Préface
Les gens d’abord, pas le profit
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Quand on parle soins de santé, on devrait parler d’êtres humains. Il devrait aller de soi que les gens passent au premier plan. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Dans notre pays, une famille sur trois est incapable de payer sa facture de soins de santé. Se rendre chez le kiné, par exemple, est devenu un luxe. Et, assez souvent aussi, on remettra à plus tard une visite chez l’oculiste. Dix pour cent de nos familles admettent qu’elles reportent leurs soins médicaux pour des raisons financières. Pour bien des personnes âgées, les coûts d’une maison de repos sont très lourds et, si elles tombent malades, elles sont confrontées à d’importants problèmes financiers et sociaux. Le gouvernement a introduit la « facture maximale », mais celle-ci ne résout pas les problèmes.
Pour comprimer le coût des médicaments, le docteur Dirk Van Duppen de Médecine pour le Peuple et membre du PTB a proposé le modèle kiwi qu’il a emprunté à la Nouvelle-Zélande. Dans ce dernier pays, on procède à un appel d’offres public pour chaque médicament. Le produit le meilleur et le moins cher est choisi et mis sur le marché, et il est alors complètement remboursé par la sécurité sociale. Grâce à ce système, les coûts de médicaments en Nouvelle-Zélande sont réduits de moitié. Si l’on introduit ce système en Belgique, notre sécurité sociale économiserait 1,5 milliard d’euros sur les médicaments trop chers.
Un exemple. Le paracétamol (le nom de substance pour les marques Dafalgan, Perdolan…) est l’antidouleur et antifièvre le plus utile et le plus sûr. En Belgique, chaque année, on en vend 18 millions de boîtes, de douze marques différentes. En Nouvelle-Zélande, les autorités font jouer la concurrence entre ces douze producteurs, par le truchement d’un appel public d’offres. Le producteur qui propose le meilleur rapport qualité/prix se voit adjuger l’offre. Résultat, le paracétamol est ridiculement bon marché en Nouvelle-Zélande. Chez nous, selon la marque, ces antidouleurs coûtent de 3,20 à 5,50 euros pour une même boîte. Aux Pays-Bas, leur prix est de 0,52 euro et, en Nouvelle-Zélande, de 0,20 euro. Des médicaments comme le Dafalgan et le Perdolan peuvent tout d’un coup être moins chers de 90 %. En Belgique, chaque année, on vend pour 90 millions d’euros d’antidouleurs, sans remboursement. En comparaison avec le prix pratiqué en Nouvelle-Zélande, voire aux Pays-Bas, c’est 80 millions d’euros de trop.
Où passe donc tout cet argent ? La marque la plus vendue est Dafalgan (8 millions de boîtes par an), de la multinationale américaine Bristol-Myers Squibb. Celle-ci ne fait pas de recherche en Belgique, elle n’y emploie personne et ne paie pas un centime d’impôts. Ce que nous payons en trop pour un antidouleur est donc tout profit pour les actionnaires américains. C’est ce qui explique aussi que BMS peut payer un salaire annuel de 56 millions d’euros à son directeur Heilbold.
Merck Sharp & Dohme, le producteur, entre autres, du réducteur de cholestérol Zocor, parvient en un an (2002) à réaliser un bénéfice net de 5,4 milliards d’euros. C’est presque la moitié du budget total des soins de santé pour nos 10 millions de concitoyens.
Chaque mois, une partie de notre salaire est retenue pour la sécurité sociale. Avec cet argent, l’assurance maladie rembourse notamment une partie des médicaments. En fait, nos cotisations sont soumises à un pillage massif de la part d’une poignée de grandes sociétés pharmaceutiques qui demandent des prix bien trop élevés.
Avec un appel d’offres public selon le modèle kiwi, l’assurance maladie économiserait annuellement 1,5 milliard d’euros. Cet argent, les autorités pourraient l’utiliser à rembourser les médicaments (300 millions d’euros), à créer 25 000 nouveaux emplois dans le secteur des soins (1 milliard d’euros) et à rembourser intégralement les consultations chez les généralistes (200 millions d’euros).
Steve Stevaert (SP.a) et le ministre de la Santé Demotte (PS) ont d’abord promis qu’ils allaient appliquer le modèle kiwi. Mais ce n’étaient que de fausses promesses. Au lieu de réduire les prix, le ministre Demotte réduit la partie remboursée par l’assurance maladie. Par conséquent, le patient va devoir payer plus encore pour un certain nombre de médicaments. « Avec la nouvelle loi santé, il ne reste malheureusement pas grand-chose de ces belles promesses », disait un journal.
Demotte veut organiser un appel public d’offres, mais uniquement pour les réducteurs de cholestérol dont le brevet est déjà arrivé à expiration. C’est précisément le groupe des médicaments qui, sous la pression du débat autour du modèle kiwi, ont déjà connu une spectaculaire baisse de prix (– 75 %). On ne va donc plus pouvoir y gagner beaucoup. Les produits de marque onéreux, qui sont encore sous brevet, eux restent hors d’atteinte.
Le docteur Dirk Van Duppen a impulsé un large front de syndicats, de mutualités, d’organisations sociales et de patients. Ce front a mené une campagne intense pour le modèle kiwi. Il a lancé une pétition qui a recueilli 100 000 signatures. Face à cette campagne, l’industrie pharmaceutique a réduit considérablement le prix de 900 médicaments. Ce qui fait que, pour la première fois dans l’histoire sociale de la Belgique, l’assurance maladie a présenté un excédent de 20 millions d’euros. Cela donne une idée de ce que le modèle kiwi, appliqué intégralement, pourrait rapporter en économies.
Avec l’aide d’amis juristes, le docteur Van Duppen a élaboré une proposition de loi dans laquelle l’application à part entière du modèle kiwi est reprise dans des textes juridiques contraignants, en conformité avec la législation européenne. Pour introduire cette proposition de loi, il a bénéficié du soutien de parlementaires de toutes les tendances politiques démocratiques, de syndicats, de mutualités et d’organisations sociales.
Nous préconisons que la consultation chez le généraliste soit entièrement remboursée. Ce serait faisable, entre autres, grâce à ce que rapporterait l’application du modèle kiwi. C’est le médecin qui connaît le mieux le patient. Il gère son dossier médical global et il est sa personne de confiance. C’est lui qui peut donner les meilleurs conseils quand il s’agit d’envoyer le patient chez un spécialiste.
Les montants élevés des factures d’hôpital pèsent lourd en raison des suppléments demandés par les spécialistes. En cas d’hospitalisation, le patient paie en moyenne 500 euros de sa poche, surtout pour les suppléments. Ces suppléments non remboursés sur les honoraires et sur le matériel médical lors des hospitalisations constituent également la principale raison du coût élevé des primes d’assurances privées. La partie des frais d’hospitalisation qui reste à charge du patient a augmenté de 33 % ces cinq dernières années.
Les suppléments doivent être supprimés. Car les soins de santé ne sont pas une marchandise, mais un droit fondamental pour tout un chacun. C’est pourquoi il convient également de mettre un terme à la privatisation et à la commercialisation des soins de santé.