Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Cinq jours par semaine, La Poste délivre le courrier aux quatre coins du pays, même les plus reculés. Ceux qui sont moins mobiles peuvent s’adresser au facteur pour leur pension, pour un versement ou tout simplement pour bavarder. Le bureau de poste occupe une place de premier plan dans la vie sociale du quartier ou du village. Nous voulons que ça continue. Ce service, auquel tout le monde sans distinction peut recourir, doit absolument rester en place.
Le gouvernement veut que, cette année, La Poste ferme 277 de ses bureaux. Le quatrième contrat de gestion de La Poste prévoit que, pour 2009, moins de la moitié des 1302 bureaux de poste pourront rester ouverts. Ceux que l’on veut fermer se situent principalement dans des quartiers urbains moins nantis. Il s’agit des moins rentables, prétend La Poste.
Comment ça, « moins rentables » ? Que reste-t-il donc du rôle social de la poste et de ses services en général, si les services publics se mettent eux aussi à tout voir sous l’angle de la rentabilité ?
Ne serait-il pas beaucoup plus sensé que les aînés et les moins nantis puissent eux aussi se rendre à un bureau de poste accessible ? Ces personnes ne sont pas reliées à l’Internet et ne connaissent pas les virements par ordinateur. Pour elles, la proximité d’un bureau de poste est donc très importante. Remplacer les bureaux de poste par un point-poste dans un supermarché n’est pas une alternative. Il y a moins de service, on peut certes y acheter des timbres ou envoyer une lettre, mais le choix est limité et il y a en outre un évident problème de vie privée.
Nous voulons que les facteurs aient le temps de remplir leur rôle social. Il est inadmissible que La Poste supprime à nouveau 2 000 emplois. Ces dernières années, 8 000 emplois ont déjà disparu. L’introduction du système de distribution Georoute signifie que chaque pas parcouru par un facteur est minuté à la seconde près. Aujourd’hui, les facteurs doivent desservir chaque jour jusque 200 maisons… de plus. Il n’y a plus le moindre temps pour socialiser un peu le service, pour aider les gens ou pour vendre des timbres.
Cette évolution est antisociale. Une seule cause, à cela : la privatisation des services postaux. Le gouvernement a fait entrer à La Poste des investisseurs privés qui ne regardent qu’une chose : le montant des bénéfices. Pour l’Europe, La Poste doit être entièrement « libéralisée » pour 2009. Toute entreprise privée pourra alors se lancer de son propre chef dans des activités postales.
Distribuer du courrier dans les coins les plus perdus du royaume n’a rien de rentable pour des entreprises privées. Le service est donc menacé. En Suède, La Poste a été libéralisée et, depuis, on paie 90 % de plus pour un timbre. La distribution du courrier ne se fait plus que dans les zones à haute densité de population. Une étude récente a montré que 89 % de la population aimerait voir le retour de l’ancienne poste.
La Poste est une entreprise de communication. Dans le passé, la poste, en tant que service public, a démocratisé la distribution du courrier et la communication par lettres, qui étaient jadis réservées aux notables. Aujourd’hui, Internet est devenu un nouveau moyen de communication, bien plus rapide. Mais tout le monde, loin de là, n’y a pas encore accès. Tout le monde ne peut s’offrir un ordinateur, un branchement ADSL et un entretien régulier en plus.
Johnny Thijs, l’administrateur délégué de La Poste, ne s’en soucie guère, au contraire des postiers. Selon ces derniers, les bureaux de poste devraient pouvoir être aménagés également en cybercafés. Tout le monde pourrait y surfer à bas prix (de l’ordre du prix d’un timbre ordinaire), accompagné ou pas par le personnel. Voilà une raison supplémentaire de maintenir les 1 302 bureaux de poste ouverts. Le service pourrait être financé par les activités rentables de La Poste.