Revivez le discours du Nouvel An de Raoul Hedebouw


Chères amies, chers amis,


En arrivant ici, j'ai croisé un ami d’enfance que je n'avais pas vu depuis un bail. Il est devenu livreur. Il sortait de sa camionnette, un paquet à la main. Il m'a dit : « Raoul, je suis épuisé. Je livre des colis Zalando, Amazon... Je suis sur la route toute la journée. Des petites heures jusqu'à tard le soir. Avec les heures sup’ qui ne sont pas payées. » Je lui ai demandé combien il gagnait avec ce boulot. « Même pas 1 400 euros ». Un salaire de misère. Comment peut-on laisser faire cela ?

Le plus grand mensonge de 2020 est sans doute de prétendre que le virus est démocratique et qu'il touche tout le monde de la même manière. La réalité, c’est que les riches se sont enrichis et que les pauvres se sont encore appauvris. Disons-le clairement : ce virus est un virus de classe.

D'un côté, vous avez les géants de l’e-commerce. Ce sont les grands gagnants de cette crise. Leurs bénéfices explosent.

De l'autre, vous avez ces chauffeurs dans leurs camionnettes blanches. Les travailleurs qui préparent les commandes. Ceux qui triment dans de gigantesques centres de distribution. Ce sont des gens qui parcourent 20 kilomètres par jour, traitent 225 paquets par heure, pour un salaire horaire d'à peine 10 euros brut. Des gens de toutes les nationalités, qui logent dans des conteneurs résidentiels, dans des campings, où ils déboursent 400 euros pour un matelas d’une personne. C'est de l'esclavage moderne. Purement et simplement.

Continuer à lire après la photo.

Dans plusieurs pays, des travailleurs et syndicats ont mené des grèves pour pour alerter sur les conditions de travail chez Amazon. (Photo Shutterstock)

Jeff Bezos, le propriétaire d'Amazon, est un des hommes les plus riches du monde. En pleine crise du coronavirus, il a vu sa fortune gonfler encore de 78 milliards de dollars. Alors que ceux qui préparent les commandes gagnent trois fois rien. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les travailleurs d’Amazon soient descendus dans les rues du monde entier, en France, en Allemagne, en Pologne mais aussi en Inde ou au Bangladesh.

C'est partout pareil. Les riches actionnaires d'Amazon se frottent les mains. Leur fortune explose au détriment de milliers de livreurs, de magasiniers et des petits indépendants qui ont dû fermer boutique en plein lockdown. C'est là toute la perversité du capitalisme aux temps du coronavirus.

Les banques doivent aider les petits indépendants, pas les mettre sous pression

Avec le PTB, nous voulons monter au créneau pour défendre les petits indépendants. Parce que les salons de coiffure sont fermés, les forains se noient, le secteur culturel est complètement dévasté et la moitié des cafés sont menacés de faillite. Et que font les banques ? Elles mettent sous pression les petits indépendants qui ont le plus difficile pour l’instant.

Pour les indépendants, le PTB demande le report de tous les crédits bancaires sans conditions

C’est pourquoi le PTB demande la possibilité de report de tous les crédits bancaires sans conditions. Nous voulons davantage de soutien et moins d'impôts pour les petits indépendants. Dans la commune où nous sommes en coalition à Zelzate, c’est d’ailleurs le choix que nous faisons. Il faut éviter qu’une nouvelle fois cette crise du capitalisme soit l’occasion à ce que les plus grands acteurs mangent les plus petits.

Un impôt sur la fortune digne de ce nom

Mais nous avons aussi besoin de beaucoup plus de justice fiscale. En septembre dernier, le nouveau gouvernement avait promis d'introduire enfin un impôt sur les plus grandes fortunes. Paul Magnette répète d’ailleurs sur tous les plateaux de télévision et les réseaux sociaux qu’il va « faire payer les épaules les plus larges ». 

Mais quand on y regarde de plus près, il ne reste malheureusement rien de cette promesse. Que dit le Premier ministre Alexander De Croo ? Qu'il n’est pas question de taxer davantage les super-riches. Selon lui, « ceux qui ont les épaules assez larges sont là pour nous aider à remonter la pente. » Ce ne serait pas le bon choix.

La taxe sur les comptes-titres que le gouvernement veut mettre en place épargne donc les plus grandes fortunes. Tout simplement parce que les partis de la Vivaldi leur offrent dans la loi tous les moyens d’y échapper. Notamment car les plus riches ont un patrimoine financier sous la forme d’actions nominatives qui ne sont pas touchés par la taxe sur les compte-titres. Par contre, les petits épargnants, eux, risquent bel et bien de devoir payer cette taxe. Par exemple, sur les assurances branche 23 qu’ils détiennent. C'est le monde à l'envers.

Une vraie taxe des millionnaires. Maintenant. Pour que ce ne soit pas à nous de payer la crise.

On peut comprendre que les libéraux et Georges-Louis Bouchez s’opposent à un impôt sur la fortune, mais pas les socialistes et les Ecolos. Et le pire, c’est que, non seulement ils renoncent à faire contribuer les plus grandes fortunes, mais en plus ils essayent de nous faire croire le contraire. 

En 2021, plus que jamais, battons-nous ensemble pour un impôt sur la fortune digne de ce nom. Une vraie taxe des millionnaires. Maintenant. Pour que ce ne soit pas à nous de payer la crise.

Le parti des gens qui agissent : plus de 3 000 bénévoles et 600 projets solidaires

Lorsque le gouvernement se montre incapable de subvenir aux besoins de la population, la classe ouvrière s'organise elle-même dans un esprit de solidarité. 

Les métallos de Charleroi ont collecté plus d'une tonne de nourriture pour la banque alimentaire. A Anvers, les chauffeurs de bus de De Lijn ont préparé du riz au lait pour une maison de repos. Les travailleurs de Safran à Liège ont récolté des jouets pour offrir « une Saint-Nicolas à chaque enfant ». La générosité de la classe des travailleuses et des travailleurs s’exprime dans tout le pays. Et elle fait chaud au cœur.

Lorsque le gouvernement se montre incapable de subvenir aux besoins de la population, la classe ouvrière s'organise elle-même dans un esprit de solidarité. 

En France, après la Deuxième Guerre mondiale, les communistes du PCF ont mis en place le Secours populaire. De l’aide matérielle, des logements pour les familles. C'est inspirés de ce modèle que nous avons organisé notre campagne : Un Hiver Solidaire.

Continuer à lire après la photo.

Plus de trois mille bénévoles au grand cœur ont participé à près de 600 projets de solidarité du PTB dans tout le pays. Nous sommes le parti de la solidarité et des gens qui agissent. Merci du fond du cœur à toutes et tous.

Un internet haut débit gratuit pour toutes et tous, jeunes et moins jeunes

Les jeunes, eux aussi, paient un lourd tribut à cette crise du coronavirus. Nos mouvements de jeunes Redfox et Comac ont mobilisé 600 volontaires pour aider les élèves en difficulté scolaire. Ils ont récolté près d'un millier d'ordinateurs portables pour les élèves qui en avaient besoin. Comment, en effet, suivre des cours à distance sans ordinateur à disposition ?

Du wifi accessible à tout le monde. C'est tout à fait faisable et payable. Et cela aiderait énormément de jeunes.

Il faut aussi pouvoir compter sur une connexion internet fiable. Il n'y a rien de pire qu’un mauvais wifi. On a besoin de wifi pour les cours, mais aussi pour être en contact avec ses amis, faire une partie d'Among Us ou regarder un concert sur YouTube. Et bien, vous savez ce qui serait une bonne mesure, en ces temps de coronavirus ? Un internet haut débit gratuit pour toutes et tous.

Du wifi accessible à tout le monde. C'est tout à fait faisable et payable. Et cela aiderait énormément de jeunes.

Continuer à lire après la photo.

Partout en Belgique, des bénévoles du PTB ont récolté des ordinateurs pour les jeunes défavorisés. Les cours en ligne sont obligatoires mais le gouvernement n'a pas pris de mesures assez fortes pour permettre à tous d'avoir du matériel informatique à la maison. (Photo PTB)

Pour vaincre le trumpisme, il faut s'attaquer aux inégalités

Si on a vu une chose avec la crise du coronavirus, c'est bien que ce sont les travailleurs qui font tourner la société. Qui nous a permis de garder la tête hors de l'eau lors de la première vague ? Les actionnaires, les traders, les gestionnaires de fortune ? Non, ce sont les infirmières, les soignants, les éboueurs, les aides-ménagères, les dockers, les livreurs de colis, les vendeurs, les chauffeurs de poids lourds, les ouvriers agricoles, les enseignants, les pompiers et bien d'autres encore. C'est grâce à la classe des travailleurs que nous avons pu traverser cette pandémie, pas grâce à la classe des beaux parleurs.

C'est grâce à la classe des travailleurs que nous avons pu traverser cette pandémie, pas grâce à la classe des beaux parleurs.

Dans le secteur des soins de santé, une personne sur cinq a des racines dans l’immigration. C’est la même chose dans le nettoyage et l'alimentation. La classe des travailleurs est particulièrement diverse. Alors, face à un virus qui frappe le monde entier, crier « nos gens d'abord » n'a vraiment aucun sens. Nous laisser diviser fait de nous des proies faciles. C’est ensemble que nous sommes forts. En 2021, nous ne laisserons pas le moindre espace au racisme et au fascisme.

Ni ici, ni aux Etats-Unis.

Si nous voulons vaincre le trumpisme, nous ne devons pas compter sur des gens de l’élite comme Joe Biden. Nous devons avoir le courage de nommer concrètement les problèmes auxquels nous sommes confrontés : le racisme, l'inégalité et le capitalisme. On ne peut pas lutter contre l'extrême droite en défendant le statu quo. Nous ne devons pas revenir à la vieille norme de l'inégalité et de l'exclusion. Nous avons besoin d'une nouvelle « normalité » où chacun compte et où la classe des travailleurs est aux commandes.

Des salaires plus élevés ne sont pas le problème, mais la solution

La crise du coronavirus a mis la classe des travailleurs au premier plan. Nous les avons applaudis, mais, maintenant, il est temps d'augmenter les salaires de manière structurelle. Augmenter les salaires n'est pas le problème, mais bien la solution à la crise.

Il est temps d'augmenter sérieusement les salaires, de 5 à 6 %, comme le réclament également les syndicats aux Pays-Bas et en Allemagne.

Sortir de la crise dépendra du pouvoir d'achat de la majorité des gens. Les travailleuses et les travailleurs y ont droit. En cinq ans, 40 milliards d'euros sont passés de leurs poches à celles des actionnaires. Et pourtant, ce sont les travailleurs, et non les actionnaires, qui produisent la richesse. Il est temps d'augmenter sérieusement les salaires, de 5 à 6 %, comme le réclament également les syndicats aux Pays-Bas et en Allemagne.

Il faut aussi augmenter le salaire minimum. Il n'est pas normal qu'une aide-ménagère ne gagne que 11,5 euros de l'heure. Nous avons d’ailleurs déposé au Parlement une proposition de loi visant à faire passer le salaire minimum à 14 euros de l'heure. Car, oui, tout le monde a droit à un salaire décent.

Continuer à lire après la photo.

Une meilleure politique de santé préventive peut sauver des vies

Lors de cette pandémie, beaucoup de gens ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Nos hôpitaux peuvent compter sur des médecins bien formés et un personnel infirmier époustouflant. « Par contre, nos soins de santé préventifs sont nettement moins solides  », déclare la célèbre virologue Erika Vlieghe. « Ce n'est pas une coïncidence si des pays comme Cuba, le Vietnam et la Thaïlande s’en sortent mieux dans cette crise », ajoute-t-elle.

Tous ces pays disposent en effet d'un système de soins préventifs très développés, proches de la population.

Pour son livre Ils nous ont oubliés, le président du PTB, Peter Mertens, a pu discuter avec K. K. Shailaya, la très populaire ministre communiste de la Santé de l'État indien du Kerala. Le Kerala compte 35 millions d'habitants, mais extrêmement peu de victimes du covid. Son secret ? Ses centres de santé communautaires. Chaque quartier en a un, ouvert à tout le monde. Ces centres emploient au total 26 000 agents de prévention, principalement des femmes. Elles connaissent tout le voisinage, et, dès qu'un cas de coronavirus se déclare, elles interviennent pour empêcher que l'épidémie se répande.

Plus de tests et de recherche de contacts, et moins de confinements.

Le contraste avec notre pays laisse pantois. Nous sommes incapables de contrôler l'épidémie de coronavirus. 

Continuer à lire après la photo.

Nous devons revoir notre système de soins de santé de fond en comble. C'est la leçon à tirer de cette pandémie. Fonctionner de manière plus locale et moins du haut vers le bas. De manière plus intégrée et moins fragmentée. Avec plus de tests et de recherche de contacts, et moins de confinements. Une meilleure politique de santé préventive peut sauver des vies.

Les médecins cubains méritent de recevoir le prix Nobel de la paix.

Prenez Cuba, pionnière dans ce domaine. En plein lockdown, les brigades médicales cubaines sont venues mettre sur pied un hôpital de campagne en Italie. Un petit pays du sud vole à la rescousse d'un riche pays du nord. « Nous ne sommes pas des héros », disent les Cubains, « nous partageons ce que nous avons ». Si vous voulez mon avis, les médecins cubains méritent de recevoir le prix Nobel de la paix. Certains pays exportent des armes, Cuba exporte la solidarité.

Continuer à lire après la photo.

Une année d'amitié, d'empathie et de résistance

Chers amis, chers camarades,

2020 a été une année en forme de tête de Janus, une année à deux visages. Une année de coronavirus, de confinement social, de solitude et de beaucoup de frustration. Mais 2020 a aussi été une année de solidarité, avec des étoiles que l'on ne découvre que lorsqu'il fait noir.

Cette année, mettons loin derrière nous le virus. Que 2021 soit une année d'espoir, d'émerveillement et de vie. Une année d'amitié, d'empathie et de résistance. Parce que, nous le savons, aucun changement ne viendra seul. 

Je lève mon verre à votre santé, car vous n'êtes pas seul.

Ensemble, nous sommes forts, vive le socialisme.

Raoul Hedebouw, 17 janvier 2021

Suivez le PTB