon à rien. Et elles n’ont pas tort. Plus de la moitié des plaintes sont classées sans suite. Souvent, les victimes ne sont pas prises au sérieux. Nous avons besoin de suffisamment de magistrats spécialisés dans la violence sexuelle. Et ce, pour permettre aux plaintes d’être prises en main de façon adéquate, rapide et en profondeur. À Bruxelles, il y a à peine trois magistrats qui s’occupent des affaires de mœurs. C’est beaucoup trop peu.

On doit pouvoir fermer temporairement un bar par précaution

Les récentes manifestations à Bruxelles ont notamment été une réaction au fait que, malgré 17 plaintes pour violences sexuelles à l’encontre d’un serveur, rien n’a été fait. Il a fallu beaucoup de temps avant d’en arriver à une enquête. Pendant tout ce temps, l’auteur a pu continuer et faire de nouvelles victimes.

Quand plusieurs plaintes concernent un même lieu, les autorités doivent pouvoir intervenir. On doit pouvoir temporairement fermer un établissement jusqu’à ce que les circonstances soient clarifiées. Il s’agit d’une mesure de précaution pour éviter de nouvelles victimes.

Les dernières semaines ont montré une fois de plus combien la violence sexuelle est profondément ancrée dans notre société. Nous avons besoin d’une approche ambitieuse. Les femmes ont le droit de se sentir en sécurité dans les espaces publics, dans les bars, au travail et au sein de leur propre famille. C’est pourquoi nous continuerons à faire campagne jusqu’à ce que le gouvernement Vivaldi prenne ses responsabilités.

Rendez-vous le dimanche 28 novembre à 12 h 30 au Mont des Arts à Bruxelles.