Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Certains ne sont pas tout à fait rassurés quand ils lisent sur une bouteille de boisson gazeuse : « Produit testé scientifiquement ». Ils ont raison de se montrer méfiants. Une équipe a étudié 206 articles « scientifiques » décrivant les résultats de pareils tests. Et qu’en est-il ressorti ? Tous les articles étaient unilatéralement positifs envers l’industrie des boissons rafraîchissantes. Un hasard ? Minute ! En fait, les recherches avaient été sponsorisées par… les géants de la limonade eux-mêmes.
Le secteur des médicaments fonctionne comme ça aussi. Pour un domaine aussi délicat que la santé publique, il est irresponsable que des entreprises commerciales informent elles-mêmes l’opinion publique. On estime qu’en Belgique et aux Pays-Bas, environ 80 % de la recherche sur les médicaments est liée à l’industrie pharmaceutique.
Aux États-Unis, bien des universités signent des accords de collaboration avec des entreprises pharmaceutiques en échange de millions de dollars de sponsoring. De telles pratiques ne peuvent que déboucher sur des abus. L’université met alors ses chercheurs sous pression afin de laisser tomber l’une ou l’autre recherche aux résultats négatifs ou de ne pas en publier les résultats. Certains chercheurs perdent même leur emploi.
Dans la très réputée revue médicale The New England Journal of Medicine, le professeur Marcia Angeli préconise que la recherche sur des médicaments soit retirée des mains de l’industrie. Une telle recherche scientifique doit pouvoir se faire en toute indépendance. Nous soutenons ce point de vue. C’est aux pouvoirs publics qu’il incombe d’organiser et de financer cette recherche. Les institutions scientifiques publiques chargées de la recherche et du contrôle des médicaments, des denrées alimentaires et de l’environnement doivent être à même de définir leurs programmes de recherche de façon entièrement autonome.
Depuis de nombreuses années, la Belgique est l’un des pays européens qui consacrent le moins de fonds publics à la recherche. Aujourd’hui, notre pays ne consacre que 0,5 % de sa richesse nationale à la recherche scientifique. La Finlande, par exemple, y consacre quasiment le double (0,9 %). Nos laboratoires sont mal équipés et les moyens techniques font défaut. Le sous-financement se traduit par de mauvaises conditions de travail pour les chercheurs et des résultats médiocres, sinon mauvais. C’est de cette façon qu’on pousse les centres de recherche dans les bras avides des entreprises privées et leur logique du profit. Et, souvent aussi, le gouvernement laisse à ces entreprises les coudées franches et met en outre à leur disposition toutes sortes de fonds scientifiques.
On peut aisément devenir la suite : la recherche fondamentale souffre d’un grave sous-financement, car les entreprises privées ne peuvent en tirer de bénéfices immédiats. Et il n’y a que peu, voire pas du tout, de recherche de réponses aux besoins primordiaux de la société, car cela ne génère pas suffisamment de profit. Pour satisfaire aux desiderata des entreprises privées, on adapte donc parfois les résultats de certaines recherches. Dans d’autres cas, on s’abstient de les divulguer, à moins qu’on ne les falsifie sans vergogne. Les chercheurs et le personnel technique ne reçoivent que des contrats à durée limitée et quittent les centres de recherche en emportant leurs connaissances et leur savoir-faire.