3000 écoliers dans la rue pour le climat : « Nous ne séchons pas les cours, nous nous battons pour l'avenir »

Photos Sander Barrez et Julien Ribaudo

« Nous ne séchons pas les cours, nous nous battons pour l'avenir. » Certaines directions d'écoles pourraient froncer les sourcils, mais ce slogan traduit bien le message des plus de 3 000 élèves qui ont fait grève ce jeudi 10 janvier pour manifester à Bruxelles pour le climat.

Déjà tôt dans la matinée, il semblait évident que la mobilisation allait être massive. Les réseaux sociaux ont été inondés de messages et de photos envoyés par des jeunes se rendant en train à Bruxelles depuis les quatre coins du pays. Des jeunes très combatifs, équipés de calicots et bien décidés à se faire entendre. Avec ou sans l'autorisation de leurs parents ou de la direction de l'école…

Ils ont ainsi suivi les pas de Greta Thunberg, cette jeune suédoise de 15 ans qui a retenu l'attention des médias du monde entier début septembre. Elle avait en effet décidé de faire grève pendant deux semaines pour faire un sit-in devant le Parlement suédois afin d'exiger que le gouvernement s'attaque à la crise climatique. Son message était clair : si aucune solution ne peut émerger dans le système actuel, il faut changer le système. Mais elle est réellement devenue mondialement célèbre grâce à son impressionnant discours prononcé en décembre à l'occasion du sommet de l'ONU sur le climat, organisé en Pologne. Elle y invitait les jeunes du monde entier à faire entendre leur voix.

C’est donc devant la Gare centrale de Bruxelles que les jeunes belges ont décidé de se rassembler. Parmi les jeunes qui ont pris la parole, Kyra et Anuna, les deux adolescentes de Mortsel qui avaient lancé l’appel sur la page Facebook « Youth For Climate » (La jeunesse pour le climat). « Si nous séchons les cours, c'est notre problème. Le problème du climat concerne tout le monde », ont-elles déclaré.

La parole aux jeunes

« La situation est bien plus grave que beaucoup de gens pensent, affirme Lucas, de Louvain. Il est maintenant temps d'agir, nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre. Il faut développer de nouvelles technologies, mais une partie du problème tient aussi sans aucun doute à l'économie et au capitalisme. »

« Nous sommes la prochaine génération et ça sera très difficile pour nous, poursuit Mira, de Grimbergen. Le gouvernement doit cesser de se focaliser uniquement sur l'économie et mettre l'écologie au centre des préoccupations. » Le climat d'abord, pas le profit !

« Nous voulons des changements concrets dans la politique. Que peut-on attendre d'elle ? La gratuité des transports en commun, pour réduire drastiquement le nombre de voitures en circulation. Elle peut aussi sensibiliser la population aux graves conséquences qu'a la consommation de viande sur le climat. »

« Il faut faire quelque chose, disent Yasmine et Sarah, en provenance de Renaix. Des êtres humains, des animaux meurent... » La banderole qu'elles ont réalisée affiche une caricature du président américain, Donald Trump : « Le pire climato-sceptique qui existe, il met la planète entière en danger ! »

« Quelle affluence, hein !, se réjouit l'Anversoise Hanna. C'est un signal important qu'il faut prendre très au sérieux. Je suis heureuse de pouvoir en faire partie. C'est une manière de faire entendre notre voix auprès du politique. Beaucoup de politiciens disent que "les jeunes sont fainéants", qu’"ils ne pensent pas à l'avenir"… Et bien nous sommes ici pour leur montrer à quel point nous prenons l'avenir au sérieux. Et il n'y a qu'une seule manière de changer les choses : en descendant dans la rue. »

« Nous sommes présents avec plusieurs autres élèves de notre école, dit Hanne, active au sein de Redfox, le mouvement de jeunes du PTB. Un camarade de classe a créé un événement Facebook et des centaines de jeunes de notre école se sont inscrits pour confirmer leur présence. » Et la direction est-elle d'accord pour que vous manquiez les cours aujourd'hui ? « La direction soutient cette action, mais nous n'avons pas d'autorisation officielle, nous sommes donc tous en absence non justifiée. »

Les plus jeunes manifestants venaient de l'école primaire Pistache, de Schaerbeek. « À quoi bon continuer à aller à l'école si la planète est bientôt fichue ? », demandent-ils à pleins poumons. « Certains manquent réellement de respect pour le climat et la nature ! » Les élèves, âgés de six à dix ans, sont accompagnés de leur maîtresse. « Nous voulons montrer aux plus petits qu’eux aussi peuvent se faire entendre. » Eux aussi sont en absence non justifiée ? « Les parents et la direction sont au courant, hein », répond la maîtresse avec un clin d’œil.

Pendant ce temps, les slogans déferlent sans interruption sur la place où s'est rassemblée la foule de jeunes, toujours plus nombreux. Un cri retentit et se répand : « Nous voulons marcher ! Nous voulons défiler ! » et la foule se met en mouvement.

Applaudissements, pouces levés et klaxons

Les jeunes se mettent en marche et on voit alors l'ampleur réelle de la mobilisation. La foule atteint désormais plusieurs milliers de jeunes et se dirige vers le parlement flamand, puis vers le parlement européen.

La police ne s'attendait pas à ça et la circulation s’encombre. Les écoliers doivent même se faufiler entre les voitures et les trams. Partout où passe le cortège, il est accueilli par des applaudissements, des pouces levés et des coups de klaxons en signe de solidarité. Les passagers des bus font signe de la main, les chauffeurs de tram les prennent en photo, les automobilistes baissent leur fenêtre, les ouvriers interrompent le travail, des personnes sortent des magasins, des immeubles de bureaux et des restaurants pour encourager la jeunesse.

Les écoliers ont fait clairement comprendre aujourd'hui qu'il n'acceptaient plus les mesures trompeuses, timides ou injustes du monde politique. « The ocean is rising and so are we », pouvait-on lire sur une banderole. Les océans montent et nous aussi. Que ce message soit bien reçu par le gouvernement.

Prochain rendez-vous ? Ils appellent à se mobiliser à nouveau jeudi prochain, et tous les jeudis suivants.

Et le 27 janvier, ce sont tous les jeunes et moins jeunes qui sont appelés à participer à une grande marche pour le climat : Rise for the Climate.

Agir avec RedFox

RedFox est le mouvement de jeunes du PTB. Plus d'infos :

Site Internet : www.redfox.be/fr

Instagram: @redfox.be


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