Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Nous vivons dans un monde globalisé. L’Union européenne définit plus de 70 % des lois et mesures appliquées dans chacun des pays qui la composent. Dans tous les pays, ces mesures européennes vont dans le même sens : les pensions, les indemnités de chômage, les soins de santé et la sécurité sociale sont détricotés au profit de la « position concurrentielle » (lisez : les bénéfices) des entreprises. Faire travailler les gens plus longtemps, comprimer les salaires, limiter les indemnités de chômage dans le temps, réduire les charges sociales pour les patrons… voilà toutes les réformes qui ont déjà connu partout au moins un début d’application.
Les organisations patronales flamandes comme le VOKA ont pu gagner en tout ou en partie les partis flamands à leurs plans de régionalisation et de scission de la politique de l’emploi. Après cela, la porte sera grande ouverte à d’autres scissions encore : celle de la sécurité sociale, celle de la politique des salaires, pour finir avec celle du pays. En vue de briser les acquis sociaux. Que visent les « scissionnistes » ? Diviser pour régner. Si les patrons parviennent à diviser les travailleurs flamands et wallons, ils feront d’eux ce qu’ils veulent.
C’est ce que prétendent les patrons et les partis politiques de la Flandre. Ils parlent de transferts d’argent de la Flandre vers les chômeurs wallons. Mais cela témoigne d’une malhonnêteté flagrante. Il y a 60 ans, la situation était inverse : à l’époque, les chômeurs flamands étaient payés par l’industrie wallonne florissante. Les chômeurs wallons aujourd’hui sont-ils eux-mêmes responsables de leur taux de chômage élevé ? Non ! L’industrie wallonne a vieilli. La sidérurgie a été fermée par des patrons « wallons », comme Albert Frère, qui sont allés investir leur argent ailleurs. Dans une trentaine d’années, il est possible que la Flandre connaisse la même situation que la Wallonie aujourd’hui. Mais la population wallonne est plus jeune que la population flamande. Sur 10 personnes actives aujourd’hui en Flandre, 6 seront pensionnées en 2050 contre 5 en Wallonie et 4 à Bruxelles. Et alors, les pensionnés flamands auront besoin des travailleurs bruxellois et wallons pour payer leurs pensions.
Tout le ridicule de cette histoire d’« argent flamand filant dans les poches wallonnes » ressort clairement aussi d’une enquête plus détaillée. Rixensart est situé en Brabant wallon. Cette province est la plus riche de toute la Belgique. Elle cède davantage d’argent au trésor national qu’elle n’en reçoit. Va-t-on se mettre à parler dans ce cas des scandaleux transferts d’argent de Rixensart vers Ostende ?
La Flandre ne consacre que 3,6 % de sa richesse annuelle à la solidarité nationale. La Bavière en Allemagne (10 %), le Nord-Pas-de-Calais en France (5 %) et le sud-est de l’Angleterre (12,6 %) font bien plus.
Les transferts d’argent de la Flandre vers la Wallonie ne sont guère que de petits ruisseaux comparés aux rivières d’argent qui, ces vingt dernières années, ont coulé des portefeuilles des travailleurs vers les coffres des détenteurs de capitaux. Les statistiques officielles le confirment : de la valeur totale de la production en Belgique, tous les salariés mis ensemble reçoivent 8 % de moins qu’il y a vingt-cinq ans. Et les détenteurs de capitaux et d’entreprises, 8 % de plus. C’est un flux annuel de 25 milliards d’euros. Si la répartition de la richesse nationale était restée la même qu’il y a vingt-cinq ans, chaque famille wallonne et chaque famille flamande pourraient aujourd’hui s’offrir gratuitement une maison. Mais de ce flux d’argent, bien sûr, les patrons flamands ne parlent jamais, pas plus que ne le font les partis politiques qui leur emboîtent le pas.
Nous nous opposons à la scission de la sécurité sociale, de la politique de l’emploi et des salaires. Nous voulons que la sécurité sociale soit refinancée avec la moitié de ce que rapporterait un impôt sur les fortunes (2,5 milliards d’euros). Les travailleurs belges ne doivent pas se laisser diviser, mais défendre ensemble la sécurité sociale nationale.